directeur du séminaire interdiocésain de Slovaquie
Jan Korec, un évêque qui a dû travailler comme ouvrier et manoeuvre
Bratislava, 14janvier(APIC) L’évêque "clandestin" slovaque Jan Korec, un
prêtre jésuite empêché des décennies durant d’exercer son ministère et qui
a dû pour survivre travailler comme manoeuvre ou monteur d’ascenseur, vient
d’être nommé par Mgr Jan Sokol, archevêque de Trnava, directeur du séminaire interdiocésain pour la Slovaquie à Bratislava. Jusqu’à récemment, la
formation des futurs prêtres slovaques dans ce séminaire et à la Faculté
théologique était en partie entre les mains de l’association sacerdotale
"Pacem in terris", proche du régime communiste et interdite par le Vatican.
Mgr Jan Sokol a remplacé les membres de "Pacem in terris" à la direction
du séminaire et au sein du corps enseignant de la Faculté de théologie de
Bratislava. Le fait que l’évêque "clandestin" Jan Korec devienne directeur
de ce séminaire est considéré dans les milieux de l’Eglise de Slovaquie
comme très significatif, car Mgr Korec a joué un très grand rôle ces dernières décennies pour le renouveau spirituel du pays.
Huit ans en prison pour cet "évêque ouvrier"
Le Saint-Siège avait certes prévu que Jan Korec serait installé à la tête d’un diocèse après la levée par les nouvelles autorités de son interdiction. Mais l’évêque "clandestin", qui a passé huit ans en prison, ne l’a
pas souhaité, même s’il n’est âgé que de 66 ans. Ordonné secrètement prêtre
en 1950, époque où de nombreux prêtres, évêques et religieux furent arrêtés, il est consacré clandestinement évêque le 24 août 1951. Il a à l’époque 27 ans et travaille comme manoeuvre dans la fabrique "Patra-Chimie" de
Bratislava, avant de devenir veilleur de nuit. Arrêté en 1959 pour activité
pastorale illégale et subversion, il est condamné l’année suivante à 12 ans
de prison. Il travaille alors au pénitencier comme polisseur de verre,
puis est libéré en 1968, lors du "Printemps de Prague".
Totalement réhabilité en juin 1969, après une révision de son procès, il
rencontre à la même époque le pape Paul VI à Rome. Il travaille alors comme
aumônier d’hôpital quatre ans durant, avant de faire face à une nouvelle
interdiction d’exercer des activités pastorales. Il doit alors travailler
jusqu’à l’âge de la retraite comme monteur d’ascenseurs. Mais son appartement privé à Bratislava - malgré la surveillance policière constante et sa
mise sur écoute - a été durant des années un lieu hautement symbolique pour
tout un milieu catholique - notamment la jeunesse - sur lequel son exemple
de courage a exercé une grande influence. Mgr Jan Korec s’est toujours élevé contre la servilité à l’égard de l’Etat : "l’Etat n’est ni un moloch ni
une idole devant laquelle nous devrions nous mettre à genoux", a-t-il déclaré récemment dans une interview accordée à l’hebdomadaire catholique polonais "Tygodnik Powszechny". (apic/kpr/be)