En 1842 la première messe était célébrée au "royaume des Amis"
Rome, 27décembre(APIC) Le royaume de Tonga n’est pas un pays qui fait
beaucoup parler de lui. (Depuis 1988 il n’a été cité que trois fois dans
les dépêches de l’Agence APIC!). Peut-être parce que ces 150 iles et ilôts
sont perdus au milieu du Pacifique à l’est des Iles Fidji aux antipodes de
l’Europe? Peut-être parce qu’avec ses 688 km2 et ses 96’420 habitants il
figure parmi les plus petits Etats de la planète? Peut-être aussi parce que
son autre nom d’Iles des Amis suggère que les peuples heureux n’ont pas
d’Histoire... La célébration au mois de décembre des 150 ans de présence de
l’Eglise catholique dans cet archipel, avec la participation du cardinal
Jozef Tomko, Préfet de la Congrégation pour l’évanglélisation des peuples,
nous donne l’occasion de faire plus ample connaissance avec ce pays.
Le roi Taufa’ahau Tupou IV règne sur cet Etat, indépendant depuis 1970.
L’assemblée législative comprend les membres du gouvernment et 18 députés
élus: 9 nobles et 9 citoyens. Agriculture, pêche et contributions des émigrés en monnaie forte sont les trois principales ressources du pays. Les
Tongans sont de race polynésienne et parlent leur langue propre: le tongan,
mais la langue officielle reste l’anglais. L’émigration chaque année plus
forte est un des problèmes de Tonga.
Les habitants sont pratiquement tous chrétiens à l’exception de quelques
centaines de baha’i et de musulmans. L’Eglise méthodiste "Free Wesleyan
Church" regoupe un tiers de la population. Les catholiques au nombre de
13’500 forment le 14% de la population. Le diocèse de Tonga, érigé en 1966,
compte 10 paroisses et 10 stations missionnaires.
Le fondateur de l’Eglise de Tonga fut le Père mariste Joseph Chevron qui
débarqua dans l’archipel en 1842, quelques années après les protestants. En
1851, le roi Laufilitonga reçoit le baptême dans l’Eglise catholique. Vingt
ans plus tard, on signale l’arrivée des premières religieuses missionnaires. Le collège catholique Api Fo’ou commence son activité en 1886. Mais il
faut attendre 1933 pour voir l’ordination du premier prêtre tongan, 1966
pour l’érection du diocèse de Tonga et 1971 pour la nomination du premier
évêque tongan, Mgr Patelisio Finau. En 1992 enfin, le diocèse de Tonga organise son premier synode.
Une Eglise bien structurée
Aujourd’hui, le clergé et les religieuses sont en très grande majorité
autochtones, sans oublier les 119 catéchistes. Les vocations religieuses
sont nombreuses, et la pratique dominicale atteint 50 à 70%. Chaque village
a un catéchiste qui représente l’Eglise, dirige la prière communautaire,
informe le prêtre des besoins et mène la liturgie en l’absence du prêtre.
Un centre diocésain donne une formation à ces laïcs.
Dans le domaine de l’éducation, de la promotion sociale et humaine, ainsi que de de l’assistance sanitaire, l’Eglise catholique joue un rôle qui
dépasse son importance numérique. Les 8 collèges catholiques regroupent
3’000 élèves garçons et filles. Alors que l’enseignement primaire est à la
charge de l’Etat, le gouvernement assure seulement 10% de l’enseignement
secondaire, l’Eglise s’occupant du reste. Mais ce service devient un poids
de plus plus lourd notamment au niveau universitaire pour les enseignants.
Sur le plan social, des religieuses et des femmes catholiques ont crée
le "Diocesan Village Women Development" qui vise à améliorer la condition
des femmes. Aujourd’hui, cette oeuvre est devenue oecuménique. De même
l’Eglise a contribué à la promotion du "Credit Union Movement in Tonga",
organisme de prêts devenu par la suite une oeuvre officielle.
Dans le domaine sanitaire, les religieuses ont deux cliniques et plusieurs dispensaires.
Emigration et sectes
Ce tableau presque idyllique a tous de même ses revers. L’émigration est
toujours plus forte. On compte, selon les chiffres les plus récents,
quelque 4’000 Tongans au Etats-Unis, 3’500 en Australie et 3’500 en Nouvelle Zélande. Nombre assez élevé, si on se souvient que le royaume ne compte
pas 100’000 habitants. Les devises fortes que les émigrés renvoient au
pays, assurent certes un surplus bienvenu, mais elles font tomber d’année
en année la production locale traditionnelle. Ce qui rend la population de
plus en plus dépendante de l’étranger. Aux plans social et pastoral les
conséquences sont visibles aussi: les communautés se réduisent, on constate
des vides dans certaines classes d’âges, les personnes âgées sont souvent à
la charge d’un seul de leurs enfants, les autres ayant immigré. Le nombre
de divorces augmente, le mari partant seul pour préparer l’installation de
sa famille et créant ainsi une séparation matérielle trop longue.
Plusieurs sectes fondamentalistes sont parvenues à créer une fragmentation entre les religions existantes, surtout chez les méthodistes. On note
également un réveil politique qui se manifeste par des critiques contre les
gouvernants et leurs programmes. Cette attitude, nouvelle à Tonga, est positive, mais le risque de conflits sociaux existe.
Oecuménisme et dimension missionnaire
La quasi-totalité de la population étant chrétienne, l’oecuménisme à
Tonga est une des tâches prioritaires de l’Eglise catholique qui fait partie du "Tonga National Council of Churches". Le diocèse est également actif
dans la "Pacific Conference of Churches". On retrouve des missionnaires
hommes et femmes originaires du Tonga au Pérou, en Colombie, aux Philippines, en Afrique, sans oublier les îles du Pacifique. (apic/fides/mp)