Suisse: 1’000 médecins pour l’introduction de la pilule abortive (120892)
Opposition de l’Eglise catholique en Suisse et dans le monde
Berne, 12août(APIC) Plus de 1’000 médecins suisses ont signé une pétition
réclamant l’introduction de la pilule abortive RU 486 en Suisse.
L’autorisation éventuelle de la "pilule du lendemain" suscite une vive polémique depuis des années dans de nombreux pays. A Zurich, le groupe allemand Hoechst-Pharma AG, actionnaire majoritaire de Roussel-UCLAF, le fabricant français de la RU 486, est dans l’expectative: il organise un forum
pour recueillir les arguments des partisans et des adversaires de la RU
486. Ce seront les sièges respectifs des deux entreprises, à Francfort et à
Paris, qui prendront la décision "après une réflexion approfondie".
La Conférence des évêques suisses (CES), de son côté, n’avait pas jusqu’à maintenant pris de position officielle sur la RU 486, son introduction
en Suisse n’étant pas à l’ordre du jour. Interrogé mercredi par l’agence
APIC, le P. Roland-B. Trauffer, secrétaire de la CES, rappelle que la discussion en cours ne doit pas faire croire qu’il ne s’agirait ici aussi que
d’une question de méthode. Il s’agit au contraire de la question fondamentale: "L’avortement, oui ou non!".
L’Eglise catholique s’engage en faveur du droit à la vie de l’enfant à
naître. Même si elle condamne l’interruption volontaire de grossesse, elle
insiste sans cesse pour que les femmes enceintes en situation difficile
soient davantage aidées et que la société dans son ensemble soit rendue
plus accueillante pour les enfants. Le P. Trauffer déplore que la possible
utilisation de la pilule abortive minimise les conséquences d’une interruption volontaire de grossesse. "Il ne s’agit pas, pour la RU 486, d’un moyen
qui guérit, mais d’un poison qui tue", souligne le secrétaire de la CES,
qui espère que ce produit ne sera pas autorisé en Suisse.
C’est le professeur Heinrich Stamm, ancien médecin-chef de l’hôpital
cantonal de Baden (AG), qui est à l’origine de l’initiative des médecins
qui demande au fabricant de déposer une demande d’enregistrement pour la
Suisse à l’Office intercantonal des médicaments (OICM).
Vifs débats dans de nombreux pays
Depuis son invention, la pilule abortive RU 486 a suscité de vifs débats
tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Testée à Lausanne et à Genève en 1988,
elle a été retirée du marché suisse. Elle est actuellement disponible sur
le marché en France et depuis peu en Angleterre. Les épiscopats de nombreux
pays, le Vatican ainsi que les mouvements pour la vie ont condamné à de
nombreuses reprises ce nouveau moyen d’interruption volontaire de grossesse. En juin 1991, la Congrégation romaine pour l’éducation catholique a
adressé une note à tous les évêques du monde condamnant ce procédé qui tend
à banaliser l’avortement. Mgr Albert Decourtray, archevêque de Lyon avait
alors déclaré: "Un nouveau seuil dans la banalisation de l’avortement est
franchi. Le mot banalisation est d’ailleurs bien faible, puisque ce procédé
permet de faire de l’avortement un acte assimilé à la contraception. Autrement dit, il tend purement et simplement à endormir la conscience de cet
acte et sa gravité morale. Un disciple du Christ ne peut l’accepter."
La pétition fait reposer son argumentation sur les qualités médicales du
produit permettant non seulement un avortement complet et sans risque d’infection, mais pouvant aussi être utilisé notamment dans des cas de cancers
du sein. Il constitue, selon les pétionnaires, un progrès puisqu’il peut
être utilisé assez tôt, dans les 5 ou 6 premières semaines de la grossesse.
Selon la pétition, plus de 100’000 avortements en France, c’est-à-dire un
sur trois, ont été effectués au moyen de la Myfegine (RU 486) combinée avec
la Prostaglandine. Il est inacceptable que le public n’ait pas accès à ce
"médicament éprouvé et prometteur" en raison de tentatives de pression de
"milieux religieux fanatiques", poursuit la lettre.
La Fédération des Médecins Suisses veut éviter une "guerre de religion"
Du côté de la Fédération des Médecins Suisses (FMH) à Berne, on déclare
ne pas vouloir prendre position pour ou contre l’introduction de la RU 486
en Suisse. Les avis étant très partagés, on souhaite éviter "une guerre de
religion". A Zurich, au siège suisse de Hoechst-Pharma AG, on relève qu’il
n’est pas du tout sûr que la RU 486 soit un jour introduite en Suisse,
"faute de consensus dans la société". En effet, affirme-t-on, à au siège
des deux sociétés, on étudie très attentivement dans quels pays cette introduction est possible, "d’autant plus que c’est un marché risqué, pas
très intéressant du point de vue financier".
Dans tous les cas, c’est à Paris et à Francfort que l’on prendra la décision définitive. Aucun dossier de demande d’enregistrement de ce médicament auprès de l’OICM à Berne n’a même encore été constitué. Ces prochains
jours, Hoechst-Pharma AG va entendre les pro - notamment les représentants
des 1’000 médecins signataires - mais également les contra, de sorte que
les différents points de vue soient communiqués aux sièges respectifs.
La RU 486 est utilisée en France depuis plusieurs années, et plus récemment en Angleterre, - dans des centres spécialisés sous un contrôle médical
sévère, puisque ce médicament n’est accessible ni en pharmacie ni chez les
médecins particuliers. "Chaque pilule est enregistrée, ce n’est pas un médicament comme les autres", reconnaît-on à Zurich. (apic/be/mp)