Rome, 17octobre(APIC/CIP) Le troisième et dernier rapport proposé aux
participants du symposium des évêques d’Europe qui se tient à Rome a été
consacré lundi 16 octobre aux "Attitudes contemporaines devant la mort: un
défi pour l’évangélisation" Au cours de son exposé, le professeur Domenico
Casera, directeur du Camilianum, un institut théologico-pastoral romain
spécialisé dans les questions touchant le domaine de la santé, a d’abord
décrit l’événement de la mort tel qu’il est ressenti aujourd’hui, où celleci apparaît surtout comme "un tabou".
Le professeur Casera a relevé à cette occasion la tentative "inconsciente et presque ingénue" d’adoucir la mort, une façon d’écarter, a-t-il dit,
"le trouble moral" qu’elle provoque. Selon lui, les funérailles sont un
passage "obligé" plutôt qu’une occasion de célébrer. L’orateur a fait état
d’enquêtes récentes qui font apparaître que, dans le nord de l’Europe, seulement 43% des gens croient à la survie (pour 45% dans l’Europe latine).
Par ailleurs, l’attention de la médecine se porte quasi inévitablement, en
fait d’expérience, sur les malades curables, les interventions se faisant
plus rares dès que semble dépassé le "seuil de récupérabilité".
La tendance actuelle en médecine fait que les malades et les mourants en
phase terminale ne sont plus "gérés" directement par la famille, mais "confiés" à des structures publiques, sans doute nécessaires, mais "impersonnelles et froides". Le professeur Casera a observé aussi que "la menace de
la mort est généralement niée par les soignants et par l’entourage du malade", si bien que les relations cessent d’être authentiques "précisément au
moment où s’imposent la transparence et la sincérité". La mort violente
(guerre, accident, calamité naturelle...), enfin, suscite des questions
sur le "silence" de Dieu, jusqu’à mettre en doute son existence.
Suggestions à l’Eglise
Dans la seconde partie de son discours, le professeur Casera a présenté
des éléments de réflexion et des suggestions concrètes. Il a plaidé pour
une vulgarisation de la théologie, souhaitant qu’elle renonce à un discours
technique, afin d’être plus accessible et efficace. Il s’est en outre dmandé si le fait que l’Evangile n’est plus reçu comme Bonne Nouvelle ne serait
pas dû également à "une présentation inadéquate, due à une accentuation de
la condamnation plutôt que de l’espérance". Il y a pourtant, a-t-il observé, une disponibilité à "réfléchir sur le sens de la vie confrontée à
l’événement de la mort" - une disponibilité qui "émerge à nouveau dans les
pays mêmes de la négation de Dieu et du refus du sacré", - mais les pasteurs se révèlent "un peu embarrassés et maladroits" en face du mourant.
Le professeur Casera a ici longuement insisté sur l’apport singulier que
peut offrir la psychologie. Celle-ci "invite à penser toute mort en termes
personnels et même concrets" et à ne pas en faire "un objet d’éloignement
et de négation"; à adopter une attitude positive face à celui qui s’apprête
à vivre l’expérience de la mort, une attitude de présence, de prévenance et
d’aide; à éviter le "silence relationnel", qui signifie au malade qu’il met
son entourage dans l’embarras - les visites se réduisent à une pure formalité; à accepter, sans les contredire, les états d’âme du patient, même si
ses expériences sont "erronées et incohérentes". Quand le rapport interrelationnel est bon, a ajouté Domenico Casera, l’appel religieux est opportun
et bénéfique, avec les propositions et les secours dont il se fait porteur". Il est sans doute difficile de proposer le sacrement à un malade qui
ne l’a pas envisagé depuis longtemps, mais, pour l’orateur, l’expérience
enseigne que "la maladie et la perspective de la mort sont une occasion opportune pour faire des considérations éthico-religieuses, et même pour aborder la question de Dieu".
Selon le professeur Casera, c’est toute la communauté chrétienne, prêtres et laïcs, qui est impliquée. "C’est d’autant plus nécessaire, a-t-il
dit, que, comme certains le souhaitent vivement, un mouvement s’amorce qui
tend à rendre les malades en phase terminale à leur famille ou à créer des
lieux d’hosptialité". (apic/jt/pr)