Les Eglises chrétiennes de Jérusalem consternées par
les déportations de militants palestiniens au Liban
Jérusalem, 22décembre(APIC) Noël sera triste cette année à Jérusalem, à
Bethléem et dans les autres communautés chrétiennes dispersées dans les
territoires occupés. Après l’immense espoir suscité par l’arrivée au pouvoir d’Yitzhak Rabin et la relance des négociations de paix, les Eglises
chrétiennes s’apprêtaient à fêter Noël de façon plus joyeuse cette année,
malgré la poursuite de l’"intifada". Mais tout sera comme ces dernières
années: les fêtes de Noël seront limitées au strict minimum.
En effet, la déportation au Liban par Israël, jeudi dernier, de 415 militants islamistes palestiniens, a suscité colère et révolte chez les Palestiniens. Huit civils - dont plusieurs enfants - ont été abattus par les
soldats israéliens. Chez les chrétiens de Terre Sainte, on se déclare aujourd’hui solidaire des victimes et de tous les militants déportés .
Interrogé mardi par l’Agence APIC, Mgr Lutfi Laham, vicaire patriarcal
grec-melkite catholique de Jérusalem, qualifie de très mauvais l’état
d’esprit à la veille des fêtes de Noël à Jérusalem. "Nous avions l’espoir
de fêter un peu mieux intérieurement et extérieurement avec les pourparlers
de paix et les déclarations un peu optimistes", souligne-t-il. Mais l’affaire du soldat israélien enlevé et assassiné par un groupe islamiste et
l’expulsion de 415 Palestiniens déportés vers le Liban, a jeté la consternation dans la communauté chrétienne de Terre Sainte.
"Nous sommes vraiment dans une situation très sombre", poursuit Mgr Laham. "Nous n’avons pas encore eu le temps de réagir ensemble pour voir ce
que nous pouvons faire en tant que chefs religieux (...) Pour ma part, je
pense qu’il faut réagir et bien sûr ensemble autant que possible."
Après la victoire des travaillistes, Mgr Laham voyait presque le bout du
tunnel. Selon lui, la population de Jérusalem réagit très négativement aux
déportations des Palestiniens. "La grève va et vient, les magasins qui,
avec optimisme, avaient acheté beaucoup de marchandises pour Noël ne peuvent plus rien vendre. Les gens n’ont pas les moyens de se déplacer pour
acheter. Les territoires sont toujours fermés. Les Palestiniens de Cisjordanie ne peuvent pas venir à Jérusalem et en Israël (...) Chacun a des appréhensions et essaie de ne pas trop sortir de chez soi."
Le strict minimum à Bethléem
Pour les fêtes à Bethléem, on ne fera que le strict minimum, c’est-à-dire les festivités religieuses, explique Mgr Laham, et l’entrée du patriarche selon un rite très conventionnel le 24 décembre. Le patriarche latin,
Mgr Michel Sabbah, célébrera la messe à l’église Ste-Catherine de la paroisse latine et se rendra à la fin de la célébration à la Grotte de la Nativité. Les orthodoxes célébreront la messe dans la basilique de la Nativité. Le cortège dans les rues de la ville se résumera à quelques personnalités et notables qui viennent pour honorer le patriarche. Mais depuis l’intifada, il n’y a plus les foules d’autrefois.
Cette année on espérait un peu plus, "mais j’ai l’impression que cela
sera moins que les autres années", commente le vicaire patriarcal. Mais Mgr
Laham est inquiet: "Je crois que les pèlerins viendront parce qu’on ne peut
pas facilement se désister d’un voyage. Mais si cela continue, je pense que
la saison sera influencée négativement. La situation s’est dégradée très
soudainement."
A propos de la réaction israélienne, le prélat constate cependant qu’on
voit dans la presse beaucoup de mouvements qui disent "nous avons fait une
faute" et qui pensent que la réaction de Rabin était trop forte. Mais quant
à faire marche arrière... Un geste d’apaisement des Israéliens serait, souligne Mgr Laham, reçu vraiment dans une atmosphère de fête. Mais si les 415
Palestiniens restent sous la tente, dans le froid du Sud du Liban, "nous ne
pourrons pas être en fête".
Les chrétiens solidaires
Car les chrétiens se sentent très solidaires et très peinés de ces événements. "Nous sommes unis et nous sentons que l’injustice va nous toucher
tous ensemble". La violence est malheureusement des deux côtés,
reconnaît-il, en soulignant que les Palestiniens ont aussi condamné l’assassinat d’un soldat israélien la semaine dernière. A l’occasion de la fête
de Noël, la violence devrait cesser, "il faut jeter les armes", demande le
vicaire patriarcal. "Si nous les chrétiens nous pouvons faire quelque chose
dans ce sens là, cela sera un bon apport."
Elias Freij, maire de Bethléem, un chrétien grec-orthodoxe considéré
comme un modéré, a également confirmé qu’il n’y aura pas de cérémonies publiques à Bethléem, à part des célébrations religieuses réduites. Le maire
de la ville sainte qui a vu la naissance de Jésus souhaitait la semaine
dernière encore décorer la ville de guirlandes "si Israël libère mille prisonniers Palestiniens!" On sait ce qu’il est advenu de ce voeu de Noël.
(apic/be/mp)