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    Suisse: interview de Ferdinand Luthiger, (160288)

    directeur de l’ "Action de Carême"

    Lucerne, 15février(APIC) C’est le 17 février, mercrdi des cendres, que

    commence pour les catholiques le temps du carême. Dans notre pays, l’oeuvre

    d’entraide des catholiques de Suisse, l’ "Action de Carême" - en collaboration avec son homologue protestant "Pain pour le Prochain" -, lance durant

    cette période sa traditionnelle campagne de carême sur le thème "Créer des

    liens". Mais l’ "Action de Carême" est à nouveau sous les feux de la critique: son engagement pour une plus grande justice sociale va beaucoup trop

    loin pour ceux qui aimeraient un "retour de l’Eglise à la sacristie". Dans

    une interview à l’agence APIC, Ferdinand Luthiger, directeur de l’ "Action

    de Carême" explique les buts de l’oeuvre d’entraide et ses méthodes de travail.

    APIC : Monsieur Luthiger, on connaît l’ "Action de Carême" dans le public.

    Quels sont les buts de cette institution et la campagne "Créer des liens"?

    Ferdinand Luthiger: Très globalement, il y a quatre buts qui s’articulent

    en fait entre eux. Il s’agit d’abord pour nous de l’approfondissement spirituel du temps de carême. C’est également pour nous un temps de prise de

    conscience, de pénitence et de conversion. Nous voulons favoriser cette démarche. Un élargissement de cette conduite individuelle nous mène à un objectif plus large: l’engagement pour une plus grande justice sociale. Nous

    voulons également provoquer une conversion de la société, un engagement politique, qui nous crée des difficultés à vrai dire dans certains milieux

    ... Nous poursuivons également un troisième but en incitant au partage :

    d’une part au niveau matériel, d’autre part aussi dans le sens de la "participation" au destin d’autres hommes et d’autres cultures. Il s’agit enfin

    pour nous d’offir un appui matériel concret à différents projets dans le

    Tiers-Monde. Nous voulons ainsi encourager un "développement d’en bas,

    depuis la base" dans lequel la population concernée puisse aussi avoir son

    mot à dire.

    Vous parlez d’un "engagement politique" ?

    On ne doit pas comprendre notre "engagement politique" dans le sens partisan du terme, de la politique des partis. Notre engagement découle du troisième des buts mentionnés plkus haut : de la "participation" au destin des

    autres. Une conséquence de cette vision des choses, c’est la conscientisation face aux problèmes de la misère, dans le Tiers-Monde et aussi chez

    nous. On commence à considérer le contexte, les conditions dans lesquelles

    vivent les hommes... C’est pourquoi, pour nous, spiritualité et politique

    vont ensemble, que nous le voulions ou non.

    Parmi ces milieux qui vous sont hostiles, y a-t-il également l’action "Kirche wohin?", "Eglise ou vas-tu?" ?

    L’action "Kirche wohin?" a réagi une première fois il y a deux ans lorsque

    nous avons ouvert un cycle de trois ans sur les Droits de l’Homme que nous

    bouclons cette année. A l’époque, "Kirche wohin?" avait assez fortement

    critiqué l’agenda de l’Action de Carême et nous avait accusé d’être unilatéral: nous proposions l’engagement pour les Droits sociaux au lieu de

    mettre au premier plan les Droits individuels. Cela veut dire que nous nous

    préoccupions plus de l’accès à ces droits élémentaires que sont la nourriture, l’hygiène, l’assistance médicale ou le logement que le droit à la liberté d’opinion ou à la liberté de religieuse. Ces reproches sont justes en

    partie, mais dans certains pays dont nous nous occupons, ce sont les Droits

    sociaux qui sont les plus urgents en ce moment. Si je suis affamé, il est

    plus important que j’aie d’abord de quoi manger que de nombreux journaux de

    différentes tendances.

    En définitive, ou veulent en venir les milieux comme l’action "Kirche wohin?" ?

    Ils désirent quasiment que nous nous retirions à la sacristie, que nous restions en fait dans le domaine purement ecclésial. C’est seulement dans ce

    domaine que nous serions compétents, mais nous devrions moins nous engager

    au niveau socio-économique et politique. Je dois souligner encore une fois

    à ce sujet qu’il ne s’agit pas pour nous de faire de la politique. Nous

    nous sentons cependant, à partir d’une spiritualité approfondie, obligés de

    dire certaines choses qui sont justement en rapport avec ces thèmes séculiers. Nous nous sommes exprimés une fois sur la votation concernant

    l’entrée de la Suisse à l’ONU et nous en sommes venus à la conclusion que

    ce n’était pas une bonne chose. Nous sommes une oeuvre d’entraide de

    l’Eglise et beaucoup de catholiques se sentent ainsi liés à la "Parole de

    l’Eglise".

