"Les civils palestiniens sont menacés, ils ont besoin de protection"
Fribourg, 14décembre(APIC) "Les civils palestiniens dans les territoires
occupés sont menacés, ils ont besoin de protection," lance Mme Sumaya Farhat-Naser, docteur en biologie et professeur de l’Université de Bir-Zeit, à
28 km au nord de Jérusalem. Les larmes aux yeux, la voix brisée par l’émotion, cette Palestinienne chrétienne raconte comment les soldats israéliens
ont tiré sur son fils Anis, âgé de 15 ans : rentrant de l’école, il descendait du bus avec son cartable sous le bras. Gravement blessé à la cuisse
par de la munition de guerre, il risque la paralysie.
Encore sous le choc, car elle vient d’apprendre la nouvelle à son arrivée en Suisse pour une tournée d’information, Sumaya Naser affirme ne pas
comprendre. Dans un allemand parfait - elle a étudié à Hambourg - elle témoigne : "Mon fils savait, parce que nous avons de nombreux amis israéliens, qu’ils ne sont pas tous mauvais... mais comment le lui expliquer
maintenant ?" Elle n’a pas encore pu lui parler. En effet, dans le cadre de
la politique de punitions collectives, l’armée israélienne a coupé les lignes téléphoniques à Bir-Zeit, et l’on ne peut qu’atteindre Jérusalem.
Déposé inconscient devant l’hôpital
Anis, raconte-t-elle, baignant dans son sang, a été amené par les soldats qui l’ont battu lors d’un interrogatoire qui a duré trois heures :
"Que font tes parents, quelles sont leurs opinions politiques, leurs activités, leurs amis..." Quand il est devenu inconscient, ils l’ont chargé sur
une jeep et ils l’ont déposé sans ménagements devant l’hôpital de Ramallah.
"C’est arrivé à mon fils, et comme mère c’est difficile à imaginer, mais
finalement il n’y aucune raison que nous ne soyons pas personnellement touchés, alors qu’un millier de Palestiniens ont déjà été tués depuis le début
de l’intifada, des dizaines de milliers blessés par balles, des jeunes paralysés à vie par centaines..."
C’est notre réalité quotidienne, souligne-t-elle, aucune famille n’est
épargnée : en trois ans, l’armée israélienne a mis 45’000 personnes en prison, 17’000 sont encore internés, dont 4’500 en détention administrative,
sans jugement... "Malgré cela, la population est très déterminée, elle
n’acceptera jamais l’occupation... Chez les jeunes Palestiniens, il n’y a
pas de suicides, ils savent pourquoi ils se battent, tandis que beaucoup de
jeunes Israéliens vivent un terrible conflit intérieur, partagés qu’ils
sont entre une certaine éducation libérale et la répression contre les Palestiniens. L’occupation détruit aussi moralement la société israélienne".
Où se cache le camp de la paix israélien depuis la crise du Golfe ?
Docteur honoris causa de la Faculté de théologie de Münster, récompensée
pour son travail en faveur de la paix et de la compréhension entre les peuples, cette Palestinienne chrétienne - née grecque-orthodoxe, elle a été
éduquée dans l’Eglise évangélique-luthérienne - compte de nombreux amis israéliens, surtout depuis le début de l’intifada. Elle déplore cependant la
rapidité avec laquelle le "camp de la paix" israélien se rallie, en temps
de crise, à la politique officielle de l’Etat hébreu . Dès que la population de Cisjordanie, "par frustration, parce que les USA soutiennent constamment Israël contre les droits des Palestiniens", est descendue dans la
rue pour protester contre l’envoi de troupes américaines dans le Golfe et
soutenir Saddam Hussein, les "colombes" israéliennes se sont rangées derrière leur gouvernement.
Cette solidarité avec Saddam Hussein est d’abord, affirme Sumaya Naser,
une protestation contre la "double morale" occidentale qui veut faire appliquer par tous les moyens les résolutions de l’ONU contre l’Irak, mais
est moins pressée face à l’occupation israélienne des territoires palestiniens, à l’occupation israélo-syrienne du Liban, turque à Chypre, etc.
"Quand il s’agit du droit des Palestiniens, lance-t-elle, les USA usent
toujours du droit de veto au Conseil de sécurité". Pour elle, la position
de l’OLP est claire: retrait des Irakiens du Koweit, mais également droits
civils garantis aux 350’000 Palestiniens qui y travaillent. Ils y sont "exploités sans vergogne, traités comme des citoyens de deuxième voire de
troisième classe!". A la Conférence du Caire, en août dernier, "l’OLP a cependant fait une erreur en attendant 12 jours avant de faire connaître publiquement sa position". Mais la frustration est tellement grande chez les
Palestiniens à l’égard des émirs du pétrole "qui gaspillent leur argent et
se comportent de façon inhumaine à l’égard de leurs populations".
Emigration soviétique : danger
Chaque nuit, relève le professeur de Bir-Zeit (dont l’Université est
toujours fermée par les militaires depuis 1987!) un millier d’émigrants soviétiques débarquent à Lod, et cela représente un très grand danger pour
les Palestiniens : il faut bien les loger quelque part, et dans les territoires occupés, les logements pour les juifs sont fortement subventionnés.
A part les confiscations de terres, la menace pour l’emploi est très concrète : les juifs soviétiques vont remplacer les Palestiniens interdits de
travail en Israël et à Jérusalem. En effet, tous les "suspects" de l’intifada reçoivent désormais une carte d’identité verte qui les empêche d’entrer en Israël. Depuis deux semaines, 10’000 "cartes vertes" ont été distribuées, ce qui signifie que des milliers de familles viennent de perdre
leurs revenus. "Nous sommes de plus en plus étranglés, conclut Sumaya Naser, la communauté internationale ne doit pas nous oublier!". (apic/be)