Strasbourg : Jean Paul II au coeur de l’Europe (091088)
Strasbourg, 9octobre(APIC/Jacques Berset) Pour la quatrième fois de son
pontificat, après Paris, Lourdes et Lyon, le pape Jean Paul II a foulé
samedi 8 octobre le sol de la France pour visiter les institutions
européennes établies à Strasbourg et les diocèses de Strasbourg, Metz et
Nancy. Dès son arrivée à l’aéroport de Strasbourg-Entzheim ou il a été
accueilli par le président François Mitterrand, le pape a salué les efforts
développés par les pays européens pour "resserrer davantage leurs liens et
envisager l’avenir en commun". Jean Paul II a d’emblée souligné la
nécessité pour les peuples européens de puiser dans leurs racines
chrétiennes communes afin de consolider ce projet d’unité.
François Mitterrand accueillant pour la troisième fois Jean Paul II
après les visites pastorales de Lourdes (août 1983) et Lyon (octobre 1986)
a souligné la dimension symbolique de l’Alsace et de la Lorraine, "provinces françaises, ou s’inscrit la trace de nos guerres, nous Européens, guerres qui là, plus qu’ailleurs peut-être, on laissé leur empreinte". Le
président français a alors salué la vocation de réconciliation "à jamais
scellée, je le pense, entre deux peuples voisins si longtemps ennemis".
Le pape au Conseil de l’Europe
Après son entretien en tête-à-tête avec le président français à la
préfecture du Bas-Rhin, la présentation de la Bible de Gutenberg et des
"Serments de Strasbourg" (serments prononcés par deux petits-fils de Charlemagne en 842, premier document écrit à la fois en "tudesque", c’est-à-dire en vieil allemand et en langue romane), le pape a rencontré les autorités civiles et religieuses de la région. Jean Paul II s’est ensuite rendu
au Conseil de l’Europe, ou il a prononcé un discours très attendu devant
l’Assemblée parlementaire de cette organisation, la première et la plus vaste des organisations européennes. Cette Assemblée réunit des membres des
parlements de 21 pays d’Europe occidentale, dont la Suisse.
Au centre du débat européen depuis bientôt quarante ans, le Conseil de
l’Europe (fondé en 1949) a été à l’origine de centaines de conventions et
d’accords européens. Le Conseil de l’Europe, à distinguer de la Communauté
européenne (l’Europe des Douze ou le Marché commun), oeuvre en faveur de
l’unité européenne en harmonisant les pratiques sociales et juridiques de
ses pays membres et en défendant les droits individuels et la démocratie
parlementaire. Les grandes conventions du Conseil de l’Europe sont la Convention européenne des droits de l’homme (1950) et la Charte sociale européenne, entrée en vigueur en 1965.
Dans son allocution, le pape a souligné l’estime de l’Eglise catholique
envers une institution dont elle suit attentivement l’activité par une Mission permanente, dont la "belle et grande vocation est de rapprocher les
nations de ce continent pour consolider la paix fondée sur la justice",
"dans un inébranlable attachement aux valeurs spirituelles et morales qui
sont le patrimoine commun de leurs peuples". Après avoir déploré qu’"un peu
partout, le matérialisme pratique ou théorique, a méconnu la nature spirituelle de l’homme et réduit dramatiquement ses raisons de vivre", le pape a
salué le fait que le Conseil de l’Europe s’est montré fidèle à l’héritage
de la conscience européenne en se donnant comme tâche majeure la proclamation et la protection des droits de l’homme. Face au danger qui menace la
famille (dévalorisation de l’amour, courbe démographique descendante...),
le pape a demandé aux européens de se ressaisir et de redonner à la famille
sa valeur d’élément premier dans la vie sociale.
Jean Paul a ensuite mis en garde contre les abus pratiqués dans les domaines biologiques et médicaux : les manipulations génétiques, les diagnostiques prénataux qui conduisent à l’avortement... Il a redit alors la
conviction de l’Eglise que l’être humain garde à jamais sa valeur comme
personne, "depuis le moment-même de la conception jusqu’au stade ultime de
la maladie, aux états les plus graves d’obscurcissement des facultés mentales". Saluant la Charte sociale européenne, "qui cherche à promouvoir la
dignité de tous les travailleurs", le pape a lancé un appel à la solidarité
avec ceux qui sont affectés par la crise et qui souffrent du chômage, ainsi
qu’avec les jeunes et le Tiers-Monde.
S’adressant aux juges de la Cour et aux membres de la Commission européenne des droits de l’homme au Palais des droits de l’homme, le pape a
relevé que la Cour et la Commission forment une "réalité judiciaire unique
en droit international", et sont devenues un modèle pour d’autres organisations dans le monde. Le pape a alors affirmé que la notion de "droits de
l’homme" est devenue "une sorte de bien commun de l’ensemble de l’humanité". Rendant hommage à la démocratie et à l’Etat de droit, Jean Paul II
s’est réjoui que "l’Europe que vous représentez a sagement écarté l’illusion que l’Etat peut prétendre incarner les préoccupations sociales de son
peuple tout en privant en même temps ce peuple de ses droits civils et politiques". (apic/be/bd)