    Cette année, l’ "Action de Carême" a pris en charge dans son programme le

    soutien à des projets d’Eglise dans les pays communistes d’Europe de l’Est.

    Ne confirmez-vous pas ainsi les reproches reçus?

    Cette décision du Conseil de Fondation de l’Action de Carême a suscité

    différentes réactions. D’un côté, des prêtres notamment ont considéré que

    c’était une décision pleine de bon sens de soutenir l’Eglise catholique

    dans les pays de l’Est. D’autres ont par contre été insécurisés et ont

    craint un changement de notre politique. Nous ne changeons pas notre politique, mais nous sommes chargés d’une mission supplémentaire que nous ne

    cherchions pas à proprement parler: du côté de la Conférence des évêques

    suisses, on nous a signalé, étant donné les critiques que l’on nous faisait, que l’on verrait d’un bon oeil qu’une oeuvre d’entraide officielle de

    l’Eglise de Suisse exprime sa solidarité avec l’Eglise de l’Est... Actuellement il existe dans ce domaine avant tout l’oeuvre d’entraide "Aide à

    l’Eglise en détresse/Aide aux prêtres de l’Est" qui n’a pas de rapports institutionnels avec la Conférence des évêques. Au lieu de mettre sur pied

    une oeuvre d’Eglise séparée dans ce but - qui aurait exigé une nouvelle organisation - nous avons décidé d’intégrer cet engagement pour l’Eglise de

    l’Est dans l’aide à la mission de l’Action de Carême.

    Que signifie pour vous "l’aide à la mission"?

    L’aide à la mission est l’aide proprement d’Eglise, c’est-à-dire une aide

    pastorale ou à l’évangélisation. C’est l’un de nos trois secteurs d’action

    auquel il faut ajouter aussi l’aide pastorale en Suisse et l’aide au développement. Par rapport à l’aide à la mission, il faut comprendre l’aide au

    développement d’une façon plus "diaconale". En fait, c’est une aide sociale. C’est notre préoccupation de fournir de une aide d’ensemble, parce que

    nous ne voulons pas simplement annoncer l’Evangile, alors que les gens

    meurent de faim.

    Ce nouvel engagement pour les pays de l’Est ne créera-t-il pas une nouvelle

    charge administrative?

    Nous avons trouvé à ce sujet une solution presque idéale. Nous profitons

    ainsi de l’occasion pour prendre contact avec le Fonds d’Aide Européen. Ce

    Fonds est avec "Aide à l’Eglise en détresse" l’oeuvre d’entraide la plus

    importante en faveur des Eglises de l’Europe de l’Est. Ce Fonds examine,

    suit et évalue pour nous les projets que nous soutenons. Il nous présente

    un certain nombre de projets et nous pouvons choisir selon nos critères les

    projets qui nous conviennent: c’est une solution optimale. Nous ne devons

    pas ainsi créer tout un appareil administratif, tout en montrant quand même

    notre solidarité avec l’Eglise de l’Est. Nous voulons ainsi en même temps à

    accentuer notre mission d’information et diminuer les préjugés.

    Avec tous ces projets se pose la question: l’Action de Carême n’en

    fait-elle pas trop ?

    C’est une bonne question, mais à laquelle il faut répondre positivement. Il

    existe un groupe de travail international, la CIDSE (Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité) qui a son secrétariat général

    à Bruxelles et qui regroupe les 13 "Action de Carême" en Europe et en

    Amérique du Nord. Grâce à cette collaboration des associations catholiques

    nationales de coopération au développement, il est possible d’échanger des

    expériences et de mener à bien des actions communes. Nous avons en ce moment un projet en discussion en Indochine, par exemple, dont la responsabilité est assumée par l’ "Action de Carême" irlandaise. Nous pouvons quasiment nous rallier à leur programme et simplement financer notre part du

    projet.

    Une dernière question: comment parvient au pays concernés l’argent récolté

    pendant le Carême?

    Nos partenaires dans les pays de l’Est ou du Tiers-Monde sont en grande

    partie des Eglises locales qui sont devenues des Eglises autonomes depuis

    le Concile Vatican II. De nombreuses Conférences épiscopales ont été poussées par les oeuvres d’entraide à créer des services d’information locale

    avec des gens compétents du lieu qui collaborent aujourd’hui avec nous.

    Ainsi nous n’aidons pas seulement les Eglises dans ces pays, mais elles

    offrent elle-mêmes leur collaboration et nous soutiennent dans l’évaluation

    des projets et dans la distribution des moyens que nous leur mettons à disposition. Au niveau de la CIDSE, les 13 "Action de Carême" s’informent mutuellement. De cette façon les informations circulent et parviennent également à "l’Action de Carême" des catholiques de Suisse. (apic/fre/d/bd)

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