par le pape Jean Paul II évêque de Nitra, en Slovaquie
Jan Korec, un évêque qui a connu les camps et le travail en usine
Bratislava, 14janvier(APIC) L’ancien évêque "clandestin" slovaque Jan
Chryzostom Korec, un prêtre jésuite empêché des décennies durant d’exercer
son ministère et qui a dû pour survivre travailler comme manoeuvre ou monteur d’ascenseurs, a été nommé mardi par le pape Jean Paul II évêque de Nitra, en Slovaquie occidentale. Il avait été appelé le mois dernier à la direction du séminaire de Bratislava. Considéré par les autorités communistes
comme le chef de l’Eglise catholique clandestine en Slovaquie, il a connu
la prison et les camps des années durant, et faisait l’objet d’une étroite
surveillance de la police il y a quelques mois encore.
Né le 22 janvier 1924, entré dans la Compagnie de Jésus en 1939, il doit
interrompre ses études suite à la dissolution en 1950 des ordres religieux
par le régime en place à Prague. Il est cependant consacré évêque clandestinement le 24 août 1951, à l’âge de 27 ans, mais il ne put jamais exercer
ses fonctions épiscopales jusqu’à présent. Il connut le travail en fabrique
puis comme bibliothécaire de l’Institut d’Hygiène du Travail, de 1950 à
1958, avant d’être condamné à 12 ans de prison en 1960 pour son travail pastoral auprès des jeunes. Libéré lors du Printemps de Prague, il est réhabilité, mais empêché d’exercer son ministère pastoral.
Mgr Jan Korec avait été nommé le mois dernier directeur du séminaire interdiocésain pour la Slovaquie à Bratislava, par Mgr Jan Sokol, archevêque
de Trnava. Jusqu’à récemment, la formation des futurs prêtres slovaques
dans ce séminaire et à la Faculté théologique était en partie entre les
mains de l’association sacerdotale "Pacem in terris", proche du régime
communiste, interdite par le Vatican, et aujourd’hui dissoute. Le fait que
l’ancien évêque "clandestin" Jan Korec soit devenu directeur de ce séminaire est considéré dans les milieux de l’Eglise de Slovaquie comme très significatif, car Mgr Korec a joué un très grand rôle ces dernières décennies
pour le renouveau spirituel du pays.
Il n’y a actuellement plus que quatre diocèses sur treize en Tchécoslovaquie qui n’aient pas encore d’évêque à leur tête. Il s’agit de Ceske Budejovice (Bohème), Brno (Moravie), Kosice et Roznava (Slovaquie).
Portrait d’un lutteur
Huit ans en prison pour cet "évêque ouvrier"
Le Saint-Siège avait certes prévu que Jan Korec serait installé à la tête
d’un diocèse après la levée par les nouvelles autorités tchécoslovaques de
son interdiction. Mais l’évêque "clandestin", qui a passé huit ans en prison, ne le souhaitait pas, même s’il n’est âgé que de 66 ans. Ordonné secrètement prêtre en 1950, époque où de nombreux prêtres, évêques et religieux furent arrêtés, il est consacré clandestinement évêque le 24 août
1951.
Il a à l’époque 27 ans et travaille comme manoeuvre dans la fabrique
"Patra-Chimie" de Bratislava, avant de devenir veilleur de nuit. Arrêté en
1959 pour activité pastorale illégale et subversion, il est condamné l’année suivante à 12 ans de prison. Il travaille alors au pénitencier comme
polisseur de verre, puis est libéré en 1968, lors du "Printemps de Prague".
Totalement réhabilité en juin 1969, après une révision de son procès, il
rencontre à la même époque le pape Paul VI à Rome. Il travaille alors comme
aumônier d’hôpital quatre ans durant, avant de faire face à une nouvelle
interdiction d’exercer des activités pastorales. Il doit alors travailler
jusqu’à l’âge de la retraite comme monteur d’ascenseurs.
Mais son appartement privé à Bratislava - malgré la surveillance policière constante et sa mise sur écoute - a été durant des années un lieu
hautement symbolique pour tout un milieu catholique - notamment la jeunesse
- sur lequel son exemple de courage a exercé une grande influence. Mgr Jan
Korec s’est toujours élevé contre la servilité à l’égard de l’Etat :
"l’Etat n’est ni un moloch ni une idole devant laquelle nous devrions nous
mettre à genoux", a-t-il déclaré récemment dans une interview accordée à
l’hebdomadaire catholique polonais "Tygodnik Powszechny". (apic/kpr/be)