"Misères à Crédit": une étude de réflexion sur l’endettement (170992)
Lausanne, 17septembre(APIC) En Suisse, un quart des ménages recourent au
petit crédit. Plus de mille contrats de crédit à la consommation, portant
sur quelque 10 millions de francs, sont quotidiennement signés. Si vivre à
crédit n’est pas encore la norme, le phénomène ne cesse depuis une vingtaine d’années de prendre de l’ampleur. Toutes les enquêtes réalisées sur la
pauvreté en Suisse tendent à montrer que les plus démunis sont aussi les
plus vulnérables à l’endettement. Cette réalité, les Centres sociaux protestants (CSP) l’ont identifiée depuis longtemps. Pour faire le tour de la
question, l’Association des CSP vient de publier une étude, "Misères à crédit", présentée cette semaine à Lausanne.
Le nombre des petits crédits est aujourd’hui une fois et demi plus élevé
qu’il y a 8 ans, relève l’enquête des CSP. 700 000 contrats de petits crédits et de leasing étaient en cours l’an dernier. Les montants proposés individuellement sont aussi en augmentation, le prêt maximal étant de 60 000
francs. Quant à la durée moyenne de remboursement, elle est également en
hausse, 3 ans en 1983, plus de 3 ans et demi en 1991. Argent facile, comme
le véhicule la publicité bancaire, le petit crédit rend aisée la consommation. Les banques consacrent annuellement 40 millions à ce type de publicité. La montée du chômage pourrait toutefois inciter les organismes bancaires à revoir leur politique d’octroi. Un indicateur: le taux de refus qui
se situait immuablement à 29% a passé à 32%.
"Les banques ne se rendent pas compte des difficultés que peut entraîner
le petit crédit", déclare Jean-Pierre Tabin, chargé de recherches au CSPVaud et auteur de l’ouvrage. 90% des dettes contractées auprès des établissements bancaires sont pourtant honorées rubis sur l’ongle. "Mais à quel
prix!", s’indigne Daniela Dahler-Venturini, assistante sociale au CSP-Vaud
qui a collaboré à l’étude. Pour régler les traites, les personnes endettées
rognent sur l’essentiel et négligent d’autres échéances: loyer, assurance
maladie, nourriture, impôts.
Quand le quotidien rime avec précarité et pauvreté, pour boucher les
trous, de nouveaux crédits sont contractés. C’est l’engrenage. Un cinquième
des emprunteurs ont au moins deux crédits simultanés. Mais les plaies d’argent cachent aussi d’autres misères: problèmes conjugaux, chômage, mal-vivre, etc. Les cas concrets exposés dans "Misères à crédit" illustrent ces
situations financières inextricables, compliquées de trajectoires personnelles difficiles. Des plans d’assainissement sont proposés par les assistants sociaux qui jouent là le role de pompiers de service. Car ce qui manque, c’est une véritable législation en matière de petits crédits.
La lutte contre la pauvreté liée à l’endettement passe par une loi plus
contraignante et la mise en place de garde-fous, insiste l’auteur de "Misères à crédit". Dans l’arsenal de mesures à prendre, l’ouvrage préconise davantage de transparence de la part des banques, un taux d’intérêt plafond
ramené à 15% - il est de 18% aujourd’hui -, des mesures contre le surendettement et des restrictions publicitaires. (apic/spp/pr)