Débats au Conseil national: l’"affaire Haas" au premier plan
Berne, 3 mars(APIC) Le Conseil national s’est penché mardi sur la question
des relations diplomatiques avec le Vatican. L’"affaire Haas" et la
question du diocèse de Coire ont été au centre des débats. A l’issue de la
discussion, le Conseil national a accepté par 78 voix contre 14, un
postulat du radical tessinois Massimo Pini demandant la normalisation
complète des relations diplomatiques avec le Vatican. Le 31 octobre 1991,
le Conseil fédéral avait déjà nommé le diplomate Jeno Staehelin comme
ambassadeur spécial auprès du Saint-Siège.
La procédure de nomination de Mgr Haas a été longuement évoquée au Conseil national. Les deux conseillers nationaux catholiques Rolf Seiler (PDCZH) et Toni Dettling (PRD/SZ) ont notamment souhaité que le nouvel ambassadeur en mission spéciale auprès du Vatican, Jeno Staehelin, intervienne
pour faire comprendre au Saint-Siège qu’il doit respecter les traditions
démocratiques suisses lors de la nomination d’un évêque.
Les deux Conseillers nationaux bernois, Otto Zwygart, (parti
évangélique) et Werner Scherrer (Union démocratique fédérale) ont pour leur
part demandé le rappel de l’ambassadeur Staehelin. Ils ont relevé que la
politique de puissance du Vatican touche de plus en plus la Suisse. Cette
politique "ne manque pas de préoccuper des milieux réformés de plus en plus
larges". Le pouvoir religieux et le pouvoir séculier sont mèlés au Vatican,
ce qui rend la situation particulière et l’envoi d’un ambassadeur peu
souhaitable, ont-ils estimé. Selon eux, la nomination de Jeno Staehelin
fait partie d’une "politique de salami" menée par un Conseil fédéral à
majorité catholique. Les deux conseillers nationaux ont brandi la menace
d’une initiative demandant la supression de la nonciature à Berne et la
séparation totale de l’Eglise et de l’Etat.
Le chef du département fédéral des affaires étrangères, le Conseiller
fédéral René Felber a répondu que le "Sonderfall" helvétique n’avait pas de
raison d’être maintenu. Les relations entre la Suisse et le Vatican ne
doivent pas reposer uniquement sur la présence d’un nonce apostolique à
Berne et doivent cesser d’être unilatérales, a-t-il expliqué. Il a ajouté
que la situation actuelle n’exigeait cependant pas l’ouverture d’une
ambassade au Vatican.
Le Conseil national s’est finalement rallié à l’opinion du conseiller
fédéral et a accepté le postulat Pini par 78 voix contre 14 demandant
l’établissement de relations diplomatiques complètes avec le Vatican.
Réaction de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse
Heinrich Rusterholz, président de la Fédération des Eglises protestantes
de Suisse (FEPS), contacté par l’APIC, tient la nomination d’un ambassadeur
spécial auprès du Saint-Siège pour un traitement de faveur unilatéral envers l’Eglise catholique romaine. "Pour un protestant, on comprend mal
pourquoi un diplomate intervient pour expliquer la question de Coire à Rome
alors qu’il s’agit d’une affaire interne de l’Eglise catholique, dans laquelle l’Etat n’a pas à s’immiscer. On ne comprend pas pourquoi un diplomate suisse aurait plus de crédibilité à Rome que le président de la Conférence des évêques. Si le Conseil fédéral veut normaliser les relations diplomatiques avec le Vatican, il doit le dire ouvertement d’abord et ne pas
le faire par des démarches politiques anticipées", a expliqué Heinrich Rusterholz. (apic/ats/ap/mp)