Campagne lancée contre les dangers de l’argent emprunté facilement
Lucerne, 15octobre(APIC) Une dizaine d’organisations caritatives viennent
de lancer en Suisse romande une campagne de prévention contre le petit crédit. Selon un sondage effectué auprès des Centres sociaux protestants
(CSP), des Caritas romandes et de la Fédération romande des consommatrices
(FRC), "le nombre des personnes endettées au petit crédit augmente en flèche". De plus en plus, déplorent ces organisations, "des débiteurs désespérés ont recours à l’assistance sociale. Cette campagne se veut un cri
d’alarme pour prévenir les conséquences néfastes du petit crédit et une mise en garde contre les dangers de l’argent emprunté facilement".
En Suisse romande, près de la moitié des dossiers financiers traités par
les oeuvres d’entraide privées concernent des cas de surendettement. C’est
pourquoi ces organisations ont donné le coup d’envoi à une campagne d’information qui couvrira toute la Romandie. Le slogan: "Petit crédit, réfléchissez avant!". Le but: rappeler que la médaille a son revers. Le coût de
cette campagne: 150’000 francs. "Une paille si l’on songe aux millions dépensés par les banques pour vanter les avantages du crédit à la consommation", relèvent les initiateurs de cette campagne.
L’Association suisse des banques de crédit et établissements financiers
(ASBCEF) indique dans son rapport annuel que le nombre de petits crédits
ouverts à fin 1990 se chiffrait à 553’000 (+2,8% par rapport à fin 1989).
Et ce pour un montant total de 7,6 milliards de francs (+7,7%).
Les Associations caritatives relèvent dans ce processus une chose inquiétante: "Le fait est qu’en Suisse un ménage sur quatre est endetté. D’où
la campagne de prévention inaugurée lundi par une série de conférences de
presse, qui se sont tenues simultanément à Genève, Lausanne, Fribourg, Neuchâtel et Moutier. Cette campagne durera deux mois.
Les victimes de l’endettement
Mais qui s’endette? Les jeunes souvent. Une enquête, menée il y a quelques années déjà, signale que plus de 80% des petits débiteurs pris en
charge par les services de désendettement de Caritas ont entre 20 et 44
ans. Autres constatations: sur dix emprunteurs en difficulté, neuf sont des
salariés (ouvriers et employés) et huit gagnent moins de 3’000 francs par
mois.
Pourquoi s’endettent-ils? La plupart du temps pour se payer une voiture,
des meubles et d’autres biens de consommation. Question de prestige social
pour les uns, de simple commodité pour les autres. "Difficile en effet,
commentent les oeuvres caritatives, de se résigner à vivre dans l’indigence
à l’ombre d’une société d’abondance. Pourquoi se priver alors qu’on peut
tout avoir tout de suite? Acheter aujourd’hui et payer demain, c’est si facile avec le petit crédit".
Lydia Saxer, présidente de l’ASBCEF et membre de la direction de la banque Procrédit a fait un commentaire sur cette situation: "Derrière la critique du crédit à la consommation, se cache la critique des tendances hédonistes de la société de bien-être et de la dynamique propre à l’économie
contemporaine".
"Il suffit de peu pour basculer dans la détresse"
Les oeuvres caritatives répondent: "Certes, il y a une part de vérité
dans cette dernière constatation. Mais n’oublions pas que de plus en plus
de gens empruntent par nécessité, parce qu’ils n’arrivent plus à joindre
les deux bouts". De récentes études, effectuées dans divers cantons (Neuchâtel et Valais notamment), ont révélé qu’une personne sur six vit dans la
pauvreté ou sur son seuil. Outre les rentiers, les plus touchés sont les
jeunes couples avec bébé, les femmes qui élèvent seules leurs enfants, les
hommes séparés ou divorcés. Il suffit de peu, d’un accident, d’une maladie,
d’un licenciement, ou d’une hausse soudaine de loyer et des primes d’assurances pour que leur situation précaire bascule dans la détresse. "Ces personnes défavorisées sont des victimes toutes désignées pour tomber dans le
piège du crédit à la consommation", commentent les oeuvres caritatives.
Selon l’ASBCEF, seuls 5% des emprunteurs - moins de 30’000 individus ou
familles - éprouveraient des difficultés de remboursement. Ce qui tendrait
à prouver que les effets néfastes du petit crédit sont somme toute relativement restreints. Ce à quoi rétorquent les oeuvres d’entraide: "C’est oublier tous ceux qui préfèrent retarder le paiement des impôts ou des cotisations d’assurance, voire sauter un loyer ou deux plutôt que d’être mis en
poursuite par leur banque."
Engrenage fatal
Encore un chiffre significatif extrait du rapport annuel de l’ASBCEF :
22 % des emprunteurs n’en sont pas à leur premier crédit. Autrement dit,
ils ont mis le doigt dans un engrenage fatal, l’endettement en chaîne, dont
le principe consiste à contracter de nouvelles dettes pour payer les anciennes. Cette spirale a tôt fait d’entraîner le débiteur dans une impasse
financière et dans la pauvreté.
Bien sûr, concluent les oeuvres caritatives, il incombe à chacun de
s’informer, de comparer les taux d’intérêt (qui oscillent entre 11 et 17%),
de calculer les mensualités de remboursement et de prendre la bonne décision. Mais on ne peut tabler uniquement sur la responsabilité de l’emprunteur. Il s’agit en l’occurence de protéger une minorité socialement défavorisée.
Si pour l’heure, l’emprunteur ne bénéficie d’aucune protection au niveau
fédéral, au plan cantonal par contre, les initiatives en vue de limiter les
excès du petit crédit abondent. Certains cantons comme Genève, disposent
d’une législation assez complète en la matière. Reste à remédier aux carences de la Confédération. L’Office fédéral de la justice planche en ce moment sur un projet de loi. Il devrait remettre sa copie au plus tard l’an
prochain. Voilà pourquoi la campagne lancée en Suisse romande répète avec
insistance. "En attendant, avant de vous endettez, réféchissez!". (apicspc/ba)