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    Timor-Est: Une femme prête sa voix à l’Eglise de Timor-Est (110194)

    "Nous ne survivrons que si le monde ne nous oublie pas"

    Timor-Est/Bruxelles, 11janvier(APIC) "La situation à Timor-Est n’a pas

    changé depuis 18 ans. Depuis 1975, année où l’Indonésie a occupé et annexé

    cette ancienne colonie portugaise, un quart des quelque 800.000 habitants

    de l’île n’a pas survécu aux conséquences de la guerre et de la pauvreté."

    C’est ce que Catherine Scott, de l’Institut Catholique des Relations

    Internationales est venue rappeler le 10 janvier à Bruxelles, où elle était

    l’invitée de "Broederlijk Delen", homologue de l’Action de Carême suisse

    "L’Indonésie n’a pu rester en place à Timor-Est, explique Catherine

    Scott, qu’au moyen d’une véritable armée d’occupation et d’une répression

    qui se fait encore sentir tous les jours. Les Indonésiens, surtout les

    militaires, considèrent Timor-Est comme un test : un combat qu’ils ne

    peuvent pas perdre! Mais d’autres Indonésiens, diplomates et politiques,

    pensent différemment: ils commencent à se demander si la petite île de

    18.989 km2 vaut bien le prix qúelle fait payer à la gigantesque Indonésie

    (près de 2 millions de km2 et 200 millions d’habitants). D’ailleurs,

    l’Indonésie en a assez qu’on revienne régulièrement sur le cas de Timor-Est

    dans les conférences internationales. Il est vrai que pour les Timorais,

    c’est le seul espoir de survivre à l’occupation et à l’annexion. Ils

    réclament depuis des années un référendum pour décider de leur avenir.

    C’est aussi ce que demande l’ONU, qui n’a jamais reconnu l’annexion de

    l’île par l’Indonésie."

    Lors de sa visite à Timor-Est en septembre dernier, Catherine Scott a

    été reçue par Mgr Carlos Felipe Ximenes Belo, administrateur apostolique de

    Dili. Mgr Belo a pu mesurer, au fil des années, la nuance décisive attachée

    au titre d’administrateur: un territoire concédé à l’administration de

    l’Eglise n’est pas un diocèse sur lequel l’évêque jouirait d’une pleine

    autorité. La situation ne semble pas près de changer: le Vatican n’ayant

    pas avalé l’annexion de Timor-Est par l’Indonésie, celle-ci lui fait payer

    cette réticence par un refus de reconnaissance diocésaine. L’Indonésie a

    même exercé de fortes pressions pour que Mgr Belo, religieux salésien,

    fasse partie de la Conférence épiscopale indonésienne.

    Vers un statut spécial ?

    Mgr Belo lui-même continue d’espérer un référendum. Les Timorais

    pourraient peut-être se contenter d’un "statut spécial" et d’une "autonomie

    locale" pour l’île, pourvu que soit préservée leur identité culturelle et

    religieuse dans une Indonésie massivement islamisée. Un statut spécial pour

    Timor serait une importante concession faite à l’envahisseur, reconnaît

    l’évêque. Et pourtant, ajoute-t-il, il sera difficile à obtenir sans

    pression de la communauté internationale.

    A Timor-Est, où les "visiteurs étrangers" sont depuis peu à nouveau

    tolérés, mais au compte-goutte, il apparaît de plus en plus que "les moyens

    militaires déployés par l’Indonésie ne lui suffiront pas à maintenir sa

    position. On se trouve apparemment dans une situation où aucune des deux

    parties en conflit ne peut l’emporter. Certes, le Front de Libération de

    Timor-Est, le FRETILIN, a été sévèrement touché par l’arrestation et la

    condamnation de son leader Xanana Guasmâo, qui a purgé une longue peine de

    prison à Java. Mais le FRETILIN n’est pas pour autant hors combat. Au

    contraire, ses guérilleros ont durci leur lutte." Sur le plan

    international, un espoir a été éveillé par "la nouvelle attitude du

    gouvernement américain sous le président Clinton". Mais les observateurs se

    demandent quel Etat oserait entrer en conflit avec la grande Indonésie pour

    prendre la défense de la petite île de Timor-Est ?

    48 mères de famille timoraises ont écrit à Hillary Clinton, le 10

    septembre dernier, pour que, la pression américaine aidant, on leur remette

    au moins les corps de leurs enfants, victimes du bain de sang du 12

    novembre 1991.

    Soutenir l’Eglise

    "Le mieux que nous puissions faire, affirme Catherine Scott, est de

    soutenir l’Eglise de Timor-Est. L’Eglise occupe une position-clé, tant pour

    l’Indonésie que pour Timor-Est. A Timor-Est, l’opposition à l’Indonésie

    renforce encore l’adhésion au catholicisme, parce que l’Eglise catholique

    est d’un intérêt vital pour l’identité culturelle et religieuse du pays.

    L’Eglise occupe aussi une position-clé aux yeux de l’Indonésie, car

    Djakarta, sans un soutien ne fût-ce que passif de la part de l’Eglise

    catholique, peut oublier l’annexion de Timor-Est."

    Tout comme les autres Timorais, les 650.000 catholiques de l’île ont

    beaucoup souffert de l’occupation indonésienne. Mgr Belo demande surtout un

    soutien pour ses 25 prêtres séculiers et 41 prêtres religieux, ainsi que

    pour la formation et l’éducation de ses 35 séminaristes.

    Que des séminaristes puissent être formés à Timor-Est est une preuve de

    "liberté religieuse". Mais ce n’est qu’une liberté formelle et précaire. La

    "tolérance religieuse" que le gouvernement indonésien proclame à l’égard de

    Timor-Est est "un grand mensonge", n’hésite pas à dire l’administrateur

    apostolique de Dili. Cette "tolérance" est fondée sur une islamisation du

    pays. Il y a quelque temps, 400 jeunes Timorais ont été envoyés à Java pour

    se former dans des Centres islamiques. Certes, le 17 juillet prochain,

    "jour de l’intégration", on érigera une énorme statue du Christ à Dili, à

    l’initiative du gouverneur indonésien de l’île et avec la participation

    financière des Garuda-Airlines. Mais cette statue sera posée sur un socle

    de 27 marches: une par province indonésienne, Timor-Est comprise.

    (apic/cip/fs)

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