Suisse : sida et éthique, un défi (060489)
Berne, 6avril(APIC) Le sida interpelle l’individu, la famille, les écoles
et les Eglises à réfléchir sur des normes éthiques à établir. La tâche des
autorités publiques consiste en premier lieu à informer et à prévenir.
C’est pourquoi la Commission fédérale pour les problèmes liés au sida et
l’Office fédéral de la santé publique ont publié le mercredi 5 avril à
Berne un rapport dans lequel l’opinion des éthiciens et les points de vue
de l’Eglise ont été pris en considération. Le théologien moraliste Alberto
Bondolfi a déclaré à l’agence APIC qu’il mettait en garde contre une
fixation exagérée sur des questions d’éthique sexuelle et a indiqué que les
défis éthiques sont encore à venir.
Le rapport approfondi sur "Le SIDA en Suisse" informe en 14 chapitres
sur les efforts de prévention et leur effets sur la population ainsi que
sur les aspect médicaux, sociaux, économiques, juridiques, etc. Un chapitre
est également consacré aux aspects éthiques qui ont été soulevés dès la
campagne "Stop-Sida" de 1987.
La liberté sexuelle "réelle ou prétendue", conquise depuis peu, est
maintenant en péril : "Au lieu de donner et de recevoir vie et plaisir au
travers de la sexualité, on peut transmettre un germe mortel", déclare le
rapport. Il y a avec le sida, pour les auteurs du rapport, mise en question
de la valeur de fidélité : ne s’enracine-t-elle que dans la peur du sida.
Cette fidélité deviendrait alors caduque dès que le péril serait conjuré
par la découverte d’une thérapie ou d’un vaccin. Au vu de ces interrogations l’individu doit trouver sa propre attitude, s’il est bien informé par
les autorités publiques. "L’un optera pour la continence, l’autre pour la
fidélité dans la monogamie et le troisième pour le préservatif". C’est
d’ailleurs moins, pour les auteurs du rapport, ce que l’on choisit qui importe que la prise de conscience d’une responsabilité envers soi-même et
les autres, eu égard à la propagation de l’infection.
Pas de punition divine
Le sida ne se borne pas à soulever des questions relatives à la morale
sexuelle et à la responsabilité personnelle et sociale; tôt ou tard, il y
va de la solidarité avec des malades, des personnes séropositives, constate
le rapport. En effet, la charge qu’implique la tolérance et la solidarité
deviendra plus lourde à porter au cours des années prochaines car le nombre
des malades ne cesse d’augmenter - les pronostics actuels sont de 13.000 à
15.000 cas pour les années 1995.
Certains voient dans le sida une punition divine de la débauche, déplore
le rapport. Il rappelle que le Nouveau Testament rejette toutefois l’idée
selon laquelle Dieu punit les hommes par le biais de maladies. Par ailleurs, certains "innocents" sont touchés par la maladie. La mère déjà infectée risque de contaminer l’enfant qu’elle porte en son sein et un
hémophile peut contrater la maladie par une tranfusion du sang. Cette constation ne permet donc plus d’avancer l’hypothèse d’une punition divine.
Alberto Bondolfi, collaborateur scientifique et chargé de cours à
l’Institut d’Ethique sociale de l’Université de Zurich et membre de
"Justice et Paix", considère que l’Office fédéral de la santé s’est donné
"la peine de prêter l’oreille aux opinions des éthiciens". Mais il a
également déclaré qu’il ne fallait pas que les problèmes d’éthique sexuelle
soulevés par le sida nous aveugle. "Nous rencontrerons à l’avenir des
situations encore plus tragiques. Les défis éthiques sont pour nous encore
à venir!", a-t-il affirmé. (apic/fg/gbr/d/bd)