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    boulversés par sa mort tragique à Port-au-Prince

    Suisse: des amis suisses du Père Jean-Marie Vincent (300894)

    Fribourg, 30août(APIC) L’assassinat du Père Jean-Marie Vincent, religieux

    montfortain haïtien, dimanche soir à Port-au-Prince, a provoqué beaucoup

    d’émotion en Suisse. L’agence APIC a recueilli le témoignage de trois Suisses qui ont bien connu et aimé ce prêtre profondément engagé pour la libération de son peuple. Pour célébrer sa mémoire, une cérémonie religieuse

    aura lieu vendredi soir, à 18h.20, à l’église Notre-Dame du Valentin à Lausanne.

    Oliviero Ratti, responsable de la Communauté de travail des oeuvres

    d’entraide suisses à Lugano et ancien volontaire "de Frères sans frontières" en Haïti, parle avec émotion et affection de son ami "Jean-Boule",

    surnom amical du Père Vincent: "Ce qui m’a toujours frappé, c’était sa faculté de parler des choses les plus dures de la réalité quotidienne, les

    plus extrêmes d’Haïti, mais aussi de passer aux choses les plus drôles et

    gaies de la vie. Il avait un sens de l’humour et une espérance extraordinaires.

    "Jean-Boule" m’a fait approché de l’Eglise, car je n’ai reçu aucune éducation religieuse dans mon enfance. C’est grâce à lui que j’ai pu rencontrer, dans l’équipe de Jean Rabel en particulier, tout ce qui concerne

    l’Evangile, le message chrétien, les communautés ecclésiales de base.

    Le volontaire suisse en Haïti arrive souvent avec un petit air de supériorité. Puis il tombe sur des personnes comme Jean-Marie. Il se met à leur

    école. Il apprend beaucoup de choses".

    Pourquoi cet assassinat?

    Cette mort brutale et assassinne? Pourquoi maintenant? Le Père Vincent

    était sur la liste noire depuis bien des années. Il pouvait être tué n’importe quand, n’importe comment. Je l’ai vu encore en mars dernier. Il était

    un relais très important en Haïti du président Aristide. Il était son conseiller et lui téléphonait souvent. Un message que les putchistes veulent

    donner à l’Eglise? L’Eglise de base est toujours vivante. L’Eglise hiérarchique, hélas, est avec les putchistes. Cet assassinat est-il un avertissement pour Aristide? C’est difficile à analyser.

    L’ami "Jean-Boule"

    Le surnom de "Jean-Boule" lui venait de sa passion pour le football.

    Haïtien, il connaissait toute l’âme de son peuple, mais par sa fréquentation des milieux internationaux, il était ouvert à tout: Dernièrement il

    est allé au Japon pour le mouvement Max Havelaar. Pour lui c’était un voyage extraordinaire, m’a t-il raconté. On avait vraiment l’impression d’un

    homme complet".

    "Sans se préoccuper de son sort, droit en avant"

    Gret Lustenberger, responsable de la communauté des missionnaires laïques à Fribourg, a bien connu également le Père Jean-Marie Vincent. "Ayant

    vécu 9 ans en Haïti, j’ai participé en 1971 à l’ordination sacerdotale de

    Jean-Marie, un jeune religieux montfortain joyeux et enthousiaste. A Lavaud, dans l’équipe de Jean Rabel ou dans le diocèse de Port-de-Paix, nous

    nous sommes rencontrés souvent. Plus tard, quand il venait en Suisse, il

    passait toujours dans notre maison au Guintzet. Ce que je retiens de lui,

    c’est sa conviction. Pour moi, il a marché tout droit, un peu, même si la

    comparaison est toujours osée, comme Jésus, sans se préoccuper de son sort,

    comme s’il était persuadé que son heure n’était pas encore venue. Il

    n’avait rien d’un provocateur. Il a continué sa route de justice avec une

    conviction tout à fait évangélique, quitte à en payer le prix un jour, sans

    crainte, mais sans vouloir jouer au martyr. Maintenant qu’il est mort, il

    continue à lutter pour son peuple. Je suis heureuse d’avoir rencontré sur

    ma route un tel témoin.

    "Compagnons de joie et d’infortune"

    André Gachet, laïc engagé dans la communauté des missionnaires de Béthléem à Fribourg, se souvient de sa première rencontre avec Jean-Marie Vincent en 1980: "Arrivé fatigué et et poussiéreux de mon voyage, je suis descendu du bus et je fus accueilli par le sourire merveilleux et les bras ouverts de Jean-Marie. Un tel accueil, un tel rayonnement ne s’oublient pas.

    J’ai logé dans son presbytère et le lendemain il m’a montré son immense paroisse. On a regardé un certain nombre de projets de développement, mais il

    restait simple et gai. Chaque fois que je l’ai revu en Haïti ou en Suisse,

    je retrouvais cette même amitié et ce même rayonnement. Voir son engagement

    inlassable pour la justice et la paix, ne pouvait laisser indifférent.

    C’était vraiment un avocat de la solidarité. Qu’il soit en paroisse à JeanRabel, ou à la mission "Alpha" d’alphabétisation ou directeur de la Caritas

    au Cap haïtien, c’était toujours le même engagement lucide".

    Nous avons exactement le même âge. Nous avons souvent fêtés nos anniversaires ensemble. Cela a créé un lien très personnel, ajoute André Gachet.

    Et à trois mois près, nous avons aussi été des compagnons d’infortune à

    Freycineau. Lui arrêté le 23 août 1987 par les tontons macoutes et moi

    trois mois plus tard, au même endroit. Ces épreuves nous ont liés profondément. Cela faisait donc 7 ans qu’il vivait avec cette menace. Comme il a

    passé chaque fois entre les gouttes, je ne croyais plus qu’il puisse mourir

    assassiné". (apic/ba)

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