Suisse: le problème des immigrés au centre de la journée de (040291)
L’octroi des droits civiques nécessaires à l’intégration des travailleurs
Lausanne, 4février(APIC) Octroi des droits politiques ou naturalisation
facilitée, les deux voies possibles vers l’intégration des travailleurs immégrés en Suisse, étaient au coeur de la journée de réflexion organisée récemment à Lausanne par la Fédération romande des socialistes chrétiens. A
l’heure où le problème des réfugiés relègue à l’arrière-plan l’acuité de
cette question, mais aussi à l’heure des défis européens qui se posent à la
Suisse, l’intégration des travailleurs immigrés demeure un problème d’actualité. Les orateurs présents à Lausanne l’ont démontré en dressant le bilan de la situation.
Au terme d’assimilation en vigueur dans les textes relatifs à la naturalisation, on préfère de plus en plus celui d’intégration, indique d’emblée
Jean-Daniel Cruchaud, conseiller synodal vaudois et membre de la Fédération
romande des socialistes chrétiens. La nuance est de taille! Car que signifie intégration? Une reconnaissance de la personne et de sa culture originelle, alors que par assimilation on attend de l’étranger qu’il rompe avec
son passé pour se fondre dans la société qui l’acueille. Pour Brigitte Sancho, du Centre contact immigrés à Lausanne, l’intégration implique, dans la
pratique, "un échange qui demande des efforts de la part des deux parties".
L’apprentissage de la langue, le logement, la scolarisation des enfants
sont autant de facteurs d’intégration. Cours de français pour adultes ou
cours d’alphabétisation, ces initiatives sont toujours et encore du ressort
d’organismes privés, constate Brigitte Sancho. "Nous avons cherché des bras
et ce sont des hommes qui sont venus": la phrase de l’écrivain suisse
alémanique Max Frisch résume bien l’ambivalence du problème.
Mesures discriminatoires
Si la deuxième génération d’immigrés, qui représente le quart de la population étrangère, est d’office mieux intégrée, 50% des jeunes continuent
toujours d’arriver en Suisse entre 8 et 12 ans. Se posent alors d’inévitables problèmes scolaires, mais aussi affectifs. La relation avec les parents s’avère souvent difficile par manque de contacts avant le regroupement familial. C’est surtout cette deuxième génération qui s’interroge sur
l’opportunité de la naturalisation.
Solliciter la naturalisation équivaut à renoncer à sa nationalité. "La
nationalité est dans les tripes", constate Rafaël Sancho pour expliquer le
peu d’intérêt manifesté pour la nationalité suisse par la deuxième ou la
troisième génération. Si la Suisse projette d’admettre la double nationalité, de nombreux pays ne la reconnaissent pas encore. D’autre part, les nouvelles générations d’étrangers pensent européens et misent sur l’intégration de la Suisse à l’Espace économique européen (EEE).
Italien, Oscar Tosato, collaborateur du Centre social protestant, animateur de la Fraternité de St-Martin à Lausanne, est un produit de la deuxième génération d’immigrés. Né en Suisse il y a 34 ans, Oscar Tomaso effectue
l’école primaire, secondaire puis Normale à Bienne. Son parcours sans histoire lui fait oublier ses origines. Mais la législation le rattrape: Italien, il ne pourra jamais enseigner dans une école publique. Le brevet
d’enseignement primaire n’est en effet délivré qu’aux seuls ressortissantssuisses. Autres exemple de discriminatioon, l’accès aux appartements subventionnés qui sont réservés aux Suisses ou aux détenteurs d’un permis C.
Amalgame entre travailleurs immigrés et réfugiés
Intégration par la scolarisation, par le logement, mais surtout, "l’intégration passe par l’octroi des droits politiques sans saucissonnage
(droit de vote et d’éligibilité)", affirme Oscar Tosato. Ces droits sont
déjà plus ou moins acquis dans les cantons du Jura et de Neuchâtel, des
initiatives pour les demander sont en préparation dans les cantons de Fribourg, Genève et Vaud.
L’amalgame entre réfugiés et travailleurs immigrés est souvent la source
de réactions hostiles à l’octroi de droits politiques aux étrangers. Au 31
décembre 1988, on comptait 21,5% d’étrangers dans le canton de Vaud (à
l’exclusion des demandeurs d’asile, des saisonniers, des clandestins et des
fonctionnaires internationaux), provenant en majortié des zones traditionnelles d’immigration (31,4% d’Italiens, 18,4% d’Espagnols, 12% de Français,
15% de ressortissants autrichiens, allemands, canadiens ou américains,
10,75% de Portugais). "Des nationalités, estime Oscar Tosato, qui ne menacent plus l’identité du pays".
En Suisse, 86’310 personnes sont détentrices d’un permis C (obtenu après
10 ans passé en Suisse, 5 ans selon la nouvelle législation), dont une majorité d’Italiens, d’Espagnols et de Français. La campagne pour l’octroi de
droits politiques concerne cette catégorie de résidents. Les Suisses sontils prêts à se défaire de quelque chose leur appartenant en propre? Car,
comme le résume Oscar Tosato, accorder des droits politiques aux étrangers
c’est accepter de perdre un peu de pouvoir, de la même manière que les hommes ont pensé perdre de leur pouvoir lorsqu’il s’est agi d’octroyer le
droit de vote aux femmes.
L’échéance européenne
Françoise Pitteloud, conseillère nationale socialiste vaudoise, oratrice
invitée à la journée de réflexion de la Fédération des socialistes chrétiens que préside le conseiller national socialiste veveysan Pierre Aguet,
insiste pour sa part sur la stabilisation du nombre des étrangers en Suisse. Cette notion du définitif semble s’être installée dans le droit: discriminations et lacunes sont devenues durables. Un rapport sur l’intégration demandé en 1987 au Conseil fédéral est toujours en attente.
L’échéance européenne intervient comme une nouvelle donne, estime la
conseillère nationale vaudoise. Certains pays européens ont accordé aux
étrangers le droit de vote sur le plan municipal en se fondant sur la réciprocité. Dans l’optique d’une intégration européenne, le statut de saisonnier fait obstacle aux négociations menées par la Suisse. Si l’on s’accorde
de la gauche à la droit à souhaiter son abolition, il reste néanmoins toujours d’actualité. Le Conseil fédéral n’a d’ailleurs pas diminué le contingentement de cette année au profit des permis L, ces nouveaux permis de
courte durée (4 mois). Sur le plan international, la Suisse ne peut pas
non plus adhérer à la Convention des droits de l’enfant en raison des enfants clandestins dont la scolarisation demeure problématique. (apic/spppr)