Il faut changer les structures socio-politiques, dit Caritas
Lausanne, 31mai(APIC) Opulente, la Suisse? Pas pour tout le monde. Et
dans tous les cas pas pour quelque 400.000 personnes qui y vivent actuellement à la limite du minimum vital. Parmi elles, les femmes seules avec des
enfants et les femmes célibataires ou divorcées sont les plus touchées, a
révélé Caritas Suisse, en présentant mercredi à Lausanne son étude "Femmes
et pauvreté en Suisse".
Le phénomène des "nouveaux pauvres" en Suisse avait été évoqué pour la
première fois par Caritas au début de l’année 1987. L’oeuvre catholique
d’entraide revient aujourd’hui sur ce problème à travers un document volumineux qui aborde la situation financière précaire dans laquelle vivent
trop de femmes en Suisse. L’initiative de cette démarche, adoptée par Caritas lors de son assemblée générale de mai 1987, revient à la Ligue suisse
de femmes catholiques, membre de Caritas. Confiée à la Communauté de travail pour la recherche et l’assistance sociale scientifique, un institut de
recherche indépendant de Rüschlikon (ZH), cette étude, effectuée entre janvier 1988 et février 1989, porte sur les conditions de vie de 420 femmes en
Suisse, à l’exception du Tessin.
Joseph Schmid, responsable scientifique de l’enquête, s’en explique:
"Une étude semblable est menée par une autre organisation au Tessin, il sera intéressant de confronter les résultats". Selon Maryse Durrer-Dupont,
membre du Comité de la Ligue suisse et de l’Union mondiale de femmes catholiques, l’Union mondiale des organisations une constatation s’impose. La
misère qui frappe nombre de citoyens, en particulier les femmes, est en
Suisse un sujet occulté. Ainsi que le démontre l’étude de Caritas, 40% des
femmes interrogées ont charge de familles, tandis que des femmes avec un
enfant par exemple ne disposent que de 1.073 francs mensuels. Sur la base
des critères établis par la Conférence suisse pour la prévoyance publique
(CSPP), cela signifie que leur budget est déjà dans les chiffres rouges
avant même qu’elles aient dépensé quoi que ce soit pour l’habillement,
l’électricité, le transport, les assurances, les loisirs ou la formation.
La peur du lendemain
Pour les personnes interrogées - femmes seules avec enfants, femmes enceintes, divorcées ou au chômage, étrangères, célibataires ou femmes âgées
vivant seules -, l’isolement social, la solitude, l’obligation de faire des
économies, constituent autant de peurs du futur, relève pour sa part Alexandra Frei, chargée de projets au département "Aide sociale en Suisse" de
Caritas. Il ressort en outre de cette étude, poursuit-t-elle, que seule une
partie des femmes pauvres sollicitent une aide sociale.
Parmi les causes de la pauvreté de nombreuses femmes, mentionnent les
responsables de l’étude, figurent le refus de l’ex-mari d’honorer ses obligations financières, les bas salaires ou le manque de formation. La fatigue, la maladie, la dépression jouent également un rôle non négligeable
dans cette situation. Caritas estime cependant que les causes de la
pauvreté des femmes sont d’ordre structurel. On considère trop souvent le
salaire de la femme comme n’étant qu’un salaire d’appoint. Quant aux institutions, elles sont pensées en fonction d’une famille "normale", complète,
et non des familles monoparentale. Selon Caritas, le marché du travail, les
prestations et la législation sociale ne prennent en compte que la réalité
de ces familles monoparentales.
Les femmes interrogées durant cette enquête le disent: la sécurité sociale des femmes doit être repensée; elles souhaitent notamment une augmentation des allocations familiales, des allégements fiscaux, un assouplissement des horaires de travail. Elles dénoncent en outre les tracasseries administratives des services sociaux publics. Mais d’une manière générale, la
réalité de la pauvreté féminine demeure en Suisse cachée. La plupart d’entre elles s’efforcent de la cacher. La pauvreté reste "honteuse" en Suisse.
Selon Caritas, "Il est temps que la population prenne conscience de ce grave problème, comme il est temps de changer les tructures socio-politiques
du pays". (apic/pr)