Théologiens francophones solidaires de la Déclaration de Cologne (090689)
Genève/Lyon, 9juin(APIC) Plus de 130 théologiens francophones de France,
de Suisse et de Belgique s’étaient déclarés en février dernier solidaires
de la Déclaration de Cologne et souhaitaient entamer le dialogue avec le
cardinal Ratzinger en sa qualité de président de la Commission Théologique
Internationale. Aujourd’hui, ces théologiens sont plus de 170, - dont une
douzaine en Suisse romande - et leur action se poursuit discrètement. Ils
se réjouissent de l’ouverture du cardinal Ratzinger, qui s’est déclaré prêt
au dialogue.
L’initiateur de cette action - qui se voulait interne à l’Eglise mais
qui a été éventée par la presse - est le P. François Rollin, théologien moraliste et professeur à la retraite de la Faculté de théologie de l’Institut catholique de Lyon. Président de l’ATEM, l’Association des Théologiens
Enseignant la Morale, le bénédictin lyonnais a reçu en mai dernier une
réponse du cardinal Ratzinger qui se montre ouvert au dialogue. Les questions soulevées par les théologiens signataires seront traitées à la prochaine session de la Commission Théologique Internationale.
Les théologiens francophones signataires ont la conviction que les questions soulevées par la Déclaration de Cologne "devraient, pour le bien de
l’Eglise, être étudiées et débattues avec tout le sérieux qu’elles réclament". Ils espèrent "que cela pourra être fait dans le climat de liberté et
de loyauté qu’appelle l’Evangile". C’est à cause d’une indiscrétion de
l’hebdomadaire "Témoignage Chrétien" à Paris que cette lettre, datée du 20
février 1989, a été portée à la connaissance du public.
Dans sa réponse - lettre au ton bienveillant et courtois, soulignent les
théologiens signataires - le cardinal Ratzinger salue d’abord la démarche
choisie. Contrairement aux auteurs de la Déclaration de Cologne, relève le
préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ces théologiens francophones n’ont pas choisi la voie de l’appel direct à l’opinion publique.
Le cardinal déclare apprécier cette manière de procéder "plus conforme au
souci commun de l’Eglise que l’alliance avec les mass-media". La Commission
Théologique Internationale - qui ne se réunit qu’une fois par an durant une
semaine, le plus souvent en octobre - s’occupe habituellement d’un grand
thème théologique préparé auparavant par une sous-commission.
La lettre des théologiens francophones sera examinée, mais le cardinal
rappelle que la Commission "ne peut étudier aucun problème spécifique de
politique ecclésiastique" et qu’elle ne remplit pas la "fonction d’instance
d’appel des théologiens par rapport au magistère". Il souligne toutefois
qu’elle peut essayer de faire le point sur les problèmes théologiques qui
se trouvent à la base des préoccupations exprimées par les signataires. Elle peut, conclut-il, apporter une contribution pour aider sur ce point au
dialogue.
Eviter de mettre de l’huile sur le feu
C’est pour éviter de mettre de l’huile sur le feu que la discrétion a
été choisie, a précisé le P. Rollin à l’Agence APIC. "Nous souhaitons profondément qu’un dialogue véritable et libre puisse s’ouvrir, c’est la raison pour laquelle il faut le faire dans les conditions les meilleures". Le
prof. Rollin ne désapprouve cependant pas la méthode choisie par les Allemands, mais estime que la démarche est complémentaire. "Il faut bien avouer
que si les Allemands n’avaient pas rendu publique leur déclaration, cela
n’aurait pas eu le même résultat, relève-t-il, car il est indubitable qu’il
y a un certain malaise dans une portion relativement importante de l’opinion catholique".
Ce malaise, souligne-il, vient notamment de "l’impression d’un centralisme extrêmement fort dans l’Eglise qui ne permet peut-être pas à toute la
créativité interne aux différentes Eglises locales de se développer et qui
étouffe un peu un certain pluralisme théologique légitime qui a toujours
existé dans l’Eglise". Il regrette aussi "une certaine attitude vis-à-vis
du monde moderne qui semble quelque fois plus rétractée que celle qui
s’était manifestée lors du Concile Vatican II en particulier". (apic/be)