Soutien au "refuge d’église" de Lützelflüh et abolition de la Procédure 88
Thoune, 16avril(APIC) Réunis samedi au Centre paroissial de la Johanneskirche à Thoune, quelque 250 membres de l’ACAT, l’Action des Chrétiens pour
l’Abolition de la Torture, ont dénoncé la "violation systématique des
droits de l’homme" en Turquie. Ils ont apporté leur soutien à ceux qui
offrent un refuge aux requérants d’asile menacés ainsi qu’au "refuge
d’église" mis sur pied la semaine dernière dans le village bernois de Lützelflüh par le couple de pasteurs Schuppli. L’ACAT a encore demandé l’abolition de la procédure accélérée d’examens des demandes d’asile ("Procédure
88") et l’arrêt du refoulement des réfugiés kurdes vers les zones sous occupation militaire turque.
En conclusion d’un exposé très documenté sur la situation des droits de
l’homme en Turquie, Martin Veidt, d’Amnesty International (AI), a déploré
la timidité du gouvernement suisse : l’importance des investissements suisses dans ce pays permettrait à son avis d’exercer des pressions efficaces
sur le gouvernement d’Ankara afin qu’il respecte les Conventions internationales qu’il a signées, comme la Convention européenne des Droits de
l’Homme et les Conventions contre la torture. Malgré sa volonté d’entrer
dans la Communauté européenne et ses gros efforts pour améliorer son image
de marque à l’étranger, la situation des droits de l’homme en Turquie est
toujours aussi préoccupante.
La torture à l’ordre du jour
Ainsi, l’article 14 de la Constitution turque permet la suspension de
l’ensemble des droits fondamentaux et les articles 141, 142 et 163 du code
pénal permettent également de punir très sévèrement des activités politiques ou religieuses pacifiques. Depuis le coup d’Etat militaire de septembre 1980, quelque 600’000 personnes ont été arrêtées pour des motifs politiques, dont 250’000 ont été emprisonnées. Les procès ne sont pas réguliers et les prisonniers sont systématiquement torturés. Près de 200 prisonniers sont morts sous la torture et 50 personnes ont été exécutées ces
dernières années, tandis que plusieurs centaines de condamnations à mort
sont encore en suspens.
Pour le représentant d’AI, cette répression vise à empêcher toute manifestation populaire contre la dégradation de la situation économique, qui
est pire qu’en 1980 : il y a 75 % d’inflation, la dette extérieure dépasse
les 40 milliards de dollars, il y a 20 % de chômeurs, etc... La Turquie, et
en particulier la minorité kurde, ont été ces derniers temps au centre des
activités de l’ACAT, qui lutte contre la torture par la prière et par des
envois de lettres à la manière d’AI. Comptant en Suisse 2’500 membres, ce
mouvement oecuménique s’est engagé de plus en plus ces dernières années en
faveur d’une politique d’asile respectueuse de la tradition humanitaire de
la Suisse. (apic/be)