Tchécoslovaquie : rien de neuf, selon un évêque clandestin (070889)
Rome, 7août(APIC/CIP) Les catholiques continuent d’être persécutés en
Tchécoslovaquie, et de nombreux prêtres et évêques restent empêchés, et se
voient même interdire de célébrer la messe : c’est ce que rappelle, au lendemain de la nomination de quatre nouveaux évêques dans le pays (26 juillet), Mgr Jan Korec, un évêque "empêché", en dénonçant la discrimination
dont est victime l’Eglise "clandestine" par rapport à l’Eglise "légale".
Mgr Korec, dont le quotidien romain "Il Tempo" publie un interview dans
son édition du 7 août, appartient à la Compagnie de Jésus. Ordonné clandestinement à une date indéterminée (il y a une quarantaine d’années?), il n’a
jamais pu exercer son ministère épiscopal. Dans les années 50, son ordre a
été interdit, comme du reste tous les ordres et instituts religieux. Il aurait pu quitter Bratislava et, avec l’accord des autorités, être curé dans
une paroisse de Slovaquie, s’il n’avait mis comme condition à cette offre
que tous les prêtres soient autorisés à reprendre leur ministère. Il a donc
été balayeur, puis magasinier dans une usine. Aujourd’hui encore, il fait
l’objet d’une étroite surveillance.
Dans l’interview que publie "Il Tempo", Mgr Korec dénonce la discrimination dont restent victimes les croyants en Tchécoslovaquie, exclus de nombreuses fonctions, de professions ou d’écoles, et sans cesse sous la menace
d’un licenciement, alors que même les statistiques officielles indiquent
que "les croyants constituent la majorité absolue des citoyens", observe-til.
Mgr Korec reste très marqué par les événements des années 50, qui virent
la création d’un Office pour les affaires ecclésiastiques en 1949 et toute
une série de procès spectaculaires, dont ceux de 11 supérieurs de congrégations religieuses, le transfert des religieux et religieuses dans des "couvents de concentration", la fermeture des séminaires et instituts de théologie et l’arrestation de nombreux évêques en 1950. Les procès allaient se
poursuivre durant une dizaine d’années, instruits aussi bien à l’encontre
de laïcs, d’artistes et de médecins que de religieux. Et en 1960, rappellet-il, "on a tenté d’éliminer une fois pour toutes la question religieuse,
dans le cadre d’une soi-disant "Révolution culturelle" qui fut l’occasion
d’une nouvelle vague d’emprisonnements". Il y eut le "Printemps de Prague",
bientôt réprimé et qui provoqua un sérieux retour de manivelle...
La situation actuelle ? Pour Mgr Korec, on ne peut que regretter que, "à
une époque où se diffuse toujours plus l’idée de la collaboration, dans un
esprit de tolérance, cette idée n’est toujours pas accueillie par l’Etat
tchécoslovaque. La liberté religieuse, par exemple, a été défendue par le
mouvement de la Charte 77, auquel nous sommes sincèrement reconnaissants.
En 1988 encore, ses adhérents ont pris la défense des catholiques, mais
également des fidèles d’autres Eglises qui ont envoyé des pétitions au gouvernement."
Ce diagnostic pessimiste rejoint celui que faisait Mgr Lehmann, le président de la Conférence épiscopale allemande, un mois avant la nomination
fin juillet de quatre nouveaux évêques en Tchécoslovaquie. Présent fin juin
à Prague, à l’occasion du 90ème anniversaire du cardinal Frantisek Tomasek,
l’archevêque de la capitale, ce dernier déclarait à son tour qu’"il y a, du
côté du gouvernement tchécoslovaque, une grande insécurité au vu de l’évolution en cours dans les pays socialistes". Disant son impression que les
autorités de Prague suivent la ligne de Moscou "avec beaucoup de méfiance",
il ajoutait : "La vie ecclésiale reste soumise à de fortes pressions en
Tchécoslovaquie... On ne perçoit rien des espoirs que l’on peut observer
dans les autres pays socialistes." (apic/cip/mg)