Sur l’avis du Vatican, un institut théologique de Rome (230289)
Rome, 23février(APIC/CIP) "Des théologiens censurés... Veto du
Vatican..." C’est en ces termes que la presse italienne vient de rapporter
que les actes d’un Congrès de bioéthique, organisé à Rome l’an dernier par
un Institut de théologie, ne paraîtront pas.
L’Institut en question est l’Académie St-Alphonse, qui avait mis sur
pied, du 5 au 8 avril 1988, un Congrès international de bioéthique, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Saint Alphonse de Liguori, le fondateur des religieux rédemptoristes.
"En fait, explique-t-on à l’Academia Alfonsiana, il n’est pas exact que
le Vatican ait émis d’autorité un quelconque veto. Ce qui s’est passé,
c’est que le Vatican, plusieurs semaines après la tenue du Congrès, a
demandé une copie des textes des interventions des différents orateurs.
Cette demande émanait de la Congrégation romaine pour l’Education
Catholique. Mais peut-être venait-elle de plus haut ? Certains ont supposé,
par exemple, un soupçon de la part de la Congrégation du Vatican pour la
Doctrine de la Foi. Mais ce n’est qu’une supposition..."
Comme l’Académie des Rédemptoristes était désireuse de publier les actes
du Congrès, elle a pris la décision et la précaution de demander l’avis du
Vatican sur l’opportunité d’une telle publication. La réponse est venue
après plusieurs mois : le Vatican a jugé qu’une telle publication serait
"inopportune". "Il ne s’agit donc pas d’un interdit, précise-t-on à l’Academia Alfonsiana. Il s’agit d’un avis administratif, qui n’implique, de la
part du Vatican, aucun jugement sur l’auteur de telle ou telle intervention, ou sur le Congrès lui-même. (...) Chaque intervenant reste libre de
faire paraître le texte de son exposé dans une publication de son choix."
Des questions brûlantes
Le Congrès organisé l’an dernier par l’Académie St-Alphonse avait été
voulu pour permettre à des scientifiques et à des théologiens de confronter
leurs points de vue sur différents aspects relevant de la morale conjugale,
familiale, médicale. Un des intervenants n’était autre que le rédemptoriste
allemand Bernard Häring, un des grands noms de la théologie morale catholique, et par ailleurs signataire, de la "Déclaration de Cologne".
Le quotidien turinois "La Stampa" a fait écho aux propos tenus par le
Père Häring lors du Congrès organisé par l’Académie St-Alphonse. Il s’y est
refusé notamment à se poser en distributeur de normes. "Lorsqu’un
théologien édicte des règles, il doit savoir que ses propos seront stériles
ou stérilisants pour ceux qui s’y rangeront, tandis qu’il s’aliénera la
majorité des hommes modernes".
S’affirmant soucieux de s’en tenir aux perspectives du Concile Vatican
II, le Père Häring avait également précisé que le théologien moraliste doit
apprendre aux chrétiens à pratiquer le discernement "entre l’amour sincère
et la fécondité" d’une part, et "entre le légalisme stérile et un manque
d’amour flagrant" d’autre part. Le religieux allemand avait également
invité ses collèges à s’interroger sur "la crise provoquée par ceux qui ont
eu des enfants, qui ont transmis la vie, mais pas l’amour ni la sagesse" :
"ils n’ont pas su vivre leur fécondité de manière vraiment humaine". Une
allusion évidente au rôle d’un certain discours en faveur de la fécondité,
alors que, selon Bernard Häring, "la doctrine conciliaire ne donne aucune
recette en matière de procréation responsable". (apic/cip/jt/bd)