Strasbourg: le Dalaï Lama ouvre un forum (190489)
Strasbourg/Rome, 18avril(APIC/CIP) Le Dalaï Lama, chef spirituel des
Tibétains, qui fut souverain du Tibet de 1940 à 1949, a ouvert lundi 17
avril à Strasbourg le colloque organisé par le Conseil de l’Europe sur
"L’universalité des droits de l’homme dans un monde pluraliste". Se présentant comme un habitant de cette planète ou les hommes sont destinés à cohabiter et comme un simple moine bouddhiste, il a déclaré "croire en la valeur et dans le pouvoir de l’amour et de la compassion qui sont l’essence"
de sa foi. Profitant de la tribune offerte à Strasbourg, le chef spirituel
des Tibétains a demandé aux autorités chinoises d’ouvrir une négociation
directe sur l’avenir du Tibet.
S’exprimant de plus devant l’Association de la presse parlementaire européenne, il a invité le gouvernement de Pékin a entamer un dialogue dans
le but de mettre fin à la violence qui secoue son pays depuis quelque 12
mois. Le Dalaï Lama voit dans la "méconnaissance de la vraie nature du bonheur la principale raison qui conduise certains à infliger des souffrances
à autrui". Le chef spirituel des Tibétains s’est en outre réjoui en constatant que les mouvements populaires qui militent en faveur de la promotion
des droits de l’homme et des libertés démocratiques dans le monde sont
puissants. Ce mouvement, que l’on peut observer aujourd’hui. a-t-il dit,
possède une telle force morale que "même des gouvernements et des armées
résolus sont incapable de l’arrêter: c’est un signe encourageant du
triomphe de l’esprit humain pour la liberté".
Enoncer des principes n’est pas suffisant
Le Dalaï Lama, dont le pays est occupé par la Chine depuis 1950 et qui
dirige un gouvernement en exil (il vit en Inde depuis 1959), a dit son
espoir face au progrès des libertés démocratiques et à la reconnaissance
croissante des droits des nations et des peuples, quel que soit leur statut
politique. C’est à juste titre que ceux-ci "exigent le respect de leurs
droits et de leurs libertés et luttent pour mettre fin à la répression, au
racisme, à l’occupation militaire et à diverses formes de colonialisme et
de domination étrangère, a-t-il poursuivi en relevant: "Les gouvernements
devraient soutenir activement et en permanence ces revendications, au lieu
de se borner à énoncer des principes généraux".
Pour le Dalaï Lama, "il nous incombe collectivement et personnellement
de protéger et de soutenir la famille mondiale, d’aider ses membres les
plus faibles et de protéger l’environnement dans lequel nous vivons tous".
Au moment de conclure, le chef spirituel des Tibétains s’est exprimé au sujet de la volonté du peuple tibétain d’apporter sa contribution et d’assumer ses responsabilités.
Le dialogue avec la Chine n’est pas rompu
Grand commis voyageur du bouddhisme tibétain, le Dalaï Lama a effectué
au Japon, en 1964, son premier voyage depuis son exil en Inde. Il avait ensuite effectué un premier voyage en Europe en 1973; il avait notamment été
reçu par le pape Paul VI. Plus récemment, en septembre 1987, le Dalaï Lama
avait fait escale à Genève, à l’occasion de la Journée mondiale de la paix.
Politiquement, il déclare être un homme de dialogue et un adepte de la nonviolence, se gardant de la moindre haine à l’égard des Chinois.
A propos du problème tibétain, le chef spirituel des Tibétains dit observer deux tendances en Chine: l’une intransigeante, l’autre plus modérée.
Mais pour tenter de le règler, "des pourparlers directs sont nécessaires si
on veut éviter que cette tragédie continue", déclare-t-il en précisant: "Je
n’ai pas rompu tout contact avec Pékin. Je constate qu’il y a des dirigeants chinois qui prennent conscience qu’une négociation est indispensable... Je pense que nous pourrons avoir des entretiens avec les autorités
chinoises, mais, pour l’instant, je suis incapable de dire à quel momemt".
Quand à l’endroit ou pourrait se dérouler les négociations, "Genève serait
sans doute le lieu le plus adéquat", suggère-t-il.
Mais qui est le Dalaï Lama?
Au Tibet, le pouvoir temporel du Dalaï Lama remonte à 1642. L’actuel Dalaï Lama, Tentsin Gyatso, 54 ans, est la quatorzième réincarnation de
Bouddha.
C’est dans des circonstances légendaires que fut "découvert" en 1937 le
bébé de deux ans qui allait se révéler être la réincarnation du précédent
Dalaï Lama, mort en 1935. Chaque Dalaï Lama étant une réincarnation de son
prédécesseur, il fallut battre tout le Tibet pour trouver le garçon né au
moment de la mort de son prédécesseur. Le régent consulta les oracles au
lac sacré Lhamoi Latso, au sud-est de Lhassa, et y vit une maison aux tuiles turquoises près d’un monastère aux toits verts et dorés. Cette maison
fut retrouvée après deux ans de recherche. S’y trouvait un garçon né à la
date voulue. On lui présenta divers objets, dont certains avaient appartenus au défunt. C’est sans hésitation que l’enfant désigna ceux qui avaient
appartenus à son prédecesseur. Il fut intrônisé en 1940, à l’âge de cinq
ans. Ses études à peine terminée, il eut à affronter l’invasion chinoise et
chercha à traiter avec Pékin, ou il rencontra Mao Tsé-toung et Chou En-lai,
en 1956. A la suite du soulèvement tibétain contre la garnison chinoise de
Lhassa, il s’exila en Inde, en avril 1959. (apic/cip/pr)