Suisse: La Parole de Dieu servie avec le café (190793)
Münsingen, 19juillet(APIC) Des versets bibliques imprimés en noir sur des
grandes affiches blanches qui arrêtent le regard des piétons, d’une part.
Des sachets de sucre, d’autre part, par lesquels la Parole de Dieu peut
atteindre les personnes dans les restaurants et les bistrots de Suisse romande et alémanique. Deux réponses "audacieuses" de l’"Agence C", pour tenter de rendre attentif à la Bonne Nouvelle notre monde matérialiste. Heinrich Rohrer de Münsingen, 72 ans, ancien patron de la firme Sipuro, fondateur de l’agence et initiateur de ces idées "étranges", répond à une interview de la Société biblique suisse.
Beaucoup de personnes ont lu les versets bibliques sur les affiches
blanches placardées le long des trottoirs ou dans les centres commerciaux.
Les lecteurs de journaux ont aussi remarqué des versets parmi les annonces.
C’est vous, Monsieur Rohrer, qui avez pris l’initiative de cette démarche.
quel est votre but?
H. Rohrer: Je me sens appelé, par Dieu, à répandre la Parole, c’est-àdire la Bonne Nouvelle, parmi les gens. Même si beaucoup d’entre eux passent distraitement devant les affiches, je pense que des centaines, voire
des milliers de gens pourront être touchés et guidés vers Dieu.
Je reçois quotidiennement des lettres qui sont autant de témoignages et
de récits significatifs. Par exemple, ce couple d’un certain âge qui me raconte: "Nous étions assis sur un banc à la gare, quand nous avons vu un
jeune homme se diriger nerveusement vers une affiche sur laquelle on pouvait lire: "Je crois que Jésus Christ est le Fils de Dieu." Il a griffonné
quelques mots dessus, puis il a couru prendre son train. Nous sommes allés
regarder ce qu’il avait écrit: "Moi, non!" Alors nous avons décidé de prier
pour lui. Nous espérons qu’un jour il pourra croire en Jésus..."
Vous savez, il y a beaucoup de gens qui "sprayent" les affiches avec des
remarques obscènes ou blasphématoires.
Cela signifie que ces affiches suscitent diverses réactions...
H. Rohrer: Certainement! Mais ces réactions sont en grande majorité positives, environ le 90%.
Vous étiez auparavant directeur d’une importante entreprise. Raconteznous comment votre vie a changé.
H. Rohrer: En Suisse allemande, on sait que j’ai été le fondateur et le
propriétaire de la Maison Sipuro SA, une fabrique de produit de nettoyage.
Cela fait maintenant vingt ans que j’ai reçu la grâce de la foi, en écoutant une prédication à Lyss, dans une église réformée. Ma femme et moi
étions, jusqu’à ce moment-là, croyants, mais nous allions à l’église uniquement pour les grands événements tels que confirmations, mariages ou enterrements. A Lyss, quelque chose de spécial s’est passé: je me suis senti
touché par Dieu pour la première fois. Le pasteur nous a invités, après le
culte, à venir dans la petite salle de paroisse et là, il s’est mis à genoux; il nous a bénis au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Je
n’avais jamais vu un pasteur se mettre à genoux...
A présent, je suis heureux. Parfois, dans la prière, je ressents la présence réelle du Saint-Esprit. J’étais auparavant entrepreneur, mais je ne
suis maintenant ni théologien ni prédicateur. Je voudrais simplement répandre la Parole, et je le fais avec les moyens dont je dispose.
La découverte de la foi, à 52 ans, a donc révolutionné votre vie? Quelles ont été les réactions de votre entourage et de votre famille?
H. Rohrer: Mes cousins, mes connaissances et mes collègues ont eu de la
peine à me comprendre. Notre cercle d’amis a changé. C’est ce que le Seigneur nous dit: il y aura des divisions entre parents et enfants, entre frères et soeurs.
