Synode des éveques : 3ème congrégation générale (041087)
Rome, 4octobre(APIC/CIP) Les travaux du 7ème Synode des éveques se sont
poursuivis vendredi à 17h avec la 3ème congrégation générale, une session
qui a vu se prolonger les réactions au rapport présenté par le Père Saraiva
Martins sur les fruits du Synode de 1983 sur la réconciliation et la pénitence.
Secrétaire spécial de ce Synode, le P. Martins avait mis l’accent sur la
crise de la confession individuelle, soulignant que de nombreux facteurs,
notamment le sécularisation et l’hédonisme, avaient fait perdre le sens du
péché et défiguré certaines vérités du christianisme. Ces aspects négatifs,
selon lui, s’accompagnent souvent d’un certain manque de formation de certains pretres et catéchistes, du peu d’ardeur également des pretres à consacrer une partie de leur temps à la confession et de l’usage abusif des
absolutions collectives.
Les aspects positifs ne manquent pas, mais l’impression générale est
qu’il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine, une impression confirmée par les réactions spontanées de 27 éveques à ce rapport. Notons parmi eux le cardinal Friederich Wetter (RFA) et Mgr Roman Arrieta Villalobos
(Costa Rica), qui ont souligné que la confession individuelle est en baisse, meme parmi les pretres.
Intervention du rapporteur général
A 17h45, le Synode est entré dans le vif du sujet, avec le rapport du
cardinal Thiandoum, archeveque de Dakar (Sénégal). En sa qualité de rapporteur général du Synode, il a abordé le thème propre des discussions "vocation et mission des laics dans l’Eglise et dans le monde" -, dégageant les
idées-forces des réponses faites par les Conférences épiscopales au document de base ("lineamenta"), invitant ainsi les pères synodaux à entrer
dans le débat.
Cette vocation, a-t-il dit notamment, nous fait participer à la triple
mission du Christ : prophétique, sacerdotale et royale, une vocation qui
concerne tous les laics baptisés dans l’oeuvre de consécration et de transformation du monde. Le cardinal Thiandoum a évoqué ici plusieurs problèmes
que ce synode devra aborder : le caractère séculier de la vocation et de la
mission du laic ., les associations laiques et leurs relations avec les pasteurs de l’Eglise ., les ministères laics possibles a ce jour ., la vocation et la mission de la femme laique. Le cardinal Thiandoum n’est pas
entré dans le détail, laissant aux pères synodaux la tache d’approfondir
ces thèmes. Le pape a alors conclu l’assemblée en récitant l’angélus.
Intervention de 5 auditeurs laics
Samedi matin, cinq auditeurs laics ont pris la parole devant les 215
éveques de l’assemblée, pour parler notamment de la rencontre internationale organisée en mai dernier pour les laics à Rocca di Papa (Rome). Deux
hommes et trois femmes ont pris la parole : Vicente Espeche, ambassadeur
d’Argentine en Algérie ., mme Teresa Chooi (Malaisie) ., Jean-Loup d’Herse
(France), président exécutif du projet "Eurotunnel" entre la France et la
Grande-Bretagne ., mme Patricia Jones, du bureau de formation pastorale de
Liverpool (Grande-Bretagne) ., et mme Beleno Essana (Cameroun), expert à
l’Unesco.
Jean-Loup d’Herse a parlé du laic comme d’un contemplatif actif, sans
tension, a-t-il précisé, entre ces deux aspects, une personne qui doit
christianiser le monde par ses activités professionnelles et par toute une
série d’activités plus directes de compassion et d’évangélisation. La réunion de Rocca di Papa a selon lui rendu compte de la riche variété des mouvements qui fleurissent aujourd’hui dans le laicat, l’appartenance à des
mouvements ou communautés dans laquelle chacun est reconnu à part entière
et favorisé le développement d’une riche pléiade d’activités apostoliques
qui non seulement se renforcent mutuellement, mais sont ainsi particuliè
rement efficaces. La vocation du laic, a-t-il conclu, est la sainteté, sa
mission la christianisation du monde et l’évangélisation à travers toute sa
vie et ses actions.
L’intervention de mme Essana a porté sur le role de la femme. Un
témoignage personnel qui a précédé la description d’une trentaine de figures de femmes de notre société contemporaines. Elle a ensuite interpellé
toute l’Eglise, afin qu’elle promeuve une pastorale en faveur de la femme,
une interpellation adressee aux femmes elles-memes, a-t-elle dit, afin que
leur foi soit à l’exemple des femmes de l’Ecriture, et aux pasteurs et aux
pères synodaux, pour qu’ils livrent à l’Eglise un enseignement véridique et
courageux, réaffirmant la dignité de la femme et la noblesse de sa vocation
dans l’Eglise et dans le monde.
Intervention du cardinal Danneels
Ont suivi les interventions de sept pères synodaux, parmi lesquels le
cardinal Jaime Sin (Manille) ,le cardinal Danneels (Malines-Bruxelles), et
plusieurs éveques du tiers-monde. Mgr Danneels a invité le Synode à reconnaitre les charismes authentiques qui vivent chez tous les laics qui ont
reçu l’éminente dignité du baptisé, indiquant que la notion-clé pour traiter les problèmes qui surgissent est celle de communion. Il convient désormais de donner une certaine autorité à la mission spécifique du laic dans
le monde, a ajouté le cardinal Danneels, vu les problèmes gigantesques qui
se posent.
Pour ce qui regarde leur mission à l’intérieur de l’Eglise, les laics
réclament une plus large participation à la préparation des décisions pastorales, a indiqué l’archeveque de Malines-Bruxelles, surtout dans les matières qui se situent à la frontière Eglise-monde. Il faut aussi, a-t-il
ajouté, s’interroger sur le fonctionnement des organes consultatifs qui
existent actuellement. Une plus grande participation des laics appelle chez
eux une formation technique, théologique et théologale plus solide. Pour
exercer leurs responsabilités spécifiques dans l’Eglise, les femmes doivent
d’abord occuper la place qui leur revient dans la gestion du diocèse : on
ne peut, a dit le cardinal Danneels, perdre de vue le role irremplaçable
des religieuses dans l’Eglise.
La question d’une spiritualité des laics reste d’actualité, at-il dit
encore, de meme qu’une clarification des rapports entre l’action catholique
classique et les mouvements plus récents, les deux modèles étant en fait
complémentaires.
Mgr Gilbert Aubry, éveque de la Réunion et représentant de la Conférence
épiscopale de l’Océan Indien, a mis l’accent sur la complementarité du role
respectif des pasteurs et des laics dans une Eglise présente au monde. Il
n’y a pas l’Eglise d’un coté et le monde de l’autre, a-t-il souligné : là
ou ils sont, en communion avec leurs pasteurs, les laics sont présents au
monde. "Nous pasteurs, à leur écoute et à leur service, nous n’en sommes
que davantage aidés dans notre triple mission d’enseignement, de sanctification et d’administration", a ajouté Mgr Aubry.
Un Valaisan a la parole
Mgr Aubry a plaidé aussi pour un renouveau des paroisses, afin de permettre à tous les groupes de "faire communauté" : aucun baptisé ne peut se
passer de la communauté structurée. De son coté, Mgr Gabriel Balet, capucin
d’origine valaisanne (de Grimisuat), éveque de Moundou et délégué de la
Conférence épiscopale du Tchad, a souligné que les communautés chrétiennes
ne pouvaient exister et croitre sans une prise en charge par les laics de
la pastorale et des projets de développement, d’ou, a-t-il dit, la nécessité de multiplier les centres de formation, de mettre l’accent sur la formation du couple. L’éveque a rappelé que la guerre civile a sévi dans les
régions ou se trouvent les 90 o/o des chrétiens du Tchad, de janvier 1979 à
décembre 1986 ., en 1984-85 s’est ajoutée la sécheresse. Grace à la foi active des laics, surtout dans les zones interdites aux étrangers, la plupart
des communautés chrétiennes ont grandi en nombre et en approfondissement
spirituel, ce qui a permis aux laics de prendre conscience qu’ils n’étaient
plus responsables devant des pretres et des religieuses étrangers pour la
plupart -, mais bien devant leur propre communauté : "heureuse décléricalisation".
Mais les situations nouvelles - développement de populations, croissance
des villes, misère économique et morale découlant de la guerre et de la famine, détérioration de l’enseignement - ont fait aussi apparaitre des déficiences dans la formation et l’engagement des laics. Mgr Balet juge prioritaires la reprise de la formation des responsables et l’aide financière
pour des études supérieures, un renouveau de la catéchèse, afin de faire
prendre conscience des relations entre Evangile et vie et des implications
sociales de la conversion à Jésus-Christ, et une meilleure structuration
des mouvements et multiples groupes spontanés.
Mais reste pour les pasteurs du Tchad cette question angoissante, à encore indiqué Mgr Balet : comment tenir les promesses que fait l’Eglise
d’assurer les moyens de salut lorsqu’elle accepte les catéchumènes au bapteme, puisque la plupart des communautés ne peuvent célébrer l’eucharistie
et la réconciliation qu’une ou deux fois par an.
Sont egalement intervenus au cours de cette troisième congrégation
générale Mgr Giuseppe Giacomo Beltritti, patriarche latin de Jérusalem .,
Mgr Simon Ignatius Pimenta, archeveque de Bombay (Inde) ., Mgr Maxim Herma
niuk, archeveque métropolite de Winnipeg des Ukrainiens. (apic/bdc/be)