Thaïlande: conflit entre le gouvernement et les bonzes (290791)
Bangkok, 29juillet(APIC) Réunis pour un séminaire de trois jours intitulé
"Les Moines boudhistes et la conservation des ressources naturelles", plus
de 300 bonzes thaïlandais ont vivement protesté, la semaine dernière, contre la politique actuelle du gouvernement de Bangkok à leur égard. Partisans d’une protection accrue de l’environnement, les religieux ont notamment regretté que des mesures d’expulsion aient été prises récemment par le
Département des Forêts à l’égard de plusieurs bonzes "activistes" qui, vivant en permanence dans la jungle, ont pris fait et cause pour sa défense.
Organisée par "le Fond pour la vie sauvage de Thaïlande" dans l’enceinte
du monastère "Suan Kaew" du moine Pra Payom Galyano, la réunion suivait de
peu l’arrestation par les autorités forestières du bonze Pra Prachak, accusé d’avoir détérioré le parc naturel de Dong Yai, dans la province rurale
de Burinam, où il vivait. Cette arrestation, retransmise par la télévision,
avait déclenché de nombreuses protestations de la part des villageois, qui
tous ont témoigné de l’effort entrepris par le moine pour sauvegarder cette
forêt. Le moine a finalement été relâché sous caution.
L’éviction des bonzes par le gouvernement a été notamment qualifiée
"d’injuste" par les participants au colloque. Bien que justifiées officiellement par l’administration - seule habilitée à décider, en Thaïlande, de
l’octroi d’emplacements pour y construire des temples - ces mesures d’expulsion viseraient en fait, selon les moines, à laisser le terrain libre
aux promoteurs et aux négociants en bois, auxquels les bonzes s’opposent en
permanence. "Le Département des Forêts ferait mieux de s’occuper des hommes
d’affaires qui ne songent qu’à défricher pour construire des hôtels ou des
golfs", a notamment déclaré Niyom Tiwutanonda, un ancien juge invité au
colloque.
La plupart des moines ont réitéré leurs soutien à leurs condisciples menacés d’expulsion par l’administration. Prenant le contre-pied de la politique actuelle, plusieurs d’entre eux ont ainsi plaidé pour une étroite
collaboration entre le gouvernement et les religieux afin de sauvegarder
les forêts en péril du pays, aujourd’hui menacées de disparition. "L’origine du bouddhisme est dans la forêt, a notamment expliqué Pra Kasem, du monastère Suthawatt Surat Thani. Le professeur Saneh Chamrig, de "l’Institut
du Développement local", a conclu en ces termes: "La vraie menace pour
l’environnement ne vient pas des moines, mais de la forte pression foncière, héritée de la croissance industrielle". (apic/rw/sjb)