Mais d’autres personnes ont apprécié le changement qui s’est effectué
dans ma vie. A mes collaborateurs de Sipuro, qui recevaient à Nouvel-An un
14e salaire - alors qu’à l’époque les syndicats luttaient encore pour le
13e - j’ai offert également une Bible. Malheureusement, tous ne l’ont pas
estimée à sa juste valeur...
Par ce lancement d’affiches "publicitaires", vous vous exposez, Monsieur
Rohrer, au grand public. Avez-vous vécu quelques expériences négatives?
Vous a-t-on attaqué personnellement?
H. Rohrer: En fait, ces réactions n’étaient pas dirigées contre moi,
mais contre Dieu personnellement. J’ai reçu des appels téléphoniques de
personnes non-croyantes; je me souviens qu’à deux heures du matin, quelqu’un a téléphoné pour m’avertir que mon petit-fils était à l’hôpital, et
que son état était préoccupant. J’ai aussi entendu des injures.
Toutes ces actions mal intentionnées m’auraient auparavant ébranlé. Mais
c’est bon signe si nous nous heurtons à tant d’oppositions! Nous pouvons
même nous réjouir, comme le dit l’apôtre Paul, car nous faisons alors sûrement le bon travail. Le diable - car il existe - essaie, par tous les moyens, de détruire le bien.
Avant de parler concrètement des actions qui ont lieu en Suisse romande
et en Suisse alémanique, quel regard portez-vous sur notre société en constante transformation et sur nos églises qui se vident.
H. Rohrer: Je crois que l’Eglise n’a peut-être pas encore remarqué ce
qui s’est effectivement passé. De nouveaux chemins sont proposés dans les
églises, mais l’important serait d’annoncer la Bonne Nouvelle. Je me rappelle avoir entendu dernièrement, dans une émission de la télévision allemande, un pasteur - de Francfort, je crois - qui expliquait la raison du
succès de son église: il n’apportait que l’Evangile, l’histoire de JésusChrist, Fils de Dieu. N’est-ce pas merveilleux?
En Suisse, nous bénéficions d’un bien-être toujours plus grand. Cependant, les gens ne montrent pas un visage très gai... Par trop de confort,
beaucoup de choses se sont détériorées et ce n’est pas cela qui les a rendus plus heureux...
Alors...
H. Rohrer: J’ai moi-même fait imprimer 35’000 autocollants en forme de
poisson, que l’on peut voir sur les coffres de nombreuses voitures.
J’ai également fait fabriquer 1’000 beaux poissons dorés qu’on peut accrocher au revers de sa veste. Je les ai offerts.
Toutefois, je crois que mon prochain qui n’a pas reçu l’Esprit-Saint aura de la peine à comprendre la Parole de Dieu. N’est-il pas écrit: "Il a
des oreilles mais il n’entend point, il a des yeux mais il ne voit pas?..."
Seule la prière peut changer les coeurs.
Croyez-vous réellement que la Parole biblique, même si elle n’est pas
comprise sur le moment, peut avoir un effet? D’ailleurs, n’est-ce pas pour
cela que vous avez pensé aux affiches?
H. Rohrer: Je le crois en effet, et j’en suis convaincu. Je trouve même
amusant que les affiches blanches côtoient les autres affiches publicitaires, montrant des chaussettes, des autos ou des produits cosmétiques (en
Suisse allemande); ne frappent-elles pas le regard de par leur particularité? Ces versets bibliques déclenchent quelque chose en nous.
Pouvez-vous nous dire combien de centaines de milliers de francs ont été
investis dans l’action des affiches et des annonces de journaux? et qui a
décidé de financer cette campagne?
H. Rohrer: Au début, c’est moi seul qui ai financé cette action; j’y ai
investi une petite fortune. Mais je ne veux pas parler de cela, car la main
gauche ne doit pas savoir ce que fait la main droite... Et je dois vous le
dire: Dieu a conduit les choses d’une façon merveilleuse. Nous avons actuellement 5’000 donateurs qui soutiennent financièrement - et dans la prière
- ladite action.
