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    Une décision politique avant tout

    Taïwan: Un missionnnaire irlandais expulsé du pays (030489)

    Taoyuan, 3 avril(APIC/de notre correspondant à Hong Kong, DM) L’expulsion

    de Taïwan du Père irlandais Neil Magill, 42 ans, missionnaire de la société

    de St-Colomban, survenue le 17 mars dernier, suscite un certain nombre de

    remous et de critiques de la part de l’Eglise. Critiques reprises par le

    principal parti d’opposition de Taïwan, le Parti progressiste démocratique,

    qui qualifie "d’illégale et d’inhumaine" l’expulsion du Père Magill, pourtant en mission depuis une dizaine d’années dans ce pays. Le missionnaire

    s’était en effet vu contraint de quitter le territoire du jour au lendemain

    par ordre de l’Administration de la police nationale (ANP) qui reprochait

    au Père Magill de s’"ingérer dans la politique interne de Taïwan".

    A plusieurs reprises, la police taïwanaise avait rendu visite à Mgr Lucas Liu Hsien-Tang, évêque de Hsinchu, à Taïwan, dans le but de faire pression pour obtenir de sa part le renvoi de ce missionnaire qui s’était fait

    l’"avocat" des travailleurs de l’île. Connu pour son engagement en faveur

    du mouvement ouvrier, il avait notamment fondé le Centre des travailleurs

    "Vie Nouvelle" (NLWC) à Taoyuan, à 20 kilomètres de la capitale Taipeh, un

    centre destiné, entre autres, à offrir des cours réguliers ainsi qu’une assistance juridique pour les ouvriers.

    L’expulsion du missionnaire irlandais, le jour de la Saint Patrick, patron des Irlandais, a soulevé une vague de protestations jusque là jamais

    vue dans la communauté catholique de Taïwan. Mgr Lucas Liu Hsien-Tang a

    déclaré que cette expulsion forcée, qui n’a pas de précédent dans le pays,

    aurait un impact sur les relations des 300.000 catholiques de Taïwan avec

    le gouvernement nationaliste du Kuomintang.

    Influence sur les relation entre le Vatican et Taïwan?

    Au cours d’une conférence de presse tenue à Hong Kong le jour de son expulsion, le Père Magill a expliqué les conditions de son départ brutal de

    Taïwan: "J’ai été entraîné au commissariat de police, puis brutalement mis

    dans un mini-bus qui m’a emmené à l’aéroport. On m’a mis dans le premier

    vol pour Hong Kong. Je n’ai même pas pu me changer ou chercher de l’argent

    chez moi". Selon le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Lien Chan,

    "cette expulsion est légale". Il relève que ce prêtre avait incité les

    ouvriers à troubler l’ordre public et que de ce fait, il avait violé les

    règles lui permettant d’avoir son visa. La carte de résident du Père Magill

    arrivait en effet à échéance le 23 mars. Pour le ministre des Affaires

    étrangères, cette expulsion ne va pas nuire aux relations entre Taïwan et

    le Vatican. Les relations diplomatiques du Vatican avec Taïwan ont d’ailleurs déjà été réduites dans le but d’améliorer les relations de Rome avec

    Pékin.

    Cinq évêques ont en outre protesté publiquement contre cette expulsion

    au cours d’une conférence de presse. Il ont notamment dénoncé la "manière

    inhumaine" avec laquelle la police a traité le prêtre irlandais. "Le travail missionnaire n’est pas limité à la célébration de messes, à l’étude de

    la Bible et aux prêches", a déclaré Mgr Shan, président de la Conférence

    épiscopale de Taïwan, en précisant que "l’évangélisation est le salut de

    toute la personne humaine, son âme et son corps, sa dignité humaine et ses

    droits, cela touche sa vie et son travail. L’Eglise est soucieuse des

    ouvriers, des agriculteurs ou des pêcheurs, de même qu’elle se préoccupe

    des pauvres, des malades et des faibles".

    Avec le Père Magill, un autre missionnaire, le Père José Ellacuria, 60

    ans, jésuite, a lui aussi été victime d’un ordre d’expulsion, malgré les 33

    années passées à Taïwan. Il pourra cependant regagner ce pays. Le Père Ellacuria travaille également dans les milieux ouvriers. Certains observateurs joints par téléphone pensent que ces mesures d’expulsions, en particulier celle qui frappe le missionnaire irlandais, sont destinées à rassurer les industriels anxieux des mouvements ouvriers de plus en plus organisés. Les ouvriers se défendent pour obtenir de meilleures conditions de

    travail; depuis deux ans, ils manifestent et organisent des grèves. D’aucuns à Taïwan pensent cependant que le gouvernement vient de donner un

    avant-goût de sa campagne "La loi et l’ordre", neuf mois avant les élections locale et nationale. "Le gouvernement traitera très sévèrement tous

    ceux qui tenteraient de troubler l’ordre public", insiste-t-on à Taïwan.

    (apic/dm/pr)

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