Des réactions mitigées
Fribourg, 20 février(APIC) "Jo", la désormais incontournable bande dessinée branchée distribuée aux écoliers et étudiants dans le but d’informer
les jeunes sur les risques du sida et de développer la prévention, suscite
des réactions mitigées. Dans trois écoles catholiques romandes qui ont
distribué la BD - l’école catholique du Valentin à Lausanne, le collège de
St-Maurice et le collège Champittet à Pully -, les positions se rejoignent.
Il faut oser proposer un idéal aux jeunes et ne pas simplement accepter la
réalité telle qu’elle est.
"Derib nous présente une image nauséabonde de la famille", déplore JeanDaniel Nordmann, directeur de l’école catholique du Valentin. "Il faut savoir qu’il est une tentation constante de la pédagogie de s’arrêter à ce
que j’appellerais le réel statistique". On décrit la dureté des faits,
l’expérience souvent amère des vécus "et au nom du réalisme pragmatique, on
veille jalousement à ne pas faire décoller l’acte éducatif de ce phénomène
baptisé réalité".
Le chanoine Martin, recteur du collège de l’Abbaye de St-Maurice, préconise quant à lui une pédagogie positive. "Les héros de ’Jo’ dans leurs
faiblesses, leurs épreuves, leurs révoltes, montrent cependant qu’ils ont
du coeur: ils sont capables d’amitié, d’entraide, ils cherchent à découvrir
les valeurs essentielles; ils ont un besoin profond d’humanité qui demande
à être orienté". Pour lui, "une pédagogie franchement positive, le témoignage d’un idéal de vie, l’exemple d’un milieu vrai, ouvert, équilibré doivent impérativement être les antidotes du sombre gâchis suggéré par les
images."
Une aspect a-moral
"L’aspect a-moral plutôt qu’immoral transparaît surtout dans la partie
technique faisant suite à l’histoire. On y définit l’hétérosexualité, la
bisexualité et l’homosexualité comme autant de formes possibles de sexualité, sans autre forme de commentaire", souligne Jean-Daniel Nordmann.
"N’y a-t-il pas là pour le jeune une incitation à la luxure pourvu que
toutes les précautions soient prises ?", se demande également le chanoine
Martin.
Au-delà d’un comportement seulement "hygiénique"
"Je pense qu’il manque la dimension morale de l’amour. Devant cette maladie, je dois dire que ce n’est pas seulement le corps qui est atteint,
mais bien l’amour qui est mortellement frappé", lance de son côté François
Lamon, aumônier du collège de Champittet. "Toute société court à sa perte
si les relations humaines sont vécues seulement à travers des rencontres
éphémères, narcissiques, où l’on sépare la sexualité de l’amour", reprend
le chanoine Martin. Dans ’Jo’, "on nous dit partout qu’il faut changer de
comportement. Mais il ne s’agit là que d’incitations à la méfiance et à la
préservation. En régime chrétien, précise le directeur du Valentin, le
changement de comportement s’appelle conversion".
Un langage prophétique
Le chanoine Lamon explique: "Devant un tel fléau, on est forcé de
revenir à ces deux questions: quel est le sens de ma vie, qu’est-ce que
l’amour? Le Christ expert en humanité, qui est le Chemin, la Vérité et la
Vie, peut nous éclairer". "Nos jeunes attendent de l’Eglise un langage
prophétique et non un simple alignement plastique sur l’opinion
majoritaire", affirme en conclusion Jean-Daniel Nordmann. (apic/mcf/mp)