Suisse: la Communauté de travail fête son 20e anniversaire (031091)
Berne, 3octobre(APIC) La Communauté de travail qui regroupe en Suisse
Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain et Hevetas a 20 ans. Elle
a marqué l’événement en organisant jeudi à Berne un débat au cours duquel
le bilan et l’avenir de la Communauté ont été largement évoqués. Une occasion pour présenter les raisons de son existence, ses objectifs. L’occasion
aussi, pour le Conseiller fédéral René Felber, invité des oeuvres d’entraide, de préciser et de rappeler la politique de la Suisse en matière d’aide
au développement.
Swissaid a été créé en 1947, Helvetas en 1955, Action de Carême et Pain
pour le Prochain en 1961. En 1969, une première collaboration commune débute entre ces oeuvres d’entraide, pour se poursuivre et aboutir en 1971 à la
Communauté de travail sous sa forme actuelle. Des discussions pour l’adhésion de Caritas et de l’Entraide protestante (EPER) sont actuellement en
cours.
Ouverte par la Soleuroise Rosmarie Simmen, Conseillère aux Etats et présidente du Comité d’Action de Carême, cette "manifestation anniversaire" a
permis à René Felber, au nom du Conseil fédéral, d’adresser à la communauté
de travail ses remerciements "pour le soutien, souvent critique mais ferme
sur l’essentiel", que la Communauté de travail a apporté à la politique
suisse en matière de coopération au développement.
Après avoir rappelé la position de la Suisse dans les domaines qui préoccupent les oeuvres d’entraide, le Conseiller fédéral a souhaité à ces
dernières "qu’elles sachent mobiliser la population de notre pays pour
qu’elle comprenne bien les enjeux de la coopération au développement"; "que
les oeuvres d’entraide et tout particulièrement la Communauté de travail
conservent l’indépendance qui est indispensable à l’exercice de leur rôle
d’avocat du tiers monde en Suisse"; "qu’elles poursuivent leur travail
d’études et de recherches qui en fait des interlocuteurs intéressants,
dérangeants parfois, dans le dialogue qui doit animer le débat, en Suisse
et dans le monde, sur les objectifs du développement, sur les modalités de
la coopération..."; "que les oeuvres d’entraide sachent être à l’écoute de
leur partenaire dans le tiers monde et adapter toujours mieux les formes de
l’appui qu’elles leur accordent".
Le Sud, ce mal écouté
Etre à l’écoute des partenaire du tiers monde? Mazide Ndiaye (Sénégal),
directeur du Réseau Africain pour le Développement Intégré (RADT) n’a pas
manqué de relever la phrase et d’adresser ses critiques aux ONG et aux gouvernements du Nord, dont celui de la Suisse. Dans un langage imagé et plein
d’humour, il a constaté que les unes et les autres n’accordent pas au Sud
la place qu’il mérite: "Lorsque les organisations non gouvernementales du
Nord se réunissent pour parler de l’Afrique, les représentants africains
sont sous-représentés. Non seulement ces derniers ne sont pas écoutés, mais
encore leur impose-t-on des schémas". Et de lancer à l’adresse des gouvernements, après avoir épinglé au passage la politique du FMI et de la Banque
Mondiale: "Ce ne sont pas les Africains qui ont mis en place leur chef
d’Etat".
Vingt ans, un bilan
La politique des petits pas débouche souvent sur des succès peu spectaculaires, a constaté pour sa part Richard Gerster, coordinateur de la politique de développement de la Communauté de travail. Et d’énumérer sous forme de bilan les réussites en vingt ans d’activité: la pétition "La coopération au développement: une question de survie"; les pressions de la Communauté de travail pour modifier l’article de loi sur la garantie contre les
risques à l’exportation; l’appel en faveur "d’un commerce équitable avec le
tiers monde", avec plus de 109’000 signatures; la pétition "Le désendettement, une question de survie", et le crédit de 700 millions de francs demandé dans le cadre du 700e. Succès aussi dans le domaine de l’écologie,
qui a vu la Suisse modifier sa position sur le chapitre consacré à la protection de l’environnement dans le cadre du "multicodex" de l’OCDE.
Des succès, mais des échecs aussi... Lors de votations populaires sur
l’initiative sur les banques, l’adhésion à l’ONU, la révision de la loi sur
l’asile. Echec également sur l’exportation de matériel de guerre et sur divers autres points défendus par la Communauté de travail.
Au budget au service du développement
Les premières structures de la Communauté de travail, les services de
documentations et d’information (service d’information tiers monde) sont
nées en 1971. Quatre ans plus tard, en 1975, commençaient les activités de
formation. Quant à la politique de développement de la communauté de travail, elle devenait réalité en 1981. Le budget global 1991 de la Communauté
de travail s’élève à 2,35 millions de francs. 18 personnes oeuvrent dans
l’ensemble de ses services. (apic/pr)