Tanzanie: tensions face à la menace du fondamentalisme musulman (220793)
Dar-es-Salaam, 22juillet(APIC) Pendant plus de deux décennies, la Tanzanie a été dirigée, dans un régime à parti unique, par le président Julius
Nyerere. Celui-ci a non seulement réussi la réunification du Tanganika avec
les îles de Zanzibar et de Pemba en un Etat, la Tanzanie, mais également
l’instauration dans ce pays d’un esprit d’unité nationale sans distinction
de confession. Sous l’administration du Mwalimu Nyerere, les Tanzaniens
ont vécu dans la concorde, particulièrement entre les confessions religieuses. Les choses ont changé aujourd’hui. Des frictions sont perçues. La menace du fondamentalisme musulman est réelle.
Depuis l’accession, en 1985, de Ali Hassan Mwinyi, de confession musulmane, à la présidence de la République, beaucoup d’attitudes ont changé
dans le pays. Les Tanzaniens semblent avoir perdu le sens de la tolérance
religieuse. Des frictions sont perçues dans la société suite notamment à
certains comportements des musulmans fondamentalistes vis-à-vis des chrétiens.
Les autorités tanzaniennes sont restées longtemps sans réaction, favorisant ainsi la montée du fondamentalisme dans le pays. Il aura fallu un incident contre des touristes à Zanzibar pour enfin éveiller leur attention.
La réaction a été immédiate, concrétisée dans les faits par deux mesures
récemment prises: le bannissement du Conseil islamique pour le développement de la lecture du Coran (Balukta en sigle swahili) et l’arrestation de
ses principaux dirigeants. Le gouvernement accusant le Balukta de mener des
activités politiques ne répondant pas aux objectifs pour lesquels l’organisme s’est fait enregistrer.
Selon le vice-premier ministre et ministre de l’intérieur, le Balukta
fomentait la division parmi les musulmans et attisait la haine des adeptes
de l’islam contre les fidèles d’autres confessions. Les mesures du gouvernement contre la Balukta ont été suivies de l’expulsion du pays de trois
professeurs de Coran, de nationalité soudanaise, qui enseignaient à l’école
secondaire islamique de Jubal Mira, dans la ville de Morogoro, à 120 kilomètres de Dar-es-Salaam, la capitale.
Les autorités tanzaniennes ont accusé ces personnalités de sédition et
d’avoir régulièrement reçu de l’argent de pays étrangers pour l’organisation d’activités séditieuses contre la Tanzanie.
Le gouvernement tanzanien entend à l’avenir être plus exigeant lors de
l’enregistrement de groupes religieux. Ceux-ci doivent désormais au préalable obtenir l’agrément de leur hiérarchie propre, à savoir le Conseil national suprême musulman, pour les adeptes de l’islam, la Conférence épiscopale tanzanienne, pour les catholiques, et le Conseil chrétien des Eglises,
pour les autres dénominations chrétiennes.
Appréhension dans différentes couches de la société
Selon de nombreux observateurs, la réaction du gouvernement est tardive
face à l’agitation entretenue depuis plusieurs mois par les fondamentalistes musulmans. Ceux-ci cherchent par tous les moyens à changer ce pays en
un Etat islamique et à y faire adopter la sharia, la loi islamique. Les
fondamentalistes, souligne-t-on à Dar-es-Salaam, agissent ouvertement comme
s’ils avaient le consentement des autorités tanzaniennes.
Le laxisme affiché par le président et le gouvernement face à la subversion des fondamentalistes a par ailleurs suscité la réaction de nombreuses
personnes dans le pays.
Un groupe de douze parlementaires a dénoncé la crise constitutionnelle
vers laquelle s’oriente le pays à cause de l’action néfaste des fondamentalistes musulmans, et a menacé de sanctionner le président si la situation
n’était pas redressée au plus vite.
Une des graves violations constitutionnelles relevée par le groupe parlementaire concerne l’adhésion du Zanzibar à l’Organisation de la Conférence islamique et du reste de la Tanzanie à l’Organisation africaine. Ces cas
constituent une véritable menace pour l’union déjà fragile de la partie
continentale de la Tanzanie avec les îles de Zanzibar et de Pemba, relèvent-ils. L’appréhension des parlementaires se fonde sur le fait que lors
de la récente assemblée de l’Organisation islamique africaine à Abuja, au
Nigeria, au cours de laquelle la Tanzanie s’est affiliée, il a été décidé
entre autres que tous les pays membres seront dirigés par un gouvernement
composé exclusivement de musulmans.
Autre réaction: celle du Conseil chrétien de la Tanzanie, qui a appelé
le gouvernement a préciser et éclaircir sa position sur la question de cette adhésion. Ce problème, en effet, risque de compromettre la paix et l’unité nationales en Tanzanie, a affirmé le Conseil chrétien.
L’Eglise catholique, par la voix de la Conférence épiscopale, a aussi
réagi contre l’intolérance religieuse qui s’installe dans le pays. Dans une
déclaration rendue publique récemment, les évêques ont ouvertement dénoncé
le mépris manifesté par le gouvernement vis-à-vis des confessions religieuses non musulmanes. Ce mépris, insiste l’épiscopat, suscite des sentiments
de rebellion. Et les prélats catholiques d’ajouter: "Nous exigeons du gouvernement de sauvegarder et de respecter la liberté de culte reconnue à
tout Tanzanien sans discrimination aucune". (apic/dia/pr)