Financièrement et dans la prière?
H. Rohrer: Effectivement! La prière est encore plus importante que
l’aspect financier, même si nous ne pouvons travailler sans cela. Nous rencontrons également beaucoup de "bonnes volontés": plusieurs journaux impriment les annonces de l’Agence C gratuitement ou avec un rabais de 50 à 80%.
Pouvez-vous nous décrire brièvement l’Agence C? Est-ce une entreprise de
publicité?
H. Rohrer: Non, non! L’Agence C s’appelle en fait "Agence pour Christ".
Mais comme nous avons à traiter avec toutes sortes de personnes, l’Agence C
convient mieux. Sans doute serions-nous considérés comme "illuminés", si
nous avions gardé le nom en entier...
En réalité, cette agence est constituée d’un groupe de personnes désirant "faire de la publicité" pour la Parole de Dieu. C’est ainsi qu’est née
l’idée des affiches, puis des sachets de sucre. Nous avons également inclus
nos versets dans les annonces du Blick, geste qui nous a valu des critiques
virulentes. Mais nous voulons justement nous adresser aux gens non-croyants! Cela n’a aucun sens de suspendre des affiches dans les églises - qui
sont d’ailleurs à moitié vides...
Parlons un peu de l’idée des sachets de sucre. Vous en avez commandé
douze millions à la fabrique de sucre d’Aarberg, avec des versets bibliques
en allemand et en français. Quel est le coût approximatif de cette opération?
H. Rohrer: Les sachets de sucre doivent apporter la Bonne Nouvelle dans
des milliers de restaurants et de familles de notre pays. Le restaurateur
peut obtenir un carton de 1’000 sachets au prix de 100 francs, soit 10 centimes le sachet. La "surface publicitaire" n’a pas coûté cher, puisque les
frais d’impression des sachets se sont montés à 30’000 francs. Peut-on
évangéliser à si bon prix?...
Les sachets de sucre sont en circulation, depuis le mois d’avril 1993,
en Suisse romande aussi. Quelles ont été les réactions?
H. Rohrer: Variables. En suisse allemande, certains grossistes ont refusé notre offre, de même que différents hôteliers et restaurateurs qui ne
voulaient pas présenter du sucre avec des versets imprimés à leurs clients.
Je trouve cela terrible! Les gens se privent personnellement de la Parole
divine et ne veulent même pas la voir se répandre. Par contre, les réactions ont été très positives en Suisse romande.
Avec-vous également pensé à faire imprimer des versets bibliques sur les
couvercles de gobelets à crème?
H. Rohrer: Oui, nous avions cette idée. Nous pensions même pouvoir écrire sur le côté interne: "Jésus t’aime!" J’ai contacté toutes les entreprises en Suisse qui fabriquent ces couvercles; malheureusement, nous n’avons
pas obtenu de permission, car l’inscription de versets bibliques s’oppose
au principe de la liberté de croyances.
En Suède, une grande action d’affiches a été menée l’an passé, peu avant
Noël, où l’on pouvait lire l’avis de personnalités à propos de la Bible.
cette campagne a déclenché un enthousiasme communicatif; la Bible figurait
au premier rang du hit-parade des livres les plus vendus. Pouvez-vous vous
imaginer quelque chose de semblable pour la Suisse?
H. Rohrer: Ce serait formidable, si nous pouvions convaincre le Conseiller fédéral, Monsieur A. Ogi, qui, du reste, est croyant, de participer à
une telle confession de foi! Je connais, par ailleurs, plusieurs personnalités. Mais la plupart d’entre eux sont engagés politiquement et n’osent
parler ouvertement de leurs convictions.
Etant donné mon âge, j’ai remis l’Agence C à de plus jeunes gens, en
leur confiant beaucoup de tâches. (apic/slc/cb)
Propos recueillis par Sandra Lo Curto Istafanous