Tournai, 6novembre(APIC) La 6ème Biennale Internationale du Livre Religieux, qui se tient du 5 au 8 novembre à Tournai, en Belgique, fait une
place de choix à la presse et au livre chrétiens pour enfants. Pour les
éditeurs, comme pour les parents et éducateurs, l’enjeu est de taille : il
s’agit de promouvoir la croissance spirituelle de l’enfant. C’est ce qu’a
montré samedi 5 novembre le colloque organisé à la Biennale par le Bureau
International Catholique de l’Enfance (BICE).
Se soucier de la vie spirituelle des enfants, c’est viser son épanouissement intégral, dit Chantal van der Plancke, théologienne de Bruxelles. Ce
n’est pas évident dans une société de consommation, de stress et de relations familiales parfois très perturbées. Un clin d’oeil est donc lancé aux
éditeurs : que les livres qui parlent de Dieu aux enfants humanisent aussi
les relations et les rythmes du temps.
Pour le Père Stanislas Lalanne, du Centre National de l’Enseignement Religieux à Paris, éveiller des enfants à la foi commence par le respect :
respect des étapes de l’évolution psychologique, morale et spirituelle ou
symbolique de l’enfant; respect des caractéristiques de sa famille et de
son univers quotidien; respect enfin de ses questions et de son langage. Ce
respect doit aller de pair avec une initiation à la vie de l’Eglise et une
fine pédagogie de la foi, spécialement attentive à la Parole et aux valeurs
propres des enfants.
Suggérer plutôt qu’enfermer
"Savez-vous comment on donne aux canards domestiques le goût de s’envoler ?" demande le Père Christian Beaulieu, auteur de plusieurs ouvrages
pour jeunes au Canada. "Eh bien, il faut le passage des canards sauvages".
La presse et le livre religieux pour enfants ont un rôle comparable :
libérer leurs mots et leurs images pour les tourner vers une lumière que
nul ne sait regarder en face.
Le pasteur Michel Bonneville en convient : il s’agit de suggérer plutôt
que d’enfermer. Mais pas suggérer n’importe quoi. La foi chrétienne s’enracine dans une histoire du Salut, ou il s’agit d’entendre Dieu parler, Jésus
appeler et le Saint-Esprit pousser à l’action.
Les attentes des parents et des éducateurs peuvent être très fortes à
l’égard des publications chrétiennes pour enfants. Une mère de famille, Madame Guillaume (Paris), réclame des livres qui donnent aux enfants le goût
de la beauté, de l’émerveillement devant des aventures chrétiennes. Le Père
M. Labaky, prêtre libanais, rappelle toutefois que "le premier prie-Dieu de
l’enfant, ce sont les genoux de ses parents".
De leur côté, les éditeurs sont conscients que les meilleures publications pour enfants sont celles qui sont préparées en collaboration avec des
éducateurs sur le terrain. Les éditeurs de livres religieux, comme en
témoignent Mario Cattaneo pour l’Italie ou Jean-Michel Merlin pour la France, relèvent toutefois que c’est un fameux défi éducatif et économique que
de préparer des livres spécialisés pour un public assez restreint.
Rendre la Bible plus proche de l’enfant
En conclusion de ce colloque le cardinal Danneels (Malines/Bruxelles) a
apprécié les efforts de renouveau des publications chrétiennes pour enfants
et dit la reconnaissance de l’Eglise pour ceux-ci. Il a insisté sur le besoin de "repeupler la mémoire collective religieuse" des chrétiens en Occident. Il a également fait remarquer que les dessins attirent parfois trop
l’attention des enfants, alors que la foi chrétienne est d’abord transmise
par une Parole.
Mgr Danneels a demandé aux éditeurs de ne pas trop renforcer la tendance
au narcissisme : la religion chrétienne n’est pas branchée sur l’introspection; il y a une découverte nécessaire de l’altérité de Dieu, du prochain
et du monde. Il est évident qu’il faut également tout faire pour rendre la
Bible plus proche de l’enfant. Entre les efforts d’aujourd’hui qui tendent
à gommer la spécificité chrétienne dans les publications pour enfants ou au
contraire à accentuer l’évangélisation "choc", le cardinal Danneels propose
un médecine douce à doses homéopathiques. (apic/cip/cor)