Tournai: Biennale internationale du livre religieux (211190)
Tournai, 21novembre(APIC) La Biennale internationale du livre religieux
qui s’est tenue du 16 au 20 novembre à Tournai, en Belgique, a été marquée
par la présence, aux côtés de divers éditeurs européens, d’une vingtaine
d’éditeurs des pays de l’Est. Le traditionnel colloque du lundi, auquel 600
personnes ont assisté, a été l’occasion d’un débat sur "La seconde évangélisation dans l’Europe de demain".
Pour le Père Jean-Yves Calvez, jésuite, directeur de la revue "Etudes" à
Paris, les changements intervenus en Europe centrale et en Europe de l’Est
depuis deux ans constituent "une révolution politique, mais non la fin du
match entre capitalisme et socialisme". L’Est a d’ailleurs vécu bien plus
qu’une transformation économique: abolition du monopole du parti
communiste, érosion des dogmes marxistes, regain de force du facteur national. Bâtie hier sur la division Est/Ouest, l’Europe de demain peut être une
"Maison commune". Pourvu qu’on ne commence pas par mettre en avant de nouvelles frontières, a fait remarquer le Père Calvez.
Nouveau contexte européen
Le facteur religieux ou spirituel a joué un rôle important dans cette
évolution pour mettre "la vérité au centre et fonder le principe moral de
la renaissance de l’Europe", a relevé le conférencier. Néanmoins, le remaniement du contexte religieux s’accompagne de la pénétration d’autres religions que le christianisme. Comment les Eglises vont-elles assumer la redéfinition de leur rôle? En cherchant à imposer de nouvelles visions cléricales à la société? En s’ouvrant aux initiatives nouvelles? Pour Jean-Yves
Calvez, au sein même des Eglises, le débat doit se poursuivre sur le rapport avec la société. En même temps, alors que les Européens de l’Est et de
l’Ouest "ne se sont pas encore rencontrés", il est urgent de "travailler à
l’écoute...sans la réplique".
Les chrétiens minoritaires
Pour le Père B. Bohriskoy, théologien orthodoxe de Paris, le contexte
nouveau de l’Europe impose aux chrétiens, aujourd’hui minoritaires, de redéfinir leur présence. Mais sans pessimisme, car "la foi fait voir une profondeur de lumière: les blés attendent le moissonneur".
Dans le monde orthodoxe aussi, on se trouve en "terre de mission et le
"matérialisme des pays occidentaux sécularisés est ausssi virulent et
destructeur que le matérialisme athée qui a miné les valeurs spirituelles
dans les pays de l’Est". Heureusement, a ajouté le théologien orthodoxe, on
peut s’appuyer sur la foi du peuple, son sens de la beauté et du sacré ainsi que sur "une accumulation de témoignages forts". Des signes de renouveau
se manifestent: demandes nombreuses de baptêmes en Russie, présence admise
de la littérature religieuse. Ne peut-on pas espérer un second baptême de
la Russie, qui a fêté en 1988 un millénaire d’évangélisation? Tel est, selon le Père Bohriskoy, l’enjeu de la foi qui concerne tous les chrétiens et
les invite dès à présent "à travailler main dans la main, en toute transparence et dans le respect de l’identité de chacun".
Promouvoir l’oecuménisme
Prieur du monastère de Chevetogne en Belgique, Dom Michel Van Parijs ne
croit pas que l’Europe chrétienne ait jamais existé. Elle a certes été "façonnée par l’unique Eglise", enracinée dans deux cultures (grecque et latine) autour des centres respectifs de Constantinople et de Rome. Toutefois,
"la division répétée des Eglises au fil des siècles a défiguré l’Europe".
C’est pourquoi l’oecuménisme est essentiel à la crédibilité de l’évangélisation.
Le prieur de Chevetogne propose dès lors cinq pistes concrètes aux chrétiens: assumer une mémoire, avec les richesses comme avec les blessures du
passé; instaurer une vision non réductrice de l’Europe; respecter les lenteurs dues à l’éveil inégal à l’oecuménisme; faire confiance, dans le dialogue, aux capacités de l’autre; enfin s’ouvrir à la soif spirituelle de
tous, y compris de ceux qui cherchent en dehors des Eglises.
L’Europe, un phare?
Jean-Paul II a lancé à plusieurs reprises un appel à une nouvelle évangélisation de l’Europe, assignant à celle-ci un rôle de "phare de la civilisation". L’emploi répété du terme "phare" a beaucoup frappé le dominicain
français René Luneau, sociologue, qui avec divers collaborateurs s’est employé, dans un récent ouvrage, à analyser "Le rêve de Compostelle".
"L’Europe a-t-elle vraiment été un phare ?, a demandé le dominicain. Et
pour qui?" Sans renier les acquis culturels et religieux de l’Europe, René
Luneau a fait valoir les perceptions très différentes qu’ont de la "civilisation européenne" ou du christianisme occidental les peuples colonisés par
les Européens, mais aussi les tenants des valeurs de la modernité et de la
sécularisation. Alors que "l’Europe a cessé d’être le centre du monde", le
sociologue attend des interrogations nouvelles sur les rapports entre
l’Evangile et la culture dans le contexte européen.
Un choix radical
Le choix de l’Evangile, certains le font d’une manière radicale. C’est
le cas de P. Pinguaut qui se présente comme "ancien communiste et nouveau
converti à Jésus-Christ". Fondateur de la communauté charismatique "Pain de
vie", il explique le fondement de cette expérience de renouveau évangélique: "une conversion radicale à l’Evangile, parce c’est le programme de vie
vécu par le Christ".
Les conséquences, librement acceptées, se marquent jusque dans le choix
du partage des biens, quitte à donner sa fortune personnelle à des institutions au service des plus démunis. "Dans le contexte actuel d’une société à
deux vitesses, relève P. Pinguaut, nous avons choisi des moyens pauvres
pour des résultats efficaces". (apic/cip/ba)