Suisse: L’enthousiasme né du Sommet de Rio fond comme neige au soleil
Des promesses non tenues aux tergiversations de la Suisse
Berne, 11mai(APIC) Le Sommet de la terre de Rio, tenu il y a presque un
an, n’a pas tenu ses promesses. Loin de là. Et le bel enthousiasme qu’il
avait fait naître a fondu comme neige au soleil, déplore la Communauté de
TRavail (CdT) Swissaid/Action de Carême/Pain pour le Prochain/Helvetas/Caritas. La Suisse n’est pas épargnée par les critiques des oeuvres suisses
d’entraide. Elles l’ont souligné lors d’une conférence de presse à Berne,
donnée mardi sous forme de bilan intermédiaire.
Il aura fallu neuf mois au Conseil fédéral pour enfin présenter un concept général à la suite de ce Sommet. Et encore, ont-elle constaté, "l’incertitude règne toujours quant aux priorités" à donner. Pire, la Suisse
semble contribuer à saper la Convention sur la diversité biologique. Satisfaction, en revanche, après la nomination d’un expert suisse auprès de la
Commission chargée de l’évaluation du Fonds global pour l’environnement.
Maigre bilan. Alors qu’il y a urgence.
L’heure était aux promesses, à Rio. Moins d’un an après, on en est toujours aux balbutiements. Y compris en Suisse. Le flou règne en effet sur
les priorités à donner dans la foulée du suivi de Rio. De l’avis de la CdT,
la seule appréciation du cadre institutionnel du suivi suscite une profonde
déception. "En instaurant un groupe de travail interdépartemental excluant
les milieux privés, le gouvernement n’a pas honoré la confiance que ces
cercles avaient placé dans la poursuite de la collaboration", indique-t-elle. La déception est d’autant plus grande qu’il "aura fallu neuf mois au
Conseil fédéral pour qu’il transmette au Parlement le message sur la ratification de la Convention sur le changement climatique". Plus affligeant
encore "est de constater que peu après le Sommet de Rio, la Suisse a réduit
massivement son aide publique au développement malgré les nombreuses promesses faites publiquement à Rio.... Et d’autres coupes claires se préparent".
La marche arrière de la Suisse ou la pression de la bio-industrie
L’adoption solennelle de la Convention de Rio sur la diversité biologique avait, elle aussi, suscité l’espoir. De nombreux pays la signèrent, y
compris la Suisse. Un an après, notre pays semble "contribuer activement à
saper ladite Convention et à faire en sorte que l’ensemble de ses dispositions contractuelles demeurent lettre morte, au grand dam du Sud". Peu perméable à ces concepts, la bio-industrie n’est pas étrangère à ces tergiversations, dénoncent les oeuvres d’entraide. Qui rappellent qu’en date du 10
novembre 92, une délégation de l’industrie chimique suisse avaient rencontré les Offices fédéraux de la Propriété intellectuelle et des Affaires
économiques extérieures, afin de confirmer "que l’industrie chimique suisse
verrait une telle ratification d’un mauvais oeil".
Les ressources biologiques sont synonymes d’aliments, d’habits, de gîte
et de médicaments, dit la CdT. Elle constate de plus que la diversité génétique sert aussi de matière première à la biotechnologique et au génie génétique moderne, et que les recherches faites jusqu’ici dans le domaine
font l’objet d’échanges non contrôlés qui apportent d’énormes avantages à
l’hémisphère Nord, au détriment du Sud. Le Nord s’est jusqu’ici efforcé de
collecter la plus grande quantité possible de ces matières premières vivantes et de les stocker dans les banques de gènes, déplore encore la CdT. Selon la Fondation RAFI (Rural Advancement Fondation International, aux
Etats-Unis, quelque 93% du matériel entreposé en 1993 dans les banques de
gènes de la planète proviennent du Sud. La mainmise des pays industrialisés
sur le matériel génétique animal sélectionné dans le Sud n’est pas beaucoup
moins grande. "La bio-industrie et la recherche agricole officielle ont
jusqu’à présent fait main basse sur ce matériel sans dédommager les artisans de la sélection végétale, les communautés paysannes et les peuples indigènes".
Les conflits d’intérêts se dessinent... et les positions actuelles se
situent même en-deça de ce qui a été convenu à Rio. Cet état de fait incite
la CdT à demander que la Convention sur la diversité biologique soit présentée le plus rapidement possible au Parlement pour ratification. "Aucune
marche arrière par rapport à l’interprétation réalisée à Rio ne doit avoir
lieu".
Fonds global pour l’environnement: attendre pour pouvoir évaluer
La nomination d’un expert suisse auprès de la Commission chargée de
l’évaluation du Fonds global pour l’environnement représente en revanche
une source de satisfaction pour la CdT. Ce Fonds a été lancé en 1990, pour
une période de trois ans. D’un montant de 1,5 milliard de dollars, l’objectif majeur du Fonds pour l’environnement consiste à contribuer concrètement
à la restauration et à la conservation de la viabilité de notre planète.
Reste, note la CdT, qu’il doit répondre aux préoccupations majeures que
sont les problèmes écologiques planétaires fondamentaux: réchauffement global de l’atmosphère; pollution des eaux internationales; érosion de la diversité biologique; apprauvissement de la couche d’ozone. Reste dès lors à
voir si les projets épaulés par ce Fonds peuvent vraiment contribuer à atteindre le but ambitieux de viabiliser la planète. Il est encore trop tôt
pour en contrôler l’efficacité, concluent les oeuvres d’entraide. (apic/pr)