Mgr Tepe: "Il faut examiner la possibilité d’ordonner des "viri probati"
Rome, 4octobre(APIC) Le Pères synodaux réunis à Rome jusqu’au 28 octobre
pour réfléchir sur "La formation des prêtres dans les circonstances actuelles" ont entendu mardi les premières interventions. Deux d’entre elles portaient sur le célibat des prêtres, une question que n’avait pas mentionnée
le cardinal Moreira Neves Lucas, rapporteur général, dans le discours précédant cette traditionnelle "phase d’écoute".
Mgr Sulyk, métropolite de Philadelphie des Ukrainiens, a prononcé un
long plaidoyer, invitant les Eglises d’Occident à venir en aide à leurs
soeurs de l’Est qui, à peine sorties d’une longue période de persécution,
tentent de réorganiser leurs séminaires. Il a suggéré aux Eglises d’Occident, dont les séminaires se vident, d’accueillir des candidats au sacerdoce des Eglises de l’Est, d’organiser une "banque" de formateurs qualifiés
disposés à se mettre au service de celles-ci, et de pourvoir les séminaires
en voie de réorganisation de manuels adaptés, la culture des prêtres ayant
reçu leur formation en dehors des séminaires clandestins devant être mise à
jour. Le métropolite ukrainien de Philadelphie voit là une "chance unique
de coopération" offerte par la Providence.
Mgr Valfredo Bernardo Tepe, évêque d’Ilhéus, au Brésil, a abordé le premier la question du célibat des prêtres. Dans un pays où la majorité des
prêtres se consacrent essentiellement à des tâches liturgiques au service
de communautés immenses, souvent au-delà de leurs possibilités humaines, il
a préconisé une restructuration pastorale. Les prêtres présents dans ces
communautés pourraient devenir des sortes de vicaires épiscopaux, a-t-il
suggéré, pour assumer davantage "un ministère de synthèse, de coordination
et d’animation".
Dans le même temps devraient se développer "une multitude de nouveaux
ministères" qui s’exerceraient dans le cadre de communautés à taille humaine, a relevé Mgr Tepe. "Il faudrait examiner sérieusement, sans crainte des
tabous, la nécessité et la possibilité d’ordonner comme ministres de l’Eucharistie des "viri probati" (hommes à la foi éprouvée, mariés ou non),
présents dans les communautés et se mettant à leur service". Le risque est
grand de voir des communautés privées de l’Eucharistie par manque de prêtres célibataires et devenir des sectes, a averti l’évêque en rappelant que
l’ordination d’hommes mariés se pratique dans l’Eglise de rite oriental
unie à Rome (uniate).
Le cardinal Joseph Louis Bernardin, archevêque de Chicago, a insisté sur
une présentation positive de la réalité du célibat, qui apparaît le plus
souvent comme "peu attrayant et difficile à respecter". Sinon, a-t-il affirmé, on assistera à une lente et continue dépréciation de cet état de
vie. Pour lui, les bases de compréhension du célibat comme don à l’Eglise
sont claires dans la tradition occidentale. Mais "l’intégration de cette
dimension positive du célibat dans la vie de l’Eglise exige une
personnalité dotée d’une psycho-sexualité bien intégrée, un engagement
libre et le renouvellement perpétuel de cet engagement".
Le cadinal José Freire Falcao, archevêque de Brasilia, a déporé
l’existence de séminaires incapables de former des prêtres "pleins d’ardeur
apostolique et capables de résister au mal qui règne dans le monde", la dimension mystique de la formation y étant absente. Le cardinal lie à ce phénomène une perte du sens du sacré et l’absence d’une formation philosophique solide, indispensable pour former la conscience critique des séminaristes et les rendre capables d’affronter les innombrables courants de pensée et idéologies de notre temps.
Le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon, a de son côté regretté que les enseignements conciliaires et pontificaux sur la femme ne soient
pas pris en compte dès qu’on parle de la formation des prêtres. Il souhaite
que des femmes "choisies avec discernement soient appelées en plus grand
nombre à y prendre part", que la possibilité leur soit donnée de mettre en
oeuvre "leur grâce de femme" dans un enseignement théologique "où apparaîtrait cette grâce d’être femme", ce qui contribuerait à une relation saine
entre hommes et femmes dans la vie quotidienne. (apic/jt/cip/cor)