Tchécoslovaquie: Pas de clivage entre (010592)
Mise au point de T. Halik, secrétaire de la Conférence épiscopale tchèque
Vienne, 1ermai(APIC) Il n’y a pas de clivage en Tchécoslovaquie entre
l’Eglise officielle et l’Eglise "clandestine" et aucun schisme n’est en
vue, affirme l’abbé Tomas Halik, secrétaire de la Conférence épiscopale
tchèque. L’abbé Halik, qui fut lui-même plusieurs années durant un "prêtre
clandestin" sous le régime communiste, a déploré au cours d’une conférence
donnée à l’Université de Vienne certains reportages "à sensation" publiés
en Occident sur "l’Eglise des catacombes" de son pays.
Les médias occidentaux ont à plusieurs reprises publié des reportages
sur la difficulté de réintégrer dans l’Eglise officielle évêques et prêtres
- dont certains sont mariés - ordonnés secrètement durant la période de
persécution religieuse. L’abbé Halik, qui a abordé mercredi soir à l’Université de Vienne le thème "Responsabilité pour l’Eglise clandestine en
Tchécoslovaquie", a dénoncé l’"annexion" unilatérale de la vie passée et
présente de l’Eglise dans son pays, tant par des groupes de "gauche libérale" et que par des "conservateurs de droite".
Chacun de ces groupes voudrait s’approprier les vertus de l’Eglise clandestine. Très souvent, on véhicule en Occident une image simplifiée de la
réalité ecclésiale sous la dictature communiste. Il y aurait eu ainsi à
l’époque deux Eglises: d’un côté une "Eglise clandestine héroïque", ayant
en plus aboli le célibat des prêtres, de l’autre une Eglise officielle,
théologiquement conservatrice, qui aurait collaboré avec le régime. Cette
Eglise institutionnelle constituerait maintenant "l’establishment" qui opprimerait avec l’aide du Vatican l’héroïque et progressiste "Eglise clandestine". L’abbé Halik considère que cette vision manichéiste est dans bien
des cas "mensongère" et vise à susciter des conflits entre prêtres et évêques ordonnés secrètement et hiérarchie officielle.
Pas d’idéalisation de l’Eglise en Tchécoslovaquie
Du côté des conservateurs, on a également donné une image faussée de
l’Eglise de Tchécoslovaquie, parce qu’on n’a pas voulu prendre connaissance
du fait que la société et l’Eglise avaient évolué ces dernières années.
C’est ainsi que l’Eglise de ce pays est décrite comme "héroïque", ayant
vaincu le communisme athée grâce à la fermeté de sa foi. Considérée en même
temps comme une "charmante Belle au bois dormant" qui a survécu à ces cinq
dernières décennies si mouvementées dans un heureux isolement, elle serait
restée immaculée par rapport au Concile et à ses conséquences. Elle devrait
ainsi servir d’exemple à "l’Occident pourri".
Cette vision est également fausse, insiste T. Halik, "parce qu’il y a eu
dans notre Eglise des martyrs et de nombreux chrétiens honnêtes qui ont
maintenu leur foi dans les pires conditions; mais il y a eu pourtant beaucoup de gens qui ont fait des compromis, qui ont cultivé le petit jardin de
leur piété privée loin des combats pour la vérité et la justice; aussi des
collaborateurs et même des agents secrets de la Sécurité d’Etat". Et si
l’Eglise de Tchécoslovaquie n’a pas eu dans ses rangs de "théologiens à
problèmes", relève-t-il, "il ne faut pas oublier que nous ne disposons malheureusement dans le pays d’aucune théologie moderne saine, qui unit la fidélité à la tradition avec une fine sensibilité pour les nécessités de notre temps". L’orthodoxie de la foi ne signifie en aucune manière la répétition anxieuse et sans créativité.
Alors que l’Est est devenu libre, sans être un admirateur inconditionnel
de l’Eglise en Occident, T. Halik comprend désormais mieux ses difficultés
et les crises qu’elle traverse. La fidélité aux évêques et à l’autorité ecclésiastique, si souvent vantée à l’Est, était en effet bien plus facile
aux temps de la persécution. L’Eglise des pays d’Europe de l’Est peut offrir à l’Ouest un dialogue fraternel et un échange d’expériences nécessaire, "mais nous ne pouvons pas nous donner en exemple à l’Ouest". D’ailleurs, estime-t-il, les tentatives de présenter l’Eglise de l’Est comme modèle aux chrétiens de l’Ouest ont été contreproductives. Elles auraient
suscité les "efforts de quelques journalistes étrangers avides de découvrir
dans notre Eglise fautes et scandales".
Pas de schisme en vue
A propos des descriptions de l’Eglise clandestine faites à l’Ouest, T.
Halik souligne que la frontière entre le bien et le mal ne passe pas entre
Eglises "officielle" et "clandestine", toutes deux ayant eu leurs grandeurs
et leurs faiblesses. Les prêtres en activité des deux Eglises ont d’ailleurs largement travaillé ensemble durant cette période. Dorénavant, les
critères donnés par le Vatican pour l’intégration, dans la pastorale officielle, des "clandestins" "relèvent logiquement du droit canon".
Tout dépend si les discussions avec les évêques et prêtres clandestins
peuvent avoir lieu dans un esprit vraiment fraternel, qui prenne au sérieux
la situation parfois extrêmement compliquée des personnes concernées, ou si
ce dialogue prendra simplement la forme d’une procédure administrative et
bureaucratique. Pour le moment, rien n’indique qu’il y aura un schisme,
grâce principalement aux mérites des évêques et des prêtres clandestins
eux-mêmes, conclut l’abbé Halik. Ces derniers auraient accepté la décision
du Saint-Siège les concernant avec une grande discipline et avec soumission, "bien que dans certains cas, ils aient éprouvé une déception personnelle". (apic/kpr/be)