"Comme si le dialogue entre juifs et chrétiens n’existait pas"
Le missel circule aujourd’hui en Suisse: lettre de l’UGCI à Mgr Grab
Fribourg, 29mai(APIC) La prière du Vendredi Saint "pour les juifs perfides" afin qu’ils soient "arrachés à leurs ténèbres", qui avait disparu des
missels catholiques après le Concile Vatican II reparaît dans le Missel
quotidien complet que les bénédictins traditionalistes du Barroux (France)
ont publié à la fin de l’année 1990. Le plus étonnant, c’est que cette édition porte l’imprimatur du Vatican. Ce missel, qui circule aujourd’hui en
Suisse, provoque des réactions d’indignation. Une lettre a même été
adressée lundi à Mgr Grab, évêque auxiliaire de Genève, par l’Union Genevoise contre l’Intolérance (UGCI).
Cette nouvelle édition, qui porte la signature du Cardinal Paul Augustin
Mayer pour l’imprimatur et dont la préface a été assurée par le cardinal
Joseph Ratzinger suscite tant en Suisse qu’en France de nombreuses réactions. Il semble en effet difficile d’admettre que, vu son contenu, cette
réédition puisse, comme le dit la préface, "contribuer à sa manière au renouveau liturgique demandé par Vatican II". "Inattention ou maladresse du
Vatican ?" se demande le Père jésuite Albert Longchamp, rédacteur en chef
de l’Echo Illustré. Quelle que soit la réponse, prêtres, laïcs et associations à vues humanitaires, dont l’UGCI, se mobilisent contre certaines
"traditions qu’il vaut mieux laisser se perdre", comme le fait remarquer
l’écrivain français André Frossard dans un article que publie "Le Figaro".
Le problème soumis aux évêques roomands
lundi dernier, l’UGCI adressait à Mgr Grab une protestation et une demande d’intervention en ces termes: "en raison de la gravité de cette affaire, il nous paraît nécessaire qu’une recommandation formelle soit faite
sous votre autorité à toutes les paroisses dont vous avez la charge, contre
la diffusion de cette publication afin que nul doute ne subsiste sur les
sentiments de l’Eglise catholique à l’égard des communautés juives et, plus
généralement, au sujet des droits de l’homme". Interrogé par le quotidien
genevois "Le Courrier", Mgr Grab a déclaré ne posséder ni le missel, ni les
compétences en matière liturgique, mais il se propose de soumettre le problème aux évêques romands. "Ce missel, qui présente les juifs comme ’perfides’, ne saurait en aucun cas être utilisé", précise Mgr Grab; quant aux
’formules offensantes pour les juifs, ayant été supprimées une fois pour
toutes en 1959, il n’est pas question qu’elles soient réintroduites!"
De leur côté, les Soeurs de Notre-Dame de Sion ont réagi à cette publication en envoyant une lettre au Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet de la
Congrégation pour la doctrine de la foi, dans laquelle la Provinciale de la
Province européenne relève: "Nous vous exprimons, Eminence, notre immense
douleur, voire notre découragement devant l’approbation si haute d’un mouvement qui continue, entre autres, à perpétuer ’l’enseignement du mépris’,
à fournir une idéologie pernicieuse à des forces politiques françaises notoirement racistes et à effacer les leçons de l’histoire récente de l’Europe".
En France aussi les réactions sont assez vives. Mercredi 22 mai le Père
Pierre Pierrard, Président de l’Amitié judéo-chrétienne de France, exprimait sa souffrance et son désarroi devant ce retour de la double formule
infamante (pro perfidis judaeis, judaicam perfidam) venue, dit-il, tout
droit du VIIe siècle, comme si Vatican II n’avait pas eu lieu, comme si le
dialogue entre juifs et chrétiens n’existait pas. (apic/ecl)