Suisse: Mémorandum pour vaincre le racisme et la xénophobie (140591)
L’ombre des Kurdes d’Obwald
Berne, 14mai(APIC) Le racisme, "cancer social aux nombreuses métastases",
est pour les chrétiens une hérésie, a déclaré Mgr Pierre Mamie mardi à Berne. L’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg présentait à la presse le nouveau mémorandum des trois Eglises nationales contre la xénophobie et le racisme. Même si l’actualité immédiate n’est pas le propos de cet appel - il
demande d’abord aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté de "changer de
regard" sur les étrangers - l’expulsion des Kurdes d’Obwald et la politique
d’asile ont été au centre des questions des journalistes.
Face à la montée dans notre pays de la xénophobie et des violences à caractère raciste - et certains groupes politiques extrémistes n’en sont pas
innocents - les responsables des Eglises - la Conférence des évêques suisses (CES), le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) ainsi que l’évêque et le Conseil synodal de l’Eglise catholiquechrétienne de la Suisse - publient un nouveau mémorandum de 4 pages intitulé "Aux côtés des opprimés - Pour un avenir commun". Les trois Eglises nationales avaient déjà pris position - en 1985 et 1987 - sur la politique
d’asile et le problème des réfugiés.
"Un vieux fléau de l’humanité" refait surface
Aujourd’hui, "un vieux fléau de l’humanité" refait surface, lance l’évêque catholique-chrétien Hans Gerny : la xénophobie et le racisme. Tout homme étant une créature et un don de Dieu, toute affirmation contraire est en
contradiction profonde avec la foi de l’Eglise, a-t-il souligné en compagnie du pasteur Heinrich Rusterholz, président du Conseil de la FEPS. La
Fédération suisse des communautés israélites, même si elle n’a pas pu signer ce texte pour diverses raisons techniques, "sur le fond, se réjouit
beaucoup de ce mémorandum et souhaite qu’il soit connu, accepté et pratiqué", a noté Mgr Mamie.
Le document dénonce non seulement les agressions contre les requérants
d’asile, mais également les barbouillages antisémites et les profanations
de sépultures ainsi que le langage raciste et xénophobe de plus en plus
"accepté" dans notre société. Si les musulmans vivant en Suisse - et ils
sont près de 100’000 ! - n’ont pas été directement contactés, c’est uniquement dû à leur manque actuel de structures représentatives. Mais dans un
futur proche, des problèmes comme la construction de mosquées ou le port du
voile islamique vont certainement réclamer une attention particulière de la
part des Eglises.
"Changer de regard sur les étrangers"
Avec cet appel, il ne s’agit pas de savoir si la "barque est pleine ou
non, s’il y a encore de la place", a relevé Mgr Mamie, c’est le regard que
nous portons sur les étrangers qui importe d’abord. Pour beaucoup, en effet, il faut "rectifier" la façon de voir l’étranger, ne plus le considérer
comme un ennemi, mais comme une personne apportant sa propre richesse.
Le mémorandum des Eglises ne cache cependant pas les causes profondes de
la peur de l’étranger. Une partie de la population vit en effet dans l’angoisse et l’insécurité face à une polarisation sociale croissante : songeons à l’accroissement de la pauvreté parmi les femmes et les personnes
âgées, encore renforcée par la hausse massive des taux hypothécaires, à la
dégradation de l’environnement, aux craintes face à l’intégration européenne, à la perte de confiance face aux autorités (affaire des "fiches"), etc.
Cette peur de l’avenir fait facilement le lit de la xénophobie.
Pour y faire face, les Eglises font appel à la responsabilité des chrétiens - et les paroisses sont invitées à faire plus de place aux étrangers
- ainsi qu’aux autorités politiques. Elles soutiennent notamment la proposition du Conseil fédéral d’adhérer à la Convention de l’ONU contre le racisme et demandent les modifications correspondantes dans le code pénal et
le code pénal militaire. A l’instar des gens des médias invités à une "information responsable", les écoles et les institutions de formation sont
aussi interpellées: à elles d’aider à dépasser les préjugés et à éduquer la
jeune génération à la tolérance et à la compréhension de l’autre. (apic/be)