Troisième journée du pape au Sénégal (210292)
Rome, 21 février(APIC) Jean Paul II, lors de sa troisième journée au Sénégal, a rencontré vendredi les évêques du Sénégal, de Mauritanie, du CapVert et de Guinée Bissau. Puis il s’est adressé au Corps diplomatique réuni
à la Nonciature apostolique de Dakar. Enfin dans la soirée, dans le stade
"Demba Diop", dédié à l’ancien Ministre de la Jeunesse assassiné en 1967,
Jean Paul II rencontrait les jeunes de la capitale, catholiques et musulmans mêlés.
Ces trois rencontres ont été précédées d’une visite au sanctuaire de
Notre-Dame de la Délivrance à Popanguine, au sud de Dakar. Le village de
Popanguine est aussi le lieu de naissance du cardinal Hyacinthe Thiandoum,
archevêque de Dakar. Au cours d’une messe célébrée devant le sanctuaire marial, le pape a invité les fidèles à "enraciner dans leur vie l’Evangile
qu’ils ont accueilli. "A vous, a-t-il dit, de faire en sorte que la Bonne
Nouvelle pénètre profondément dans les communautés, dans les familles et
dans chaque personne: C’est la tâche exhaltante qui vous attend. C’est aujourd’hui la tâche de toute l’Afrique engagée dans la préparation de l’Assemblée spéciale du Synode des évêques".
Rencontre avec les évêques
Plus tard Jean Paul II a rencontré la Conférence épiscopale du Sénégal,
de la Mauritanie et du Cap-Vert, de même que l’évêque de Bissau (Guinée
Bissau) qui fait maintenant partie de cette même Conférence. Le pape a évoqué dans son discours les différents problèmes de l’Eglise africaine. Il a
entre autres invité les évêques à s’orienter vers "l’auto-suffisance financière". "Que le clergé, a-t-il dit, n’ait pas à porter seul la charge de
rechercher l’argent et de le gérer! Puissent les communautés chrétiennes,
dans leur attachement à leurs pasteurs, les soutenir par un salaire honnête. Le clergé en retour devra rendre compte et du temps consacré à la pastorale et de son mode de vie.
Le pape a aussi plaidé pour "l’utilisation méthodique et compétente des
moyens de communications sociales". Il a ensuite affirmé que "l’inculturation est le grand défi pour l’Eglise catholique en Afrique en cette veille
du 3e millénaire". Il a ajouté: "A partir de la sève authentiquement chrétienne reçue d’En Haut, il s’agit de produire des fruits authentiquement
africains, en union avec l’Eglise universelle". Enfin Jean Paul II a souligné que "pour l’Eglise en Afrique, le dialogue interreligieux est particulièrement important et nécessaire à l’évangélisation". Il a expliqué que
"le pluralisme religieux, en effet, affecte souvent le milieu national,
ethnique et parfois même familial. Seul un authentique esprit de dialogue
chez tous ceux qui sont concernés peut empêcher que de telles différences
deviennent causes de conflit et de discorde".
Rencontre avec les diplomates
Le discours le plus important de vendredi a été sans aucun doute celui
que Jean Paul II a prononcé devant le Corps diplomatique à la Nonciature
apostolique de Dakar. Il a mis en évidence la disparité matérielle des peuples alors que les progrès techniques de contact ont fait pourtant d’immenses progrès: "En ce temps on l’on s’émerveille de voir abolies les distances, à l’heure où les informations sont transmises instantanément partout,
on constate avec tristesse que subsistent entre les peuples des distances
énormes: tragique disparité de l’espérance de vie et des moyens diponibles
pour l’éducation et la santé, différence profonde dans la jouissance des
libertés. En fait, un constat très inégal de la dignité humaine!". Après
ses appels à la solidarité lancés en 1980 et en 1990 à Ouagadougou (Burkina
Faso), le pape a répété "qu’il est temps que la famille humaine prenne
conscience de ses vrais devoirs: que l’homme se mette au service de l’homme, qu’il engage tous ses talents et toutes ses ressources spirituelles et
matérielles pour les causes de la paix , du droit, du bien vivre de tous
les hommes qui sont en vérité ses frères!".
La paix, principal objectif
Le pape a fait remarquer que la préoccupation la plus immédiate pour
l’Afrique est "évidemment" la paix. Il a cité, entre autres cas concrets,
la dure condition où se trouve le Libéria tout proche. La plupart des conflits, a-t-il ajouté, "apparait comme une affaire interne aux nations" et
il est souvent difficile à d’autres Etats d’assurer un arbitrage tout en
respectant l’indépendance des pays concernés". Mais le pape pose cependant
la question: "Les Etats voisins ne doivent-ils pas acccueillir des réfugiés, contrôler l’évolution de groupes armés, arrêter les fournitures d’armes ou empêcher leur transit ? C’est là une première forme de solidarité
pour construire la paix".
Le pape, après s’être réjoui du vaste mouvement démocratique que nous
voyons s’étendre dans le monde actuellement et tout particulièrement en
Afrique", a aussi parlé de la famine. La première évidence - mais est-elle
assez perçue dans le monde? - est que l’on ne peut se résigner à voir la
famine menacer encore et toujours des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sur cette terre. L’entraide s’exerce, mais avec des lenteurs et des
entraves. "Il faut agir, a-t-il exhorté, et agir davantage encore". Enfin
le pape s’est écrié: "Je ne me lasserai pas de répéter que la vraie solidarité pour le développement suppose le partenariat entre les personnes et
entre les communautés, le soutien de leurs initiatives, la mise en valeur
de leurs qualités propres et de leur héritage culturel".
Le pape et les jeunes
Jean Paul II a rencontré dans la soirée les jeunes dans le stade "Demba
Diop". Il a demandé à ses interlocuteurs - de nombreux musulmans étaient
aussi présents - de cultiver l’esprit de dialogue. "Que chrétiens et musulmans collaborent dans ce qui fait grandir la communauté humaine!. Vous, les
jeunes, bien que vous ne soyez pas unis dans vos croyances, apprenez à vous
respecter et à vous tolérer". (apic/jt/ba)