Thaïlande: le suicide est devenu un problème majeur dans le pays (050892)
Bangkok, 5août(APIC) En 1991, pour la première fois dans son histoire, la
Thaïlande est arrivée en troisième position dans le monde pour le nombre de
suicides, qui ont doublé en dix ans. Le Dr Athasith Vejjajiva, secrétaire
d’Etat à la Santé publique, a révélé que le taux de suicides était passé à
7,7 pour 1’000 en 1991. Ce taux pourrait encore augmenter dans les années à
venir.
Yothin Sawaengdee, de l’Université Mahidol, explique qu’il y a deux raisons majeures à ce grave phénomène de société. D’une part, un nombre croissant d’hommes et de femmes n’arrivent pas à s’adapter au rythme des changements imposés par l’évolution sociale et industrielle du pays. D’autre
part, dans le domaine psychologique, de plus en plus de gens souffrent d’un
sentiment d’infériorité et possèdent une image négative d’eux-mêmes. "Le
peuple thaïlandais vit aujourd’hui à la jonction de la tradition et de la
modernité", déclare le professeur.
Le chercheur ajoute encore que la vie communautaire traditionnelle est
en train de disparaître sous les coups d’une économie individualiste. Par
ailleurs, dit-il, "le bouddhisme n’est la religion nationale de la Thaïlande que nominalement et son influence est devenue très superficielle chez
beaucoup".
Le professeur estime aussi que le changement de perception de la pauvreté joue un rôle majeur dans l’accroissement du nombre des suicides: "Auparavant, la pauvreté n’était pas vécue comme une situation d’infériorité;
les pauvres pouvaient vivre. Mais aujourd’hui, être pauvre signifie n’être
rien, n’avoir ni valeur ni dignité en tant qu’être humain".
Selon les statistiques publiées, le groupe à risque le plus important
est celui des 15-35 ans. Le second, curieusement, est celui des fonctionnaires de l’Etat. Il y a aussi davantage de suicides dans les villes que
dans les campagnes, et dans la population citadine d’origine rurale que
chez ceux qui sont nés dans les villes.
Les recherches effectuées à l’Université Mahidol montrent encore que le
nombre des suicides depuis 1972 a augmenté à la même vitesse que le produit
national brut, ce qui tend à faire penser que l’évolution économique du
pays est l’élément essentiel d’explication de ce phénomène.
Yothin Sawaengdee critique sévèrement les autorités thaïlandaises qui,
selon lui, n’ont pas pris la mesure de ce phénomène de société. Le ministère de la Santé, dit-il, est incapable de fournir des statistiques dignes de
foi, et très peu d’efforts sont faits dans le domaine de la santé mentale.
(apic/eda/ak)