Rendre le café "moins amer" en le payant plus cher
Berne, 6mai(APIC) Les oeuvres suisses d’entraide ont lancé lundi à Berne
leur "campagne café" placée sous le slogan "Un café moins amer". En préparation aujourd’hui, cette campagne pour "un café solidaire", qui a pour but
de venir en aide aux pretits producteurs en les payant plus, devrait débuter à partir d’octobre 1992, ont-elles précisé au cours d’une conférence de
presse.
Dire que la chute des prix des matières premières a des répercussions
néfastes sur les pays en voie de développement relève de l’euphémisme. Il
ne suffit pas de le dire, encore faut-il agir. C’est ce à quoi s’attachent
en Suisse les oeuvres d’entraide en sensibilisant l’opinion publique, certes, mais aussi en mettant sur pied des actions concrètes. Et celle de faire admettre aux consommateurs de payer plus cher leur café pour permettre
aux producteurs de mieux subvenir à leurs besoins et de protéger l’environnement en est une.
La Communauté de travail Swissaid/Action de Carême/Pain pour le Prochain/ Helvetas, en collaboration avec OS3 et Magasins du Monde est décidée
à s’engager dans la commercialisation d’un "café moins amer", comme exemple
concret de "commerce équitable". Basée sur le modèle réussi en Hollande
avec le café "Max Havelaar", qui a inspiré par la suite la Belgique, l’Allemagne et la Grande-Bretagne notamment, cette campagne devrait permettre
aux consommateurs de trouver aux étalages des magasins - grandes surfaces y
compris - un café marqué d’un label de qualité octroyé à une production respectueuse du milieu ambiant et d’une redistribution équitable aux petits
producteurs. Un café marqué d’un label que seuls offraient jusqu’à présent
OS3 et les Magasins du Monde.
Il est intéressant de constater que la Suisse consomme 2% du marché mondial du café et que cette marchandise représente le plus important produit
agricole que le pays importe du tiers monde. On mesure dès lors l’impact
d’une telle campagne. Les importateurs et les torréfacteurs de café pourraient proposer de rémunérer nettement plus le café qu’ils prennent en
charge, tout en exigeant en contrepartie certaines garanties sociales et
écologiques. Cela servirait à garantir aux producteurs un revenu suffisant
pour subvenir à leurs besoins, mais aussi à favoriser la protection de
l’environnement, grâce à la diversification et à la conservation du sol.
Les prix du café touchent le fond
Pourquoi le café? Si l’on songe qu’après le pétrole, ce produit est la
plus importante matière première de la planète, on se rend compte alors de
l’intensité avec laquelle l’effondrement de son prix se répercute sur les
pays producteurs les plus pauvres. Effondrement des prix? Les prix du café
touchent en réalité le fond: en 1990, le kilo de café vert coûtait en moyenne 2,19 fr sur le marché mondial, alors qu’il valait 3,73 fr en 1988 et
5,55 fr dix ans plus tôt, en 1980. Avec 8 milliards de dollars (1989), le
commerce du café n’est dépassé que par le pétrole, parmi les produits de
base. L’Accord international sur le café ayant éclaté en 1989, les répercussions n’allaient pas tarder à se faire sentir puisque l’année suivante,
les quantités exportées, pourtant en augmentation d’un quart, rapportaient
2,6 milliards de dollars de moins de recettes d’exportation. Les 25 pays
producteurs de café d’Afrique ont subi à eux seuls des pertes estimées à
1,5 milliard de dollars.
Selon Rolf Buser, chargé par les oeuvres d’entraide de la préparation de
la "campagne café" en Suisse, importateurs de café, torréfacteurs, grossistes, détaillants peuvent aussi obtenir en Suisse par "le commerce équitable" des marges attractives dans un marché très compétitif. Mais des parts
de marché sont à gagner avec un café "moins amer", a-t-il souligné. (apicpr)