Rome, 6octobre(APIC/CIP) Au synode des éveques, réuni à Rome pour
réfléchir à la vocation et à la mission des laics dans l’Eglise et dans le
monde, vingt intervenants ont pris la parole au cours de la séance plénière
de mardi matin.
Mgr Gabino Diaz Merchan, archeveque d’Oviedo (Espagne) a d’emblée
réclamé un dépassement des oppositions entre les différents membres de
l’Eglise, notamment entre laics et pretres. L’archeveque de Moncton au Canada lui a fait écho, Mgr Chiasson estimant que la grace du bapteme
précédait toute distinction de charge ou de ministère. ’’La dignité et le
role des laics n’ont plus à s’affirmer en opposition avec les ministres ordonnés. Dans cette perspective, a ajouté l’éveque canadien, on comprend que
les charismes des baptisés, les états de vie et les ministères ainsi que la
hiérarchie sont tous ordonnés au service de la mission du peuple des baptisés. Il n’y a pas de classe supérieure et inférieure mais les plus
grands, ce sont les simples et les saints.’’
Dans la foulée, le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation du Vatican pour la doctrine de la foi, a réaffirmé la primauté de ’’l’etre
chrétien’’ sur ’’la fonction dans l’Eglise’’. Il a évoqué la pensée de
Saint François de Salles, déclarant qu’il n’y avait pas de spiritualité
uniforme dans le christianisme.
Mgr Jean Vilnet, président de la Conférence épiscopale française, a souligné quant à lui les enjeux de la présence des laics dans le monde. Thème
repris amplement par un éveque mexicain, Mgr H. Gonzales, pour qui la participation à la vie politique est l’une des options qui doit animer de manière urgente les laics si l’Eglise veut contribuer a la ’’consécration’’
du monde. ’’Dans nos pays, a-t-il dit, l’ensemble de la situation historique et socio-politique a contribué à la déformation du laic catholique. Celui-ci se révèle ou bien extremement religieux, ou bien partisan et promoteur de courants et de groupes politiques qui vont à l’encontre des droits
de l’Eglise et de la personne humaine. ’’ Mgr Hernandez (Colombie) a également plaidé en ce sens, notant au passage les risques encourus dans certaines communautés de base.
Mgr Sarrat, archeveque de Conakry en Guinée, a de nouveau attiré
l’attention des pères synodaux sur la formation et meme sur la formation
permanente ’’pour tout chrétien qui se veut apotre et témoin’’. Trois
points ont retenu l’attention du préfet de la Congrégation du Vatican pour
les religieux et les instituts seculiers, le cardinal belge Jérome Hamer.
’’Aujourd’hui, a-t-il noté, on parle de nouvelles formes de vie consacrée
laique, notamment au sein de certains mouvements d’Eglise. La question
mérite la plus grande attention, ne fut-ce que pour comprendre en quoi ces
mouvements diffèrent des instituts seculiers.’’ Après avoir rappelé
l’attention constante de l’Eglise aux formes de vie consacrée propres aux
laics, le cardinal Hamer a insisté sur les tiers-ordres séculiers ainsi que
sur les associations de laics plus récentes, liées à des instituts de vie
consacrée. ’’Elles mettent en valeur, a-t-il dit, le laic dans l’Eglise et
témoignent de la complementarité des vocations et des missions des
fidèles.’’
Quant au cardinal Johannes Willebrands, président du Secrétariat du
Vatican pour l’unité des chrétiens, il a demandé que le débat du Synode
soit recentré. ’’La perspective n’est pas celle des droits et des devoirs,
mais il faut la situer dans le contexte d’une réflexion sur le Christ et
sur l’Eglise.’’ Le cardinal Frantisek Tomasek, archeveque de Prague en
Tchécoslovaquie, a déclaré que ’’pour l’apostolat, la formation
personnellee ne suffit pas ., il faut également du courage.’’ Et
d’enchainer : ’’le monde est marqué par la peur. Et c’est de cette
faiblesse humaine que se servent les dictatures pour ériger leur propre
pouvoir.’’
Enfin, le patriarche maronite d’Antioche, Mgr Nasrallah Sfeir, a évoqué
la figure historique du laicat oriental, notamment de certains responsables
civils qui recevaient le diaconat, sans oublier que les laics ont été
autrefois consultés pour l’élection des éveques. Le patriarche Sfeir a
également souligné que les hommes mariés et pères de familles devraient
toujours avoir accès au sacerdoce, si l’on en croit certains moments de la
tradition historique de l’Eglise. Par ailleurs, a noté le patriarche
d’Antioche, dans l’actualité comme par le passé, et compte tenu de
l’environnement islamique des chrétiens d’Orient, la collaboration active
entre le laicat et le clergé maronite manifeste une interaction constante
entre le temporel et le spirituel.
Le patriarche d’Antrioche a conclu son internention en insistant sur
’’le témoignage pour la foi et pour les valeurs évangeliques’’ que l’on
attend de tout baptisé, que ce soit dans la famille sur les plans social ou
politique, dans la défense des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, notamment de la liberté de conscience. ’’Quand la vie des
laics est à la hauteur de leur vocation chrétienne, a-t-il dit, leur
témoignage peut aller jusqu’au sacrifice supreme, de nos jours comme par le
passé.’’
Le patriarche maronite ne pouvait pas , en fin d’intervention, ne pas
faire allusion à la guerre du Liban qui , avec ses destructions, ’’fait
subir à la masse des fidèles les plus graves préjudices et met l’ensemble
des chrétiens d’Orient dans une situation qui suscite les plus graves inquiétudes’’. ’’Néanmoins, a ajouté Mgr Sfeir, le modèle de convivialité
entre christianisme et islam, modèle que représente le Liban, est une expérience singulière de civilisation, une nécessite pour notre temps et une
grande source de richesse spirituelle. C’est un champ idéal pour le
témoignage des laics et leur action dans le monde au service de la paix.’’
(apic/bdc/be)