Suisse: campagne oecuménique pour les petits producteurs de café (010391)
Lausanne, 1ermars(APIC) Dire que la chute des prix des matières premières
a des répercussions néfastes sur les pays en voie de développement relève
de l’euphémisme. Il ne suffit pas de le dire, encore faut-il agir. C’est ce
à quoi s’attachent en Suisse les oeuvres d’entraide Pain pour le Prochain
et Action de Carême en sensibilisant l’opinion publique, certes, mais aussi
par des actions concrètes. Celle de faire admettre aux consommateurs de
payer plus cher leur café pour permettre aux producteurs de mieux subvenir
à leurs besoins et de protéger l’environnement en est une. Une campagne oecuménique dans ce sens est lancée, avec un slogan: "Un café moins amer". En
préparation aujourd’hui, elle devrait débuter en Suisse dans deux ans, soit
en 1993.
La campagne, basée sur celle tentée avec succès en Hollande avec le café
Max Havelaar, devrait permettre aux consommateurs de trouver aux étalages
des magasins un café marqué d’un label de qualité octroyé à une production
respectueuse du milieu ambiant et d’une redistribution équitable au petit
producteur. "Les producteurs recevraient plus d’argent pour le café. En
échange, ils devront certifier que leur café est produit dans des conditions acceptables", a expliqué à l’agence APIC Christine von Garnier, de
Pain pour le prochain: Selon elle, les gens sont de plus en plus conscients
qu’il vaut mieux payer plus les produits du tiers monde. Pour des raisons
de justice... Mais aussi pour favoriser le respect de l’environnement.
Entre 1988 et 1989, le prix du café a chuté de moitié (49%) sur le marché, ce qui représente des pertes énormes pour les pays producteurs, notamment le Burundi (85% de ses devises), le Salvador (80%), l’Ethiopie (60%)
et la Colombie (40%).
Si l’on songe qu’après le pétrole, le café est la plus importante matière première de la planète, on se rend alors compte de l’intensité avec laquelle l’effondrement de son prix se répercute sur les pays producteurs les
plus pauvres: le service de la dette ne peut plus être payé. Des coupes
sombres sont effectuées dans le budget: éducation, santé, transports publics en font les frais. Les services sociaux sont démantelés.
Et pourtant! Un accord international existait qui assurait un niveau de
vie "à peu près rentable" aux producteurs depuis 25 ans. Or, il a été dénoncé par le Brésil, le plus grand producteur de café, le 4 juillet 1989,
parce que les pays producteurs, dans leur ensemble, n’arrivaient pas à
s’entendre sur les quotas d’exportation. Les Américains ont ensuite fait
pression pour que le marché soit "libre". Conséquence, selon l’ONU: depuis
cette date, les producteurs ont enregistré des pertes de l’ordre de 10 milliards de dollars.
Propositions des oeuvres d’entraide
Préoccupées par l’effondrement des prix du café sur le marché mondial,
Pain pour le prochain et Action de Carême, avec Swissaid et Helvetas, se
penchent sur l’idée suivante: les importateurs et les torréfacteurs de café
pourraient proposer de rémunérer nettement plus le café qu’ils prennent encharge, tout en exigeant en contrepartie certaines garanties sociales et
écologiques. Cela servirait à garantir aux producteurs un revenu suffisant
pour subvenir à leurs besoins et à permettre de protéger l’environnement,
grâce à la diversification et à la conservation du sol.
Il faut souligner à ce propos que, voyant la baisse considérable de
leurs revenus en devises, les pays producteurs ont réagi en "poussant" la
production de café à l’aide de pesticides et d’autres produits nocifs. Il y
a quelques années, les oeuvres d’entraide avaient demandé avec succès aux
plantations Del Monte aux Philippines de produire des ananas dans des conditions de salaire décentes et respectueuses de l’environnement (clause
sociale).
Pour le café, l’accent sera aussi mis sur ces critères. Un label de qualité serait alors donné au café remplissant ces conditions sur la base de
l’expérience du café Max Havelaar, qui occupe maintenant 2% du marché hollandais. Une telle idée est également bien reçue en Allemagne, mais aussi
en Italie, où le café éthiopien est à l’honneur. En Suisse, des discussion
avec Migros permettent un certain espoir.
Une taxe de 1,5 centimes pour 90 millions de francs
En attendant l’introduction sur le marché suisse de ce nouveau café qui
permettrait une meilleure rétribution à certains pays, les oeuvres suisses
d’entraide ont déjà fait des propositions concrètes dont celle proposée le
11 janvier dernier à Berne d’introduire une taxe de 1,5 centime par tasse
de café, qui pourrait rapporter 90 millions de francs par an à la Confédération. ce fonds pourrait être affecté à la lutte contre la drogue, mais
aussi à des projets de développement, notamment en faveur des petits producteurs de café. Une motion a été déposée dans ce sens au Conseil des
Etats.
Il est intéressant de constater que la Suisse consomme 2% du marché mondial du café et que de ce fait, le café représente le plus important produit agricole que nous importions. D’être acceptée, cette motion rendrait
moins amer le café pour les petits producteurs, fait-on remarquer en conclusion du côté des oeuvres d’entraide. (apic/cvg/pr)