Le "double jeu" de Berne
Berne, 29juin(APIC) "Le double jeu de la politique suisse de développement s’observe tous les jours: engagements verbaux à l’extérieur, économies
à l’intérieur". Richard Gerster, nouveau directeur de la Communauté de travail des oeuvres suisses d’entraide n’a pas été tendre avec les autorités
fédérales lundi à Berne. C’est que le temps presse: la Commission des finances du Conseil national discutera les 2 et 3 juillet prochain le paquet
d’économies proposé par le Conseil fédéral et les oeuvres d’entraide craignent que le "lobby" de la coopération au développement - "la voix des
pauvres du tiers-monde" - ne puisse se faire entendre.
"500 millions de francs doivent être économisés sur le dos des plus
pauvres durant les années 1993-1995 par rapport à la planification financière", a déploré Richard Gerster. Dans l’euphorie du Sommet de Rio, le
président de la Confédération René Felber et le conseiller fédéral Flavio
Cotti ont signalé l’intention de la Suisse d’augmenter son aide au développement. Aujourd’hui l’aide au développement ne semble plus être la priorité, "où est la crédibilité de nos autorités ?", demande Richard Gerster. La
Communauté de travail des oeuvres d’entraide - qui regroupe l’Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas et Swissaid et qui vient de s’agrandir avec l’arrivée de Caritas Suisse - demande que l’aide publique au développement atteigne 0,7% du PNB, selon les recommandations de l’ONU.
Etant donné l’état des finances fédérales, la Communauté de travail
n’exige plus - comme mesure intermédiaire - que le 0,5 % du PNB, ce qui est
"eurocompatible", étant donné que c’est l’aide moyenne des pays de la Communauté européenne. Réaliste, elle s’en tient finalement aux exigences minimales du plan financier de la Confédération pour 1993-1995, c’est-à-dire
à 0,4% au plus tard en 1995. Cette année, le volume d’aide publique
devrait atteindre pour la première fois le 0,38 % du PNB, soit 1,425 milliard de francs. La Communauté n’est pas contre un assainissement des finances fédérales, mais plutôt que des coupes linéaires, elle souhaiterait que
la Confédération augmente ses rentrées, par le biais par exemple de taxes
sur l’énergie.
Adhésion de Caritas Suisse à la Communauté de travail
Attendue depuis longtemps, l’adhésion de Caritas Suisse à la Communauté
de travail des oeuvres suisses d’entraide a été saluée par Werner Külling,
secrétaire général d’Helvetas et président de la Communauté, fondée en
1971. Le contrat a été signé en présence de la presse. Cette nouvelle arrivée, avec celle probable pour la fin de l’année de l’Entraide protestante
(EPER), devrait permettre aux oeuvres d’entraide d’unir leurs forces et
d’avoir davantage de moyens financiers à disposition. Avec la décision du
peuple suisse d’adhérer aux institutions de Bretton Woods, le lobby FMIBanque Mondiale va devenir une priorité en Suisse et également à Washington, où la Communauté étudie l’implantation d’une "antenne" à temps partiel.
"La question sociale du XIXe siècle, avec l’exploitation des ouvriers,
s’est déplacée aujourd’hui dans le champ des relations Nord-Sud", a déclaré
le conseiller national valaisan Vital Darbellay, président de Caritas Suisse, lors de la signature de l’adhésion de Caritas à la Communauté de travail des oeuvres d’entraide, une adhésion qui n’amènera aucun nivellement
et aucun alignement de l’oeuvre d’entraide catholique, mais qui permettra
de développer des synergies avec les organisations poursuivant le même but,
"davantage de justice sociale dans un seul monde". (apic/be)