Timor-Est: L’Indonésie veut négocier le statut du (041089)
Une étape tous risques
Jakarta, 4octobre(APIC) Le gouvernement indonésien souhaite négocier le
statut du diocèse de Dili durant la visite qu’effectuera Jean Paul II en
Indonésie du 9 au 14 octobre, a déclaré à Jakarta le ministre indonésien
des affaires étrangères Ali Alatas. Actuellement, le diocèse de Dili, capitale de Timor-Est - une ancienne colonie portugaise envahie militairement
par l’Indonésie en décembre 1975 - est sous administration directe du Vatican qui, à l’instar de l’ONU, ne reconnaît pas la souveraineté indonésienne
sur Timor-Est. La visite de Jean Paul II à Dili le 12 octobre prochain sera
certainement l’une des étapes les plus délicates des voyages du pape.
Jean Paul fera en effet une brève visite à Timor Est le 12 octobre. Il
se rendra à Dili, siège de l’unique diocèse catholique. Programmée entre la
visite qu’il fera la veille à Florès et celle qui le mènera le lendemain à
nouveau à Djakarta, la capitale indonésienne, cette visite risque fort de
provoquer une profonde blessure dans la population de Timor Est. Selon un
rapport d’Amnesty International publié en mai 1985, 200’000 au moins des
quelque 600’000 Timorais ont trouvé la mort depuis l’invasion indonésienne.
D’autres rapports attestent que des communautés entières ont été déplacées et installées dans des villages placés sous surveillance militaire.
L’occupant impose également la langue et la culture indonésienne dans les
écoles, comme il tente d’"indonésianiser" toute la vie économique et sociale. Il en résulte, comme l’a souligné Mgr Carlos Ximenes Belo, administrateur apostolique de Dili, une dépendance généralisée des Timorais, qui sont
en train de devenir "des citoyens de deuxième classe sur leur propre terre".
L’isolement de l’Eglise à Timor Est
Mgr Belo, qui a succédé à Mgr da Costa Lopez en 1983, n’est pas membre
de la Conférence épiscopale indonésienne. Dili, la seule ville où les Timorais jouissent d’une certaine liberté de déplacement, est peuplée de 60’000
Indonésiens et de 20’000 Timorais seulement. L’Eglise du Timor oriental
travaille dans l’isolement et sous des contraintes politiques certaines.
Le ministre Ali Alatas a révélé également à la Commission des affaires
étrangères du Parlement que la Conférence des évêques d’Indonésie (MAWI)
aurait fait savoir au Vatican qu’elle souhaitait, pour des raisons pastorales, que le diocèse de Dili soit rattaché à la MAWI plutôt que de rester
sous administration directe du Vatican. Alatas a cependant reconnu que le
Vatican n’avait pas donné une réponse positive à cette suggestion. Regrettant la position vaticane, qu’il qualifie d’erronée et préjudiciable aux
catholiques est-timorais, Ali Alatas estime que si le diocèse de Dili faisait partie de la Conférence des évêques d’Indonésie, il bénéficierait de
meilleurs services pastoraux et d’une meilleure assistance.
Mgr Leo Soekoto, archevêque de Jakarta et vice-président de la Conférence épiscopale, a déclaré à la Commission des affaires étrangères que le pape voudrait bien intégrer le diocèse de Dili dans la MAWI, parce qu’elle
aide déjà le diocèse en y envoyant du personnel religieux. L’archevêque, un
jésuite, a précisé que la Conférence épiscopale fait des efforts pour "indonésianiser" le clergé est-timorais, en formant des séminaristes est-timorais au grand séminaire de Malang, à Java et dans le grand séminaire diocésain à Maumere, Flores.
Menaces du gouverneur de Timor-Est contre les dissidents
Le gouverneur de Timor-Est Mario Vlegas Carrascalao a mis en garde les
Timorais qui "déforment la réalité" et contesté les rapports qui circulent
à l’étranger sur des massacres commis contre la population et l’oppression
politique. Il a déclaré que la visite du pape Jean Paul II le 12 octobre
"aidera l’Indonésie à montrer au monde que l’actuelle situation dans l’ancienne colonie protugaise est le contraire de ces rapports négatifs".
(apic/ucan/be)