Suisse : les Eglises et les musulmans (230688)
Fribourg, 23juin(APIC) Il y a 25 ans s’ouvrait à Zurich la première mosquée de Suisse. Aujourd’hui la plupart des grandes villes du pays possèdent
sinon une mosquée, du moins un centre religieux et culturel islamique.
C’est notamment le cas pour Saint-Gall, Winterthur, Schaffhouse, Zurich,
Olten, Lucerne, Soleure, Aarau, Berne, Lausanne et Genève. Selon des estimations de 1986, près de 80’000 musulmans vivraient aujourd’hui en Suisse.
Cette présence massive et en constante augmentation (notamment de la part
des Turcs) a poussé les Eglises catholique et protestantes et à créer des
commissions islam en 1984 et 1987.
Il y a actuellement 2 mosquées en Suisse, à Zurich et à Genève. Celle de
la Forchstrasse de Zurich a été inaugurée le 22 juin 1963 par la mission
Ahmadiyya, un mouvement hétérodoxe de l’islam qui ne compte que quelques
centaines de fidèles en Suisse. La mosquée de Genève, avenue de Grenade, a
été financée par le gouvernement d’Arabie Saoudite. Un centre y est lié. Il
offre des cours et publie des livres, notamment sur l’identité musulmane
dans la diaspora.
Le Centre de documentation islamo-chrétien de Francfort (CIBEDO) estime
qu’en 1986 près de 80’000 musulmans vivaient en Suisse. Il y aurait aujourd’hui près de 50’000 Turcs, en Suisse allemande essentiellement. Si
dans les années 60-70 les Yougoslaves venaient surtout du Nord chrétien,
les nouveaux immigrants sont aujourd’hui majoritairement musulmans et originaires du Sud du pays. Sur près de 70’000 Yougoslaves vivant en Suisse,
il y a déjà 10’000 musulmans. Les musulmans originaires des autres pays vivent essentiellement en Suisse romande. Ils sont près de 8’000. On compte
aussi 4’000 Suisses musulmans environ, nationalisés ou convertis.
A l’initiative de la Conférence des évêques suisse démarrait en février
1984 un Groupe de travail pour les musulmans, dépendant de la Communauté
catholique suisse de travail pour les étrangers et leurs problèmes (SKAF)
et animé par le théologien laïc Franz Allemann. Son but était d’abord de
sensibiliser la population catholique à cette réalité nouvelle. Ce Groupe
de travail a publié des articles dans la presse catholique, offert des
cours et étudié la question de la pastorale des enfants musulmans dans les
écoles publiques suisses.
Les mariages mixtes préoccupent les Eglises
En 1987, le Groupe a édité une brochure intitulée "Mariage entre catholiques et musulmans. Guide pastoral". La question préoccupe les Eglises. En
avril 1984, on comptait 3’500 musulmans (Turcs, Algériens, Marocains, Tunisiens et Iraniens surtout) ayant épousé une Suissesse. Les musulmans peuvent en effet épouser une juive ou une chrétienne - adeptes des religions
du Livre -, mais pas une païenne. Selon la loi coranique, une femme musulmane n’est pas autorisée à épouser un non-musulman.
Le Département missionnaire des Eglises protestantes mettait sur pied de
son côté un "Commission islam" en mars 1987. Présidée par le pasteur Claude
F. Molla, la commision s’est fixée trois priorités : s’informer et informer
les paroisses sur l’islam, mener une enquête sur les mariages mixtes islamo-chrétiens et renforcer la solidarité avec les chrétiens minoritaires en
milieu musulman. La Commission a entrepris un travail d’information, notamment en lien avec l’Université populaire du canton de Vaud. Elle soutient
le dispensaire "La porte ouverte" de Dakar, créé par l’Eglise protestante
du Sénégal, un pays à plus de 90 % musulman. Elle aide aussi la Faculté de
théologie protestante du Proche-Orient à Beyrouth, le Synode national
évangélique de Syrie et du Liban et l’Union des Eglises évangéliques arméniennes du Proche-Orient, cela par le biais de l’Action chrétienne en Orient, un groupe fondé au début des années 20, après les massacres dont furent victimes les Arméniens dans les années 1915-16.
Mais ou en est le dialogue islamo-chrétien ? Du côté chrétien, pour le
pasteur Jean-Claude Basset, secrétaire de la "Commission islam" protestante, le dialogue se déroule essentiellement au niveau individuel. Une rencontre a cependant été organisée l’année dernière à Zurich entre musulmans,
juifs et chrétiens sur le thème "Dieu vit-il encore ?" Masud Ahmad, imam
(responsable de la prière) de la mosquée de Zurich, affirme de son côté :
"Nous sommes toujours prêts au dialogue", mais nous sentons que "l’enthousiasme manque chez les autres". Il avoue pourtant que son travail vise surtout à aider les musulmans de la diaspora à ne pas perdre leur identité.
Pour les chrétiens la question demeure : comment se situer face au "réveil
de l’islam" ? (apic/ym)