Synode special des évêques sur l’Europe (181191)
Bruxelles, 18novembre(APIC) Le Mouvement international des intellectuels
catholiques (MIIC) de Pax Romana émet un certain nombre d’"Observations
adressées aux Conférences épiscopales d’Europe", et développées conformément à une décision de la 6e conférence européenne de Pax Romana MIIC tenue
à Fribourg en 1990. Après consultation de toutes les fédérations nationales
et secrétariats spécialisés, les intellectuels du Mouvement catholique se
disent conscients de l’importance du Synode sur l’Europe, "non seulement
pour l’Eglise en général mais également pour leurs propres activités". Le
Synode se tiendra à Rome du 28 novembre au 14 décembre.
Le texte des "Observations" commence par un avertissement: "Annoncer
l’Evangile aux Européens d’aujourd’hui ne peut viser une restauration selon
un modèle de société qui, pour valable qu’il puisse avoir été, ne répond
plus aux besoins d’une Europe qui a évolué et qui est largement marquée par
les valeurs de la modernité. La nouvelle évangélisation demande une nouvelle inculturation".
Faire droit aux aspects positifs de la "modernité"
Pour Pax Romana, une nouvelle inculturation de la foi ne peut réussir
qu’en tenant compte des "signes du temps". Ainsi, la culture actuelle valorise "le droit d’examiner de façon critique le bien fondé des opinions et
des décisions, d’être informé et écouté, d’avoir part à un dialogue ouvert
au sujet des décisions prises". Une autre valeur mise à l’honneur dans la
société contemporaine repose dans l’autonomie personnelle, "le droit de
vivre en conformité avec sa propre conscience".
L’Eglise doit aussi considérer les droits humains, souligne l’organisation en ajoutant : "La perception de manquements à ces droits fondamentaux
de la part d’institutions religieuses est une cause majeure, chez bon nombre de chrétiens, de leur éloignement de l’Eglise".
La reconnaissance publique de ces valeurs de portée universelle s’est
déjà faite au Concile Vatican II. Pourtant "subsiste l’impression qu’aujourd’hui ce sont les seuls aspects négatifs de la modernité qui sont perçus par l’Eglise et non les aspects positifs". Or la reconnaissance de cette double dimension des valeurs modernes est à la base même de l’apostolat
des Organisations Internationales Catholiques (OIC), dont fait partie Pax
Romana. Pour cette dernière, il est légitime de demander que ces valeurs de
portée universelle soient respectées par tous ceux qui exercent des responsabilités dans l’Eglise.
Une dimension transcendentale toujours reconnue
Le document décrit les évolutions en cours comme étant des "chances pour
une nouvelle évangélisation". Il constate d’abord un recul du "rationalisme
réducteur" et du scientisme. Les sciences, dans leurs nouvelles avancées,
abordent à nouveau à leur manière la notion de mystère, offrant ainsi des
possibilités originales de dialogue avec les théologiens.
Le MIIC est convaincu que, malgré les apparences, la dimension transcendentale de la conscience est toujours largement reconnue et reste marquée
par l’héritage chrétien, comme en témoigne la mise en place de commissions
d’éthique. Tout ce courant va de pair avec une "recherche nouvelle et originale du sens de l’existence, même si pareille recherche ne témoigne pas
toujours de l’esprit critique revendiqué".
Ne pas reconstituer le "ghetto catholique"
Nos sociétés pluralistes, relève encore le document, ne s’exposent pas
seulement au risque d’indifférence, elles sont aussi des lieux d’apprentissage du respect mutuel et de la tolérance. Aux yeux du MIIC, l’ouverture
aux autres cultures et religions est inscrite dans cette notion d’inculturation de la foi en Europe et dans les responsabilités de celle-ci à
l’égard du monde. En effet, "il n’est plus possible de protéger les catholiques en les enfermant dans un ghetto catholique, alors que le pluralisme
s’est introduit dans les institutions catholiques.
Le niveau actuel d’instruction de la population européenne, d’une part,
et le développement des médias, d’autre part, ont changé les mentalités et
ouvrent de larges possibilités de travail. Mais cela exige, de la part du
magistère, un style d’autorité qui en tienne compte et, de la part des
laïcs, une formation doctrinale, catéchèse, cours de théologie, étude des
messages pontificaux, etc...
Culture européenne, culture chrétienne
Le rôle du christianisme dans la culture européenne est indéniable. Il
convient pourtant, ajoute le MIIC, de se rappeler que la culture judéochrétienne s’est greffée sur d’autres cultures, pas seulement pour rendre
leur dû à des cultures non-chrétiennes, mais également pour préparer et valoriser leur accueil, "car elles peuvent tout à la fois féconder la culture
chrétienne et être fécondées par elle".
Le document rappelle que "les valeurs de la ’modernité’ ont été largement conquises contre le pouvoir ecclésiastique". Les milieux non-catholiques seraient plus sensibles aux enseignements de l’Eglise si celle-ci reconnaissait ses erreurs du passé. Cette humilité, qui implique le rejet de
tout triomphalisme, n’exlut pas pour autant la légitime fierté des chrétiens devant ce que l’Evangile a apporté à l’Europe et que doit développer
la nouvelle évangélisation.
Méconnaissance du contenu de la foi
Le respect de la dignité humaine, l’exigence de liberté, de justice, de
sauvegarde de l’environnement, de démocratie et de responsabilité à l’égard
des pauvres de la planète habitent la conscience morale des Européens. Mais
pareilles exigences restent souvent sans références religieuses et le public n’a plus à l’esprit le rôle joué par la foi chrétienne dans leurs développements. Pour le MIIC, "plutôt que de revendiquer ce rôle, il faudrait
compter sur ces dimensions de la conscience morale pour faire résonner
l’enseignement évangélique".
Par ailleurs, l’ignorance et la méconnaissance du contenu de la foi
chrétienne étant largement répandus, même dans les milieux cultivés, une
tâche d’information culturelle se doit donc d’accompagner une nouvelle
évangélisation.
Une priorité: les relations Est-Ouest
Plusieurs fédérations du MIIC en Europe occidentale ont pu conserver,
même aux périodes les plus dures des régimes totalitaires, des contacts
avec des intellectuels catholiques par delà le Rideau de fer. Lors de la
coordination européenne du MIIC tenue à Fribourg en septembre 1990, où
étaient notamment présents 270 participants venus des ex-pays communistes,
il a été décidé de faire du rétablissement des relations entre tous les intellectuels catholiques en Europe une priorité. La concertation portera sur
les relations avec l’orthodoxie, les tensions ethniques, la reconstruction
du système scolaire, la pénurie d’enseignants, les échanges culturels et la
formation à la vie internationale.
Le MIIC affirme en conclusion, que "si elle regrette le style de l’exercice du magistère, c’est en tant qu’il leur paraît ne pas correspondre à la
culture européenne actuelle et, par là, faire obstacle à l’évangélisation.
Les Fédérations européennes du MIIC demandent qu’on leur fasse d’avantage
confiance, elles souhaitent être écoutées et voir valoriser leurs expériences. Ceci afin qu’un dialogue authentique se poursuive qui permette une
collaboration efficace à la nouvelle évangélisation qui soit l’oeuvre de
tous les chrétiens". (apic/cip/ap)