Syndicalistes d’Europe de l’Est à l’Université de Fribourg (110391)
Voir de près le fonctionnement de l’économie sociale de marché
Bâle, 11mars(APIC) Alors que les économies collectivistes se sont effondrées, les sociétés d’Europe de l’Est sont à la recherche de nouveaux modèles socio-économiques. Consciente de l’ampleur de la tâche de reconstruction de ces économies ruinées mais aussi des risques du libéralisme sauvage, la Confédération des Syndicats Chrétiens de Suisse (CSC) a invité du 10
avril au 8 mai prochains une trentaine de syndicalistes d’Europe de l’Est à
la découverte de l’économie sociale de marché. La Confédération suisse soutient financièrement ce stage de formation, dont la partie théorique se déroulera à l’Université de Fribourg et la partie pratique dans des entreprises et institutions du Valais.
La trentaine de responsables syndicaux, en provenance de Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne et Roumanie, pourront ainsi voir de près le fonctionnement des structures et des institutions dans un pays démocratique. La CSC
a présenté cette offre d’"apprentissage" originale lundi 11 mars à Bâle au
cours d’une conférence de presse dans le cadre de la MUBA.
Ne pas ériger un "nouveau Mur de Berlin"
Président de la CSC, Hugo Fasel a souligné la nécessité pour les sociétés est-européennes de trouver de nouvelles valeurs et de nouveaux repères
après l’effondrement du système communiste. Mais l’expérience de la RDA et
de la Pologne notamment montrent que l’euphorie de la liberté retrouvée
passée, d’autres problèmes surgissent : chômage, précarité de l’emploi et
démantèlement de certaines prestations sociales. Face à ces défis, il faut
que les travailleurs puissent s’organiser de façon à éviter le libéralisme
sauvage conduisant à l’exploitation et à la misère, dans le but de construire une économie sociale de marché soucieuse de l’environnement.
Pour reconstruire leur économie dévastée, les pays de l’Est ont besoin
de solidarité mais aussi d’investissements créateurs d’emplois, pour éviter
que les différences de niveau de vie n’attirent en masse les réfugiés économiques de l’Est. Au nom de la CSC, Hugo Fasel a vivement condamné l’intention de certains de faire intervenir l’armée pour protéger nos frontières des immigrants illégaux, car ce n’est pas en érigeant de "nouveaux Murs
de Berlin pour protéger nos richesses" que l’on va résoudre ce problème.
Pas une démarche paternaliste
La démarche de la CSC ne se veut ni paternaliste ni donneuse de leçons :
"Nous ne voulons ni imposer des modèles ni donner des recettes, mais échanger des expériences avec nos collègues de l’Est", a précisé à cette occasion Bruno Köstinger, secrétaire central de la CSC et responsable du projet. Cela correspond à une demande récurrente des partenaires d’Europe de
l’Est, confrontés à l’effondrement du système communiste et à la montée des
tensions sociales. René Felber, chef du Département fédéral des Affaires
étrangères (DFAE), de retour de sa visite officielle en Hongrie en août
dernier, avait également fait part à la CSC des demandes dans ce sens du
Premier ministre hongrois Jozsef Antall.
Ce stage de formation se déroule d’ailleurs sous les auspices du DFAE et
la Confédération prend en charge 150’000 francs (le Fonds de solidarité de
la CSC assure de son côté 50’000 francs) sur les 200’000 francs budgetés.
Comme l’a rappelé Markus Antonietti, chef-adjoint du service de presse et
d’informatin du DFAE, cette aide est octroyée dans le cadre du crédit cadre
de 250 millions de francs en faveur de l’Europe de l’Est voté par les Chambres fédérales le printemps dernier.
La théorie à Fribourg, la pratique en Valais
Du 15 au 23 avril, les syndicalistes de l’Est participeront à l’Université de Fribourg à un programme mis sur pied par le professeur Joseph Deiss
et ayant pout thème "L’économie suisse dans son contexte libéral, démocratique, fédéraliste et social", avant de participer du 24 au 27 avril au
Colloque international sur les 100 ans de l’encyclique sociale "Rerum Novarum" du pape Léon XIII, un document qui a sans aucun doute constitué une
étape marquante de la pensée sociale chrétienne.
Du 29 avril au 8 mai, les stagiaires visiteront diverses entreprises et
institutions en Valais, comme l’Ecole suisse du tourisme à Sierre, l’Ecole
d’agriculture de Châteauneuf, Alusuisse, le Journal de Sierre, etc. Les
cours seront donnés en français, mais une nouvelle édition en langue
allemande est prévue en 1992 si la Confédération accorde à nouveau son
soutien financier. (apic/be)