Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, a présenté sa démission au pape François – qui peut désormais l’accepter ou la refuser – annonce le 20 avril un communiqué de la Conférence des évêques de France.
Cette renonciation précoce, à l’âge de 65 ans, intervient après une année particulièrement difficile pour le diocèse alsacien, dix mois après une visite apostolique demandée par le pontife sur fond de tensions autour de la gouvernance de Mgr Ravel. «La paix étant le bien suprême (…), j’ai présenté ma démission au Saint Père, pour qui je prie tous les jours», a déclaré laconiquement Mgr Ravel dans un communiqué envoyé à l’AFP.
Le 23 juin 2022, la nonciature apostolique en France avait annoncé le lancement, à la demande expresse du pape François, d’une visite apostolique dans l’archidiocèse de Strasbourg. Cette mission avait été confiée à l’évêque de Pontoise Mgr Stanislas Lalanne. Le bref communiqué indiquait alors que l’inspection avait été décidée par le pontife après la transmission par le dicastère pour les Évêques d’informations «relatives au gouvernement pastoral» de l’archidiocèse.
Nommé en 2017
Mgr Ravel avait été nommé en février 2017 à la tête de l’archidiocèse alsacien – soumis au régime concordataire – par le président de la République Emmanuel Macron, après décision de Rome. Ce polytechnicien, évêque aux Armées de 2009 à 2017, est aussi membre de l’Académie des Sciences morales et politiques (France) depuis décembre 2022.
Le rapport rendu par Mgr Lalanne à la fin de sa visite, le 14 juillet 2022, n’ a pas été publié, mais plusieurs membres du diocèse ont témoigné dans les médias du style de gouvernement autoritaire, voire militaire, de l’ancien évêque aux Armées. Un épisode survenu peu avant l’enquête a aussi fait couler beaucoup d’encre : pendant la Semaine Sainte 2022, Mgr Ravel a manqué la messe chrismale, rendez-vous pourtant essentiel pour un évêque, la confiant à ses auxiliaires. À la place, il était allé rencontrer Emmanuel Macron, alors en campagne électorale à Strasbourg.
Les tensions s’étaient accrues ces dernières semaines : Mgr Ravel a en effet évincé son évêque auxiliaire, Mgr Christian Kratz, puis son vicaire général et son chancelier, de son conseil diocésain.
Un diocèse concordataire
I.MEDIA a appris de diverses sources qu’afin de rester en place, Mgr Ravel aurait tenté de bénéficier du soutien de l’État français auquel sa charge est liée par le Concordat en vigueur en Alsace. Il aurait ainsi «joué l’État contre l’Église», explique une source romaine qui confie que cette stratégie n’a pas fonctionné parce que la question des nominations dans les diocèses concordataires français est aujourd’hui «pacifiée», l’État nommant systématiquement les personnes choisies par le pape.
Selon des sources vaticanes, le Saint-Siège aurait récemment envisagé de transférer Mgr Ravel à un siège titulaire (c’est-à-dire un évêché sans territoire). Il s’agit d’une sanction particulièrement rare puisqu’elle n’a été employée qu’une seule fois, en 1995, quand Mgr Jacques Gaillot, évêque d’Évreux, avait été nommé par Jean Paul II évêque titulaire de Partenia, un diocèse du Sahara algérien disparu au Ve siècle. Par contre, sous le pape François de nombreux évêques soupçonnés d’abus ou convaincus de mauvaise gouvernance on été révoqués de leur charge. (cath.ch/imedia/cd/mp)