Terre Sainte : Ma’lia, une paroisse rurale de Galilée (230889)
Jérusalem, 23août(APIC) Ma’lia est un village entièrement catholique de
la Haute Galilée, en Israël. Le Père Philippe Abed, le curé de la paroisse
de Ma’lia, a présenté sa communauté à la Revue "La Terre Sainte" de
septembre-octobre 1989.
Ma’lia est un village pittoresque situé à 10 km de la frontière libanaise. Ses collines sont couvertes de buissons, d’arbustes et d’arbres: pins,
caroubiers et oliviers. Jusqu’à une époque récente, l’huile constituait la
richesse principale de ce village, car la terre y est pierreuse, peu cultivable. Sur quelques terrains plats des environs on cultive le tabac.
Le voisinage du Liban, qui a été le refuge séculaire des chrétiens
persécutés, et la géographie montagneuse de la région ont favorisé, dans
toute la Haute-Galilée, la persistance de petites communautés chrétiennes
(de rite maronite ou de rite grec-catholique); ainsi Jish-Giscala,
Fassouta, Ma’lia sont trois villages demeurés entièrement catholiques au
milieu d’une population massivement musulmane et juive.
Ma’lia compte environ 2’000 habitants. Tous sont de rite
grec-catholique, appelé aussi melchite. Mais quelle est l’origine des
chrétiens de Ma’lia ? Sont-ils descendants des premières commanutés
chrétiennes de l’époque apostolique ? Nul ne le sait. Il y eut probablement
des chrétiens jusqu’à l’époque des croisades (XIIe-XIIIe s.), après
laquelle ils ont plus ou moins disparu, une population musulmane s’étant
installée ici; les ruines récemment découvertes d’une mosquée en sont le
signe.
A une époque imprécise, les musulmans ont abandonné le village. A leur
place, vers la fin du XVIIe siècle, des familles chrétiennes sont venues du
Liban et du sud de la Syrie habiter à l’abri des vieux murs de l’époque des
croisades.
Un curé de campagne : le Père Philippe Abed
Le Père Philippe Abed, le curé actuel, a sa maison au coeur du village.
Il est marié. En effet, depuis des temps immémoriaux, les curés
grecs-catholiques de Ma’lia sont des prêtres mariés. Les rites orientaux,
aussi bien catholiques qu’orthodoxes, ont maintenu l’existence de prêtres
mariés, comme au temps des Apôtres. La règle est que le futur prêtre doit
être déjà marié avant son ordination sacerdotale et que, s’il devient veuf,
il ne peut se remarier. Une règle qui est d’ailleurs en vigueur pour les
diacres mariés chez les catholiques en Occident. Par ailleurs, les prêtres
mariés ne peuvent pas devenir évêques. Ils sont seulement destinés au
service des paroisses rurales.
"Les chrétiens orientaux acceptent-ils leurs prêtres mariés?". Selon un
chrétien de Ma’lia, "La paroisse orientale n’est pas contre cette coutume
séculaire. On y est habitué depuis toujours". Enumérant les avantages et
les désavantages, il indique parmi les avantages : "Le prêtre marié peut
recevoir chez lui aussi bien les femmes que les hommes, sans que personne
ne le critique".
Le rôle joué pas les prêtres mariés des villages pour le maintien de la
foi en Orient n’est pas à sous-estimer. De nombreuses communautés
chrétiennes ont pu subsister jusqu’à nos jours dans le pays de Jésus grâce
à eux.
Le Père Philippe Abed est né à Ma’lia en 1922. Après son mariage, il reçut le diaconat et, à l’issue de deux ans d’études théologiques à Haïfa, il
fut ordonné prêtre en 1957. Il a successivement exercé son apostolat dans
les aproisses d’Acre, de Tarshiha, de Kefer Yassif et de Fassouta. Il est
curé de Ma’lia depuis 1982. Il a deux fils et deux filles et son fils aîné,
Kamel, suit ses traces. Sur 25 prêtres, le diocèse grec-catholique de Galilée en compte actuellement 9 qui sont mariés. Un grand séminaire spécial
leur donne à Nazareth une préparation théologique.
L’église de l’Annonciation
L’église paroissiale, dédiée à l’Annonciation, se trouve à l’intérieur
de l’enceinte de la forteresse des croisés, le "Castellum Regis". Les trois
chapiteaux de l’église sont de l’époque byzanzine. Ils sont groupés à la
porte de l’église. Un quatrième chapiteau de la même époque se trouve à
l’entrée d’une maison voisine. Mais ces chapiteaux viennent d’un lieu
voisin.
Manquant de terres cultivables, les chrétiens de Ma’lia sont obligés de
partir chaque jour pour trouver du travail dans des industries israéliennes
des villes voisines : Ma’alot, Nahariya, Haïfa. Aussi ne voit-on pas, dans
les rues, de personnes en âge de travailler. Elles sont absentes jusqu’à 2
heures de l’après-midi. Quant aux enfants et aux jeunes, ils sont à l’école. A l’extérieur du village, il y a des fermes, où sont élevés quelques
centaines de cochons. En Israël, cet élevage n’est permis qu’aux chrétiens.
Actuellement, la principale préoccupation du curé consiste dans l’émigration de ses paroissiens : "Il y a exactement 37 familles de Ma’lia
installées au Canada, mais il y en a aussi au Vénézuela, aux Etats-Unis, et
en Australie."
Boukaïa, un village mixte de Haute-Galilée
Les religieuses de Saint-Joseph vivent en contact permanent avec le
village de Ma’lia. Leur petite maison appartient à l’évêché
grec-catholique. Elles s’occupent d’un jardin d’enfants contigu à leur
résidence. Une centaine de petits le fréquentent. Il s’y trouve un abri de
béton en cas de péril : nous sommes, en effet, à proximité de la frontière.
Ces soeurs, une Maltaise et une Galiléenne assurent aussi la catéchèse
aux enfants de la communauté grecque-catholique de Boukaïa - Péquin, en hébreu - à quelque 10 kms. Ce village compte 2’700 habitants : 1’500 druzes,
800 grecs-orthodoxes et 400 grecs-catholiques. Si un prêtre marié, installé
dans le village, s’occupe de la communauté grecque-orthodoxe, les grecscatholiques n’ont pas de curé résident et ils reçoivent, une fois par semaine, l’assistance du curé de Rama (à 10 kms) pour la célébration de la
messe et l’administration des sacrements. (apic/ts/bd)
ENCADRE :
Ma’lia : présentation archéologique du village
Ma’lia (ou Miliya) se trouve à 20 kms au nord d’Acre. Le céramiques des
périodes du Bronze et du Fer découvertes dans le village prouvent qu’il
était alors déjà habité. De la période romaine est conservé un beau bas-relief de marbre, représentant une scène de combat entre animaux.
A la période byzantine, il y avait une population chrétienne, puisqu’on
a retrouvé des colonnes monolithes, des chapiteaux et une pierre gravée
d’une croix latine encerclée, qui sont des vestiges d’une église byzantine.
A l’époque des croisades, l’endroit était dénommé "Castellum Regis"
("Château du Roi"), parce qu’il était entouré de murailles. Il appartenait
à Othon de Hennebrek, qui le vendit en 1220 à l’Ordre teutonique; mais il
fut conquis en 1265 pas le sultan Baïbars.
C’est à l’intérieur de l’enceinte médiévale qu’a été construite en 1845
l’église paroissiale actuelle, à la place d’une église plus ancienne. Au
coeur des murailles en ruine se trouvent aussi les maisons les plus
anciennes du village actuel, la partie neuve de Ma’lia étant située sur une
autre colline, au nord. (apic/ts/bd)