Après huit ans de fermeture, la cathédrale maronite Saint-Élie d’Alep, au nord de la Syrie, a été reconsacrée le 20 juillet 2020. Le bâtiment sacré, construit en 1873 dans le quartier d'Al Jdeydeh, a pu être remis aux fidèles, notamment grâce à la solidarité de la fondation pontificale “Aide à l’Église en détresse” (AED). L'archevêque maronite de la ville, Mgr Joseph Tobij, reconnaissant pour ce "signe de renaissance", invite à la prière pour une population épuisée après neuf ans de guerre civile.
«La restauration et la réouverture de la cathédrale ont une signification symbolique. C'est un signe d'espérance et de renaissance non seulement matérielle, mais de toute la communauté. Ceci, malgré le fait qu'ici le nombre de chrétiens continue à diminuer, en raison de l’extrême pauvreté, liée aux sanctions imposées à la population vulnérable et sans défense".
Le témoignage de l'archevêque maronite d'Alep, Mgr Joseph Tobij, à l'occasion de la réouverture du lieu de culte, est en même temps un appel à la prière et à la solidarité. La cathédrale maronite Saint-Élie d'Alep, gravement endommagée par plusieurs obus pendant la guerre toujours en cours, a en effet été officiellement reconsacrée le 20 juillet 2020.
"Événement longement attendu"
"La réouverture de notre cathédrale est un message lancé aux chrétiens d’Alep et à ceux du monde entier", a précisé le guide spirituel maronite, dans une interview accordée à l'Aide à l'Église en détresse (AED).
"Sa restauration est la preuve que nous sommes encore là dans ce pays, malgré notre nombre décroissant. Nos voix continueront à louer Dieu en ce lieu, malgré toutes les difficultés", a assuré l'archevêque syrien.
L'archevêque de la ville a parlé avec émotion d’un événement si longtemps attendu qui arrive au terme de plusieurs mois de travail. Des travaux de restauration difficiles, auxquels l'AED a contribué avec un don de 400'000 euros.
Il ne reste plus qu'un tiers de chrétiens
Selon AED, il ne reste aujourd'hui que quelques 30'000 chrétiens dans la ville syrienne, contre les 180'000 avant que la guerre n’éclate en 2011. Les chrétiens syriens ont en effet subi durement les effets de la guerre civile. Sur les 1,5 million de chrétiens qui vivaient à l'époque dans tout le pays, on estime qu’il en reste le tiers aujourd'hui.
La cathédrale accueillera la communauté chrétienne maronite qui, bien que n’étant pas la plus importante en nombre, est très investie dans l’aide sociale à Alep.
«Notre désir est de rester, a confié Mgr Joseph Tobij. Non seulement parce que nous sommes nés ici, que nous avons vécu ici, ou que nous n’avons pas d’autre solution. Mais aussi parce que c’est notre 'mission'. Et nous n’avons pas d’autre endroit pour nous rassembler que cette cathédrale. Nous sommes une famille et mon intention était de rénover la maison commune qui nous réunit et nous accueille».
Un lieu sacré, cher au pays
Construite en 1873 dans le quartier d'Al Jdeydeh, la cathédrale a remplacé une petite église du XVe siècle en 1873. Entre 2012 et 2016, le bâtiment avait subi d'importants dommages. Les dégâts les plus graves ont eu lieu en 2013, lorsque un groupe de djihadistes a fait irruption dans cette partie de la ville, en tentant de détruire tous les symboles chrétiens.
Après avoir été en ruines pendant quatre ans, la cathédrale a pu rouvrir ses portes pour Noël, après que cette partie de la ville eut été libérée des rebelles en 2016. "Pendant la célébration eucharistique, l’émotion fut grande, lorsque l’enfant Jésus a été placé dans la crèche faite à partir des ruines du toit effondré. Nous tous qui étions là avons pleuré et ri en même temps", se souvient l’archevêque qui explique que la principale difficulté de la reconstruction a été la recherche de fonds. Celle-ci a été facilitée et soutenue par l'AED:
"La reconstruction du toit en bois, comme l’original, a été un défi supplémentaire. Nous manquions d'expertise dans ce domaine. Nous avons donc demandé à des architectes italiens de concevoir le projet du toit en bois", précise-t-il, en remerciant l’AED et tous les autres donateurs qui ont permis de réaliser ce projet.
“Sans l'aide et la générosité de tous les bienfaiteurs, nous n'aurions pas pu prier à nouveau dans notre cathédrale et répandre ainsi l'espérance dans le cœur des fidèles, grâce à cette reconstruction”, conclut l'archevêque maronite. (cath.ch/vaticannews/aed/dp)
37 milions d'euro pour la Syrie
Entre 2011 et 2019, l’AED a soutenu 900 projets en Syrie, pour un total de 37 millions d’euros d'investissements. Actuellement, l’AED développe plus d’une centaine de projets.
Benoît de Blanpré, directeur de l’AED, précise: « Ce projet nous tient particulièrement à cœur. Il nous semble essentiel de redire à quel point la présence des chrétiens en Syrie est fondamentale. À travers la restauration de cette cathédrale, rendue possible grâce à une multitude de donateurs de l’AED, nous voulons redonner espoir à ces chrétiens, les remercier pour leur témoignage de foi et leur dire que nous restons à leurs côtés. Puisse cette cathédrale restaurée les rassembler à nouveau comme cela était avant la guerre."