Synode Protestant Suisse : le point avant la dernière session (061187)
Lausanne, 6novembre(APIC) Le Synode Protestant Suisse (SPS) est en fin de
parcours puisque sa 10ème et dernière session se déroulera à Berne du 12 au
15 novembre prochain sur le thème "Confesser sa foi aujourd’hui". Ce processus de renouveau du protestantisme suisse, qui se mit en branle en 1983,
continuera toutefois de vivre sous d’autres formes. Comme l’ont souligné
vendredi au cours d’une conférence de presse à Lausanne Marie-Jeanne Perrenoud, Clairette Karakash et le pasteur Charles Biber, de l’équipe d’animation du SPS, "confesser la foi ne peut pas se réduire à un document, et
surtout pas un document que l’on imposerait à qui que ce soit, mais c’est
l’expression libre de chrétiens qui confessent leur foi dans la société
d’aujourd’hui".
Ainsi, fidèle à la tradition protestante, le SPS ne veut pas d’une confession de foi qui serait un document juridique, obligatoire, mais bien une
présentation dynamique et ouverte à l’interprétation. Comme l’a révélé
Charles Biber, il y a surtout quatre affirmations qui ressortent de la commission chargée de traiter ce point, une commission composée principalement
de professeurs de théologie, de pasteurs et de laïcs formés. La première
affirmation est celle de "Dieu créateur", une question qui revient à
l’ordre du jour par le biais de l’écologie : on prend conscience de la
responsabilité que l’être humain a de son environnement. Mais cela n’est
pas seulement un problème éthique, c’est véritablement un point de foi, qui
a été un peu négligé. Ainsi, dans ce siècle-ci, peut-être à cause du renouveau biblique et de la théologie de Karl Barth, on s’est surtout préoccupé
de mettre Jésus-Christ au centre. Confesser "Dieu créateur" s’est s’opposer
à l’idée que l’homme est le seul maître de la création et qu’il peut la
piller selon sa bonne volonté.
Le deuxième point, c’est le "Dieu réconciliateur" : il faut voir ici que
Dieu prend partie pour les plus défavorisés les opprimés, les marginalisés,
les humbles, toutes les victimes de la société humaine. Le chrétien doit
donc s’insurger contre la "fatalité" de l’injustice. Le troisième point,
"l’Esprit Saint", met l’accent sur la volonté de ne pas se résigner. Cet
esprit doit dissiper la peur qui paralyse aujourd’hui le genre humain. Le
quatrième point, c’est "l’Eglise", vue non plus comme une simple société
administrée, une institution, mais avant tout un lieu ou la foi peut s’exprimer et s’épanouir et arriver aussi à des réalisations pratiques.
La nécessité d’un renouveau
Si le SPS a chercher à être un "aiguillon" pour le protestantisme suisse, c’est que ce protestantisme apparaissait comme très morcelé, replié sur
la paroisse ou l’Eglise locale, dépassant rarement le niveau cantonal. Ainsi, les grandes questions de la vie actuelle n’étaient pas vraiment prises
au sérieux et débattues. Si le SPS se trouve sur la même longueur d’ondes
au niveau international que le Conseil Oecuménique des Eglises (COE), notamment au sujet d’une "Alliance pour la justice, la paix et la sauvegarde
de la création", il estime qu’il manquait auparavant un terrain national ou
discuter de ces questions. "On ne peut pas dire que l’assemblée de la
Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) soit une plateforme
assez large", estime le pasteur Biber, car "elle est faite de délégués de
délégués", d’autorités ecclésiastiques émanant en majorité des Eglises cantonales. Dans ses structures actuelles, elle n’est pas assez représentative
de tous les protestants suisses. Quant au Conseil de la FEPS, "il ne s’agit
que de 7 personnes, et un renouveau de l’Eglise ne peut en tout cas se
faire par seulement 7 personnes".
Le but du SPS était "de remuer d’une certaine façon la masse de l’Eglise", relève Charles Biber, "même si 200 délégués, ce n’est pas beaucoup".
Il s’agit encore pour le SPS de faire entendre également la voix des institutions et mouvements protestants, ainsi que d’associer d’une façon ou
d’une autre les communautés et les Eglises libres.
Ce sera d’ailleurs là l’une des cinq prises de position soumises aux
quelque 200 délégués du SPS (dont la moitié de femmes) lors de la session
de Berne. Les autres prises de position sont la mise sur pied de "conciles
régionaux" - "à la manière du SPS", mais à un niveau régional, et d’un
"Rassemblement Protestant Suisse". Ce serait une sorte de "Kirchentag" sur
le thème de l’"Alliance pour la paix, la justice et la sauvegarde de la
création", qui pourrait avoir lieu à Pentecôte 1990. Outre la volonté d’intensifier les échanges entre les diverses parties du pays, la dernière proposition soumise aux délégués du SPS demande que dans les Eglises et les
groupements protestants, femmes et hommes soient représentés à parts égales
dans les instances de décision.
Si le SPS ne représente pas tout le protestantisme suisse et s’il a
d’abord suscité la méfiance des autorités de l’Eglise, - danger d’une
"Eglise dans l’Eglise" - il semble qu’il soit maintenant mieux reçu, notamment par certains membres du Conseil de la FEPS. Mais c’est surtout à la
base que certaines prises de position controversées (en faveur des objecteurs de conscience, du tiers-monde, contre l’armement nucléaire ou la
destruction de l’environnement) ont été bien accueillies, relève Clairette
Karakash. "On s’est sentis soutenus un peu partout en Suisse par toute cette frange de chrétiens qui trouvaient heureux que l’Eglise ait enfin une
autre voix que les canaux officiels", une voix prophétique en quelque sorte. (apic